Seine-et-Marne : « Nous allons rééquilibrer les investissements » (Jean-François Parigi)

GRAND ENTRETIEN. Le nouveau président (LR) du conseil départemental de Seine-et-Marne entend doubler le montant des enveloppes allouées aux communes et intercommunalités pour les aider à développer leurs projets. Avec d'autres patrons de départements, Jean-François Parigi prépare également un argumentaire pour voir avec l'Etat comment aider les entreprises, en l'absence de compétence claire liée au développement économique.
César Armand

7 mn

Jean-François Parigi a été élu le 1er juillet dernier président du conseil départemental du Val-de-Marne.
Jean-François Parigi a été élu le 1er juillet dernier président du conseil départemental du Val-de-Marne. (Crédits : DR)

Jean-François Parigi est le quatrième président (LR) du département de la Seine-et-Marne en trois ans. Élu en 2015, le Républicain Jean-Jacques Barbaux meurt d'une crise cardiaque en mars 2018. Lui succède alors le maire (LR) de Beauvoir, Jean-Louis Thiériot, mais quatre mois plus tard, ce dernier devient député, Yves Jégo démissionnant de l'Assemblée nationale. Est alors élu en juillet 2018, patron du conseil départemental, le président (UDI) de la communauté de communes de Moret Seine et Loing Patrick Septiers. Bien que réélu dans son canton, il s'efface devant Jean-François Parigi, élu le 1er juillet dernier.

Conseiller municipal de Meaux depuis 1995 et le premier mandat de Jean-François Copé, président du syndicat mixte intercommunal de traitement des ordures ménagères (SMITOM) de 2012 à 2017, Jean-François Parigi était député de la 6e circonscription de Seine-et-Marne depuis quatre ans. Allié de la patronne du conseil régional (Libres!), Valérie Pécresse, l'ancien banquier de 61 ans a notamment fait programme commun avec la présidente-candidate sur le thème de l'investissement. Depuis 2015 et la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), le département n'a plus la compétence du développement économique, mais son champ d'activités tutoie ce sujet.

LA TRIBUNE : Pendant la campagne des élections départementales et régionales, vous avez défendu un plan d'actions commun avec Valérie Pécresse. Réélue, cette dernière vient de faire voter par son conseil régional 80% de son programme, avant de se déclarer candidate à l'élection présidentielle. Et vous, où en êtes-vous un mois après votre élection au Conseil départemental de Seine-et-Marne ?

JEAN-FRANCOIS PARIGI : Nous nous inscrivons dans la continuité du travail initié par Jean-Jacques Barbaux en 2015 [dont il a été le premier vice-président chargé des finances de 2015 à 2017, Ndlr]. Il en demeure des fondamentaux importants, tel le budget comme outil de redressement des financements du département. A peine élu, la première chose que je me suis fixée a en effet été de garder une assise qui nous permette de continuer à améliorer, entretenir et sécuriser nos routes et accélérer notre plan vélo.

Reprendrez-vous des routes nationales, comme le prévoit le projet de loi relatif à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l'action publique localeactuellement en cours d'examen au Parlement ?

Nous y travaillons avec Valérie Pécresse de la même façon que nous réfléchissons aux véhicules financiers à mettre en place. Nous avons toute une série de mesures en matière de covoiturage ou de transports à la demande.

Quid des transports en commun ?

Nous continuerons de défendre nos RER et nos deux lignes de train, et surtout l'électrification de la sixième branche de la ligne P entre Meaux et La Ferté Milon. Tout comme cela fait partie de l'attractivité, nous devons accompagner ce mouvement pour qu'il n'y ait pas de différences territoriales. Des zones rurales autant que les quartiers sensibles de nos villes méritent toute notre attention.

Même si le développement économique ne relève pas de nos compétences, nous voulons être un moteur des liens entre le conseil régional et les établissements publics de coopération intercommunale pour un développement équilibré et harmonieux du territoire. Et ce, de Roissy au Nord à Disneyland au Sud sans parler de leurs sous-traitants.

La plateforme « Job77 » qui met en relation allocataires du RSA et sociétés va-t-elle être pérennisée ?

C'est l'un des sujets de notre plan d'insertion global, mais j'ai simplement demandé à ce qu'on me fasse un point sur ses objectifs et ses résultats.

Poursuivrez-vous les contrats entre le Conseil départemental et les intercommunalités voire les communes pour co-financer leurs projets ?

Bien sûr, nous maintiendrons l'accompagnement des communes et des intercommunalités au cœur de notre politique d'action sociale. Le montant des enveloppes va même doubler pour développer et surtout rééquilibrer les investissements. De nouveaux sujets comme la crise climatique pourraient être concernés. La Seine-et-Marne a été frappée par de nombreuses inondations mais n'a pas la compétence de la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (GEMAPI) qui relève des intercommunalités. La mise en place de bassins de rétention reste autant de dépenses soit imprévues soit nouvelles qu'il faut assurer, de la même façon que nous devrons traiter la problématique de la désertification médicale.

L'action sociale est au cœur des compétences départementales...

Pour la jeunesse et le handicap, nous allons lancer dans les collèges une campagne de communication sur le harcèlement, de la même manière que nous allons y installer un bouclier sécurité [vidéoprotection, création de postes de police,... Ndlr] comme nous co-financerons du matériel pour les gendarmes. Tout cela rentre encore dans l'attractivité d'un département comme le nôtre.

D'autant que l'exode urbain vous concerne au premier chef...

Nous sommes parfois qualifiés de poumon vert de l'Île-de-France pour notre cadre de vie à Fontainebleau ou ailleurs. Cela nous impose d'être très précautionneux et très vigilants sur les zones d'enfouissement des déchets du Grand Paris Express et des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Ce n'est pas comme cela que je vois notre cadre de vie. Le traitement des déchets étant une compétence régionale, je l'évoquerai avec la région à la rentrée.

Au début de la crise économique et sanitaire, la Seine-et-Marne a d'ailleurs abondé le fonds régional « Résilience » destiné aux TPE-PME qui passaient entre les mailles des différentes aides. Après l'usine de masques japonais Iris Ohyama à Lieusaint, subventionnée à hauteur de 800.000 euros par le conseil régional, comment soutiendrez-vous la relocalisation industrielle ?

Nous vivons dans une situation ubuesque. Bien qu'ayant participé à l'accompagnement des entreprises, en investissant 2,5 millions d'euros dans le premier fonds « Résilience » puis réinjecté 900.000 euros dans le deuxième, l'Etat nous dit que cela ne relève pas de nos compétences. C'est pourquoi avec d'autres conseils départementaux, nous travaillons à un argumentaire pour voir avec l'Etat comment nous pouvons faire ces dépenses.

Le développement économique passe également par le déploiement de la fibre optique. L'objectif de couvrir l'ensemble du département d'ici à 2023 sera-t-il tenu ?

Nous y travaillons avec nos syndicats numériques car il reste encore effectivement quelques zones blanches. Nous voulons parallèlement mettre en ligne avec les producteurs locaux et la région une plateforme d'approvisionnement pour les cantines et les consommateurs. Nos concitoyens sont particulièrement intéressés par les circuits courts, comme les commerces de centre-ville.

A propos d'approvisionnement, comment avance le projet - contesté - de canal à grand gabarit entre Nogent-sur-Seine et Bray-sur-Seine (Aube) ?

Cela avance. Dans le cadre du contrat de plan Etat-région, j'ai eu le préfet de région auprès de qui j'ai mis en avant la problématique de la mise aux normes. Nous continuerons à mettre de l'argent tant est si bien que la mise en chantier devrait être engagée avant 2024. Ce sera sans doute lancé bien avant.

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