La chute du britannique Lendy : plus gros fiasco du crowdfunding européen ?

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(Crédits : Lendy)
La plateforme britannique Lendy, spécialisée dans le financement participatif des projets immobiliers, a été placée sous la tutelle d'administrateurs judiciaires. Les particuliers ayant investi sur cette plateforme pourraient perdre plusieurs dizaines de millions d'euros. Le gendarme britannique des marchés financiers mène actuellement une enquête pour comprendre les circonstances qui ont mené à cette faillite.

Premier coup dur pour le financement participatif immobilier. Au Royaume-Uni, la plateforme Lendy, qui permet à des particuliers d'investir directement dans des projets immobiliers, a désigné, le 24 mai dernier, des administrateurs judiciaires à la suite d'une mesure prise par le gendarme britannique des marchés financiers (la Financial Conduct Authority, FCA) qui mène actuellement une enquête sur les circonstances ayant mené à ces difficultés, rapporte le Financial Times. Selon le quotidien britannique, il s'agirait du plus important fiasco dans le secteur du financement participatif européen.

Le crowdfunding immobilier consiste pour un investisseur à prêter une certaine somme d'argent à un promoteur afin de participer au financement d'une opération immobilière (logements, bureaux, locaux commerciaux, etc). En France, ce type d'investissement, dont les taux de rendement annuels très attractifs oscillent entre 8% et 10%, suscite un réel engouement. En 2018, un montant total de 185 millions d'euros a été collecté à travers 343 projets, en hausse de 83% par rapport à l'année précédente, selon le baromètre de la plateforme Fundimmo. Outre-Manche, ce marché pesait déjà près de 240 millions d'euros en 2017, en hausse de 200% par rapport à 2016, selon une étude de l'institut Cambridge centre for alternative finance (CCAF).

La société Lendy, créée en 2012 par Liam Brooke et Tim Gordon, initialement spécialisée dans les actifs marins (bateaux), était déjà dans le collimateur de la FCA. Elle avait été placée sous surveillance en début d'année, moins de 12 mois après avoir reçu son agrément, à la suite d'une augmentation inquiétante des taux de défaut (échéances non respectées pouvant aller jusqu'à une perte totale du capital).

Des dizaines de millions de pertes pour les investisseurs

La chute de Lendy pourrait entraîner la perte de plusieurs dizaines de millions de livres, donc d'euros, pour les particuliers (des résidents européens) ayant investi à travers cette plateforme. Selon le quotidien britannique, Lendy compte l'équivalent de 180 millions d'euros de prêts en circulation, dont plus de 100 millions sont actuellement en défaut. Des prêts représentant plusieurs millions d'euros seraient, quant à eux, en retard de remboursement mais pas encore classés en défaut. Sur son site, Lendy indique disposer d'informations limitées à destination des créanciers et les invite à patienter pour de plus amples informations.

En France, aucune plateforme de crowdfunding immobilier ne s'est retrouvée dans de telles difficultés et, entre 2014 et 2018, le taux de défaut sur ce marché était inférieur à 1%. Toutefois, les acteurs du secteur appellent les investisseurs particuliers, séduits par les hauts rendements proposés, à la prudence et les encouragent à diversifier leurs risques sur différentes plateformes existantes.

Le marché général du financement participatif tricolore connaît néanmoins d'importantes transformations et certains acteurs, notamment ceux spécialisés dans le financement des entreprises par le prêt, se trouvent fragilisés face à une forte concurrence et des taux bancaires particulièrement bas. Ainsi en octobre 2018, Unilend, l'un des précurseurs du prêt participatif aux PME, s'est déclaré en cessation de paiement. Il a ensuite été repris par PretUp. Quelques mois plus tard, en mars dernier, Lendopolis, détenue par KissKissBankBank, pionnier du crowdfunding en France et filiale de La Banque Postale depuis 2017, a décidé de mettre en sommeil son activité de prêt aux PME.

Le recours aux investisseurs institutionnels

Dans l'Hexagone, seule October semble tirer son épingle du jeu. Cette plateforme a fait le choix de faire appel aux investisseurs institutionnels pour financer les projets des PME aux côtés des investisseurs particuliers. Aujourd'hui, 70 % des montants prêtés le sont par les institutionnels, comme CNP et la Matmut.

Un moyen pour October de décrocher des projets plus importants et d'augmenter ses volumes, le nerf de la guerre dans cette activité où les plateformes se rémunèrent grâce aux commissions prélevées sur les montants collectés. Un modèle également adopté par le britannique Funding Circle, coté en Bourse et grand concurrent d'October. Depuis sa création en 2010, cette plateforme a permis à près de 50.000 entreprises de se financer pour plus de 5,5 milliards d'euros, contre un peu plus de 300.000 millions d'euros pour le frenchy.

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Commentaires
a écrit le 28/05/2019 à 15:26 :
De tels rendements alors que l'inflation est de 0, participer, relève du placement à très haut risque. Çar en économie capitaliste plus le risque est grand, mieux il est rémunéré. Ce sont donc des placements spéculatifs de gens qui ont joué et ont perdu Car pour rémunérer à cette hauteur ça risque de faire monter artificiellement le coût de l'immobliier. La punition est morale.
a écrit le 28/05/2019 à 13:22 :
Comment croire a de pareils rendements ?
a écrit le 28/05/2019 à 13:04 :
Vous êtes sûr de 5,5 milliards est inférieur à 300 000 millions ?
a écrit le 28/05/2019 à 11:52 :
Un argument de plus contre la dérégulation financière! Les anglo-saxons, toujours victimes de leur avidité à courte vue. Dans l'histoire, quelques happy few se seront enrichis en pigeonnant de pauvres benêts.
a écrit le 28/05/2019 à 8:16 :
Citation
"En France, ce type d'investissement, dont les taux de rendement annuels très attractifs oscillent entre 8% et 10%, suscite un réel engouement"
Quand, à l'heure actuelle, on promet de tels taux, c'est qu'il y a un bug.
Les investisseurs sont grégaires.
Cordialement

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