Budget défense : ce que veut le général Pierre de Villiers

 |   |  865  mots
Le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, vise un effort de défense à hauteur de 2% du PIB en 2022. Soit 42,5 milliards d'euros (en euro constant de 2017).
Le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, vise un effort de défense à hauteur de 2% du PIB en 2022. Soit 42,5 milliards d'euros (en euro constant de 2017). (Crédits : Reuters)
Le chef d'état-major des armées souhaite une hausse de près de trois milliards d'euros en 2018. Entre 2018 et 2022, il vise une augmentation de 10 milliards d'euros pour parvenir à un effort de défense à hauteur de 2% du PIB

C'est clair et net. C'est d'ailleurs clairement adressé "sans ambages" et avec "franchise" aux candidats participant à l'élection présidentielle. Le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, a réaffirmé lors d'une conférence sur "les industries de défense, un atout pour l'économie ?" organisée mercredi par le Cercle des économistes, que les armées avaient besoin d'un effort de défense à hauteur de 2% du PIB en 2022. Soit 42,5 milliards d'euros (en euro constant de 2017, a-t-il précisé) contre 32,7 milliards en 2017. Le général Pierre de Villiers y inclut les surcoûts des opérations extérieures (en moyenne 1,3 milliard par an ces dernières années) et les pensions.

Le chef d'état-major des armées veut également une loi de programmation militaire (LPM) votée très rapidement. Au plus tard au premier semestre 2018. Elle devra couvrir la période 2018-2023 pour coller au plus près du quinquennat du futur président.

Quelles dépenses ?

Pourquoi une hausse de 10 milliards en cinq ans ? D'une part, la menace terroriste reste à un niveau très haut et la guerre sera longue, très longue pour vaincre cet ennemi. La réémergence des Etats puissances, comme la Russie, inquiète également. D'autre part, le modèle militaire français, qui est "complet" et "répond bien" actuellement, selon le chef d'état-major des armées, s'use plus vite que prévu. Car la multiplication des contrats opérationnels des armées "supérieurs de 30%" par rapport aux prévisions du livre blanc et le vieillissement accéléré des équipements en opération extérieures (OPEX) ne permettra pas à la France de tenir ses engagements. Le général de Villiers a rappelé que la France était la deuxième nation occidentale derrière les Etats-Unis à avoir le plus de militaires sur des théâtres extérieurs.

"Il faut inscrire une hausse des contrats opérationnels des armées à la mesure de ce que nous faisons actuellement", a estimé le chef d'état-major des armées.

En outre, la hausse du budget de la défense servira à combler les trous dans la raquette en termes de capacités (avions-ravitailleurs, avions de transports, moyens ISR...) et à moderniser la dissuasion française, clé de voute de la doctrine de défense française. Le renouvellement des deux composantes de la dissuasion exige de passer de 3,5 à 6 milliards par an à l'horizon 2020. Enfin, elle résoudra le problème des effectifs avec 2.500 militaires par an en plus sur la période.

Hausse des dépenses militaires dans le monde

2018 est une année clé pour le chef d'état-major des armées (CEMA), qui travaille depuis plus de trois ans main dans la main avec le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Il souhaite une augmentation du budget de la défense d'un peu moins de trois milliards par rapport à 2017 (contre 800 millions prévus actuellement), dont un milliard pour les OPEX. Soit 35,5 milliards d'euros. Puis, il vise une croissance du budget de deux milliards par an jusqu'en 2021. Soit 39,5 milliards en 2020, et, enfin, 42,5 milliards en 2022. Il a confié que cette montée en puissance était en cours de chiffrage au ministère de la Défense.

Une augmentation raisonnable par rapport à certaines hausses des dépenses militaires dans le monde. "Le monde réarme", a rappelé le général de Villiers. Ainsi, la Chine a fait croître son budget de 7% pour le porter à 143 milliards d'euros. Plus fort encore, les États-Unis de Donald Trump vont augmenter de 9% le budget de la défense en 2018. Soit la bagatelle de 54 milliards d'euros supplémentaires pour le Pentagone, dont le budget va culminer à 639 milliards de dollars. Plus près de la France, onze États de l'Union européenne ont déjà augmenté leur budget de défense, entre 2013 et 2014 (Autriche, Belgique, Danemark, Estonie, Lettonie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Slovaquie et Suède). L'Allemagne a promis d'aller vers des dépenses de défense à hauteur de 2% de son PIB.

Un budget de défense allemand à 65 milliards

D'ores et déjà, l'Allemagne a décidé faire bondir de 8% son budget de défense entre 2016 et 2017. Il va augmenter de plus de 2,7 milliards d'euros par rapport à celui de 2016, passant de 34,28 milliards l'an dernier à 37 milliards d'euros cette année. Sans avoir de surcoûts OPEX et sans dissuasion. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a annoncé que le budget allemand de la défense augmenterait de 1,4 milliard pour atteindre 38,5 milliards d'euros en 2018, soit 1,26% du produit intérieur brut. En 2016, ce pourcentage était de 1,18%. Durant sa visite à Washington, Angela Merkel a réitéré que l'objectif était bien d'atteindre 2% du PIB vers le milieu de la prochaine décennie.

Ce qui ne passe pas inaperçu à la direction générale de l'armement (DGA). Le délégué général pour l'armement, Laurent Collet-Billon a estimé lors de cette conférence que ce réarmement allemand "mérite notre attention". Et d'indiquer qu'un effort de défense de 2% du PIB équivaut en Allemagne à 65 milliards d'euros. Loin, très loin des 42,5 milliards en France. "Il va falloir s'accrocher aux wagons allemands", a estimé Laurent Collet-Billon.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 25/03/2017 à 18:15 :
On constate le fossé abyssal entre les politiques et l'armée en ce qui concerne le budget de celle ci.
Faire des économies, certes mais comment ,tout en gardant un haut niveau de technologies de notre armée.Car ne l'oublions pas, les autres armées dont l'Europe, ne s'endorment pas et augmentent leur budget et se modernisent.
Il faut une vaste réflexion de tous les intervenants pour adopter les bonnes stratégies sur le moyen long terme afin d'être le plus efficient possible et sans tarder! Il en va de notre souveraineté nationale .
a écrit le 23/03/2017 à 12:29 :
Des économies sur le budget de la défense on peut en faire. On a le plus de Généraux qu'aux Etats Unis et donc cela veut dire des myriades de gradés en dessous. A tel point que l'on voit maintenant des Etats Majors avec un Général en commandement et un Général en commandant adjoint. (j'en déduis que la secrétaire à au moins le grade de Llieutenant-colonel). A la T.V dans n'importe quel événement public ont ne voit que des gradés. Avec le recul de l'âge de départ en retraite, il faut revoir les grilles d'avancement et indiciaires. Sinon nos enfants paierons la facture.
De plus cerise sur le gâteau, ce gouvernement aurait-il le courage de rendre publique le coup de la Patrouille de France qui c'est rendue aux Etats-Unis et ce qu'elle coûte toute l'année sur le budget de la France.
a écrit le 23/03/2017 à 12:15 :
Dans ce contexte de convergence des pays européens en matière de budget de la Défense, ne serait ce pas l'occasion parfaite de coordonner les commandes publiques pour organiser toute à la fois une industrie européenne de défense, des économies d'échelle, une optimisation de nos dépenses publiques, un rapprochement de nos matériels, une forme d' inter opérabilité ainsi qu'une maintenance optimisée?
Et plus politiquement, on peut, je pense, identifier des menaces communes et intérêts communs, défense des frontières, protection de nos zones maritimes, lutte anti terroriste, cyber espace (rêvons une vraie force de projection...)... A partir de là on peut sans doute mutualiser les efforts sur ces sujets d'une part et les sortir des budgets nationaux d'autre part.
C'est un élément d'Europe concrète de ce type que l'on attend il me semble.
Historiquement nous avons avancé dans des contextes de menace (CECA motivée notamment par Staline), en réaction ( CED abandonné à la mort de Staline, CEE crée après notre claque à Suez venant des USA, Maastricht à la chute du mur et de l URSS), aujourd hui les pressions sont multiples et de différents ordres (et la Russie n'est jamais bien loin...), l Europe se trouve à nouveau à une croisée des chemins.
a écrit le 23/03/2017 à 11:33 :
Le général est même probablement optimiste avec ses 2% du PIB si l'on considère que les pays "planqués de l'Europe ne contribuent pas ou si peu à la coalition en l'état...
a écrit le 23/03/2017 à 11:33 :
Le général est même probablement optimiste avec ses 2% du PIB si l'on considère que les pays "planqués de l'Europe ne contribuent pas ou si peu à la coalition en l'état...
a écrit le 23/03/2017 à 10:34 :
40 milliard de budget annuel, une commande exceptionnelle de sous marrant rapporte donc exceptionnellement 8-9 milliards sur une décennie faites vos comptes...

l'armement n'est pas une industrie rentable !! surtout que contrairement au US, en france il n'y a que très peu de retombées dans le civil. Des cadors en économie, faudrait d'abord savoir compter...
a écrit le 23/03/2017 à 8:38 :
Problème hérité depuis les traités de la seconde guerre mondiale : Certains pays peuvent participer à la défense, les alliés. D'autres sont toujours limités, l'axe.
Tout le monde dépend toujours de cet ordre établi à l'époque, ensuite on se bagarre sur combien chacun doit payer. Trump aurait envie de facturer beaucoup plus l’Europe.
a écrit le 23/03/2017 à 8:14 :
S'est bien beau tous cela mais ou allons nous trouver l'argent .... L'on nous parle de moderniser ( encore) la dissuasion... Ensuite l'on nous explique que notre outils militaire est soumis à trop de mission... Et qu'il nous faut remplacer les matériels usés par le temps et l'âge... Bien quelque reponce, pour les Mission s'est simple , il faut arrêté de faire la guerre pour l'intérêt des autres ( au ordre des USA et pour l'Europe en Afrique du nord). Ensuite pour combattre (les barbus ) nous n'avons pas besoin de porte avon ou de sous-marin, juste du matériel en état pour larme de terre... Donc La Défense dois faire des efforts de fonctionnement, moins casser de matériel par mauvaise utilisation, mieux professionnaliser ( moins de formations coûterait moins chère) , faire des réformes structurelles ( moins de sur-encadrement " trops d'officiers ") , revoir le fonctionnement de certaine décision, la maintenant (MCO coute tres chere et peux efficase) , de fonctionnement ( base de defense, toujours plus de gratte papier) ...
a écrit le 23/03/2017 à 7:57 :
Pas de problème il n'y a qu'a les prendre sur les contribuables : c'est ça gérer le pays !
.... enfin jusqu'a présent on n'a pas vu grand chose d'autre !
Réponse de le 23/03/2017 à 15:30 :
Vas-y ! défoule toi !!!
a écrit le 23/03/2017 à 7:49 :
ça va franchement être difficile sans une impossible baisse massive des prix des matériels militaire.
il va y avoir un énorme effort à faire de la part des industriels ;-).

Le problème majeur reste la masse de personnels, on le voit cruellement, l'armée française est en sous effectifs d'hommes de terrain de masse de manoeuvre, de chaire à canon...

Reste les matériels qui malheureusement sont achetés sur reliquats annuels.

et au final se posera surtout le coût du nucléaire et de sa nécessité. Les factures vont tomber et on voit bien que la composante nucléaire sera quasiment impossible à financer sans une amélioration massive de notre économie.

En résumé sans cash pas de défense, et du cash en France il y en a trop peu.

Le budet de l'armée à 2% et + en France est une équation impossible.
a écrit le 23/03/2017 à 7:25 :
Cet indispensable effort, qui d'ailleurs ne peut se limiter à2% du PIB mais devra plutôt à terme monter à 3-3,5% du PIB, doit évidemment aussi s'accompagner, pour faire face à la menace islamiste, d'une augmentation des moyens des forces de police et de l'admnistration pénitentiaire; et comme le pays ne peut plus globalement augmenter sa dépense publique, des coupes massives seront indispensables partout ailleurs.
Réponse de le 23/03/2017 à 7:52 :
Et pourquoi pas 4 ou 5% ?
La moquette, c'est à consommer avec modération, pas plus d'un quart de dalle par jour, en 2 prises au minimum !
Réponse de le 23/03/2017 à 8:00 :
Comment se fait-il qu'un budget national qui , il y a 50 ans , faisait tourner beaucoup mieux le pays , soit maintenant insuffisant dans TOUS les domaines alors qu'il n'a céssé d'augmenter ?
Il devait y avoir beaucoup moins de profiteurs , d'assistés et de parasites a cette époque !
Réponse de le 23/03/2017 à 11:52 :
Pour un pays comme la France qui a son domaine maritime qui se fait piller tous les jours, une dissuasion nucléaire, des trous capacitaires évidents (second porte avion, avions de ravitaillement et de transport, pas assez d'aviosn de chasse et bateaux, etc.) et qui en plus intervient au sahel et ailleurs, 3% me semble être le budget nécessaire... ce qui nous mettra à égalité avec les Allemands.
Réponse de le 23/03/2017 à 11:57 :
Comprends pas...vous proposez d'envoyer nos millions de retraités en plus qui pompent les caisses maladies au front?
Réponse de le 23/03/2017 à 22:34 :
@AlainD : il y a une indéniable remontée des périls depuis quelques années, retour de l'hégémonisme russe, péril islamiste considérable, qui se conjugue avec la volonté de l'administration Trump de moins financer l'OTAN et d'aller vers un certain isolationnisme. Les USA dépensent actuellement 3,3% de leur PIB pour la défense (mais l'honnêteté oblige à reconnaître qu'une partie de cette dépense irrigue la recherche du pays). Le chiffre de 3% du PIB pour la défense des pays européens, notamment de l'OTAN, ne doit rien au hasard et correspond au nécessaire rééquilibrage de l'OTAN avec le renforcement indispensable de son pôle européen.
a écrit le 23/03/2017 à 7:24 :
L'armee francaise. Toujours en panne de credits. Grande gaspilleuse aussi. Je me souviens d'avoir durant mon service vu les camions citernes de la caserne vider leur reste de carburant dans le sable de Canjuers ou j'etais base, pour etre assure d'avoir l'annee suivante la meme quantite de carburants !
Réponse de le 23/03/2017 à 7:43 :
Bon ben qu'attendez vous pour faire des prélèvements de sol et faire condamner l'armée pour pollution volontaire et mise en danger des populations locales ?

Après tout vous avez des preuves de votre légende urbaine?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :