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ClimatEnergie & Environnement

France : la transition écologique et la réindustrialisation vont faire bondir la consommation d’électricité

Juliette Raynal et Coline Vazquez

Publié le 07 juin 2023 à 12:09 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 19:16

HAUSSE DES TARIFS DE L'ÉLECTRICITÉ À COMPTER DU SAMEDI 15 AOÛT

RTE s'attend à une consommation annuelle d'électricité en forte hausse, comprise entre 580 à 640 terawattheures (TWh) en 2035.

© 2009 Thomson Reuters

Le Quotidien Numérique

17 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le gestionnaire du réseau de haute tension, RTE, prévoit une consommation annuelle d'électricité entre 580 à 640 térawattheures (TWh) en 2035. En 2021, il tablait encore sur une consommation maximum de 585 TWh à cet horizon. En conséquence, la France doit doubler sa production d'énergies renouvelables d'ici à cette échéance, alors que les nouveaux réacteurs nucléaires annoncés par le gouvernement ne verront pas le jour avant 2035. Un défi que le gestionnaire estime « faisable », malgré le retard pris par...

Pour tenir ses objectifs de décarbonation, la France va devoir baisser significativement sa consommation énergétique, tandis que, dans le même temps, la consommation d'électricité va augmenter considérablement, au détriment des énergies fossiles. Cette double tendance était connue depuis plusieurs années, mais l'augmentation de la demande d'électrons sera encore plus forte que ce qu'avait anticipé jusqu'à présent RTE, le gestionnaire des lignes à haute tension.

Celui-ci vient de mettre à jour ses prévisions pour l'horizon 2035, en tenant compte de deux grandes évolutions : les nouveaux objectifs climatiques européens et les forts enjeux de la réindustrialisation, dans un contexte géopolitique où les questions de souveraineté sont devenues centrales. L'actualisation des prévisions de RTE intègre aussi la revue à la baisse du potentiel de la biomasse ou encore l'évolution des prix du gaz.

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Concrètement, le gestionnaire s'attend à une consommation annuelle d'électricité en forte hausse, comprise entre 580 à 640 térawattheures (TWh) en 2035, alors qu'en 2021 il tablait encore sur une consommation de 540 TWh dans un scénario moyen dit de référence, et de 585 TWh en cas de « réindustrialisation profonde » du pays. En comparaison, les Français ont consommé 460 TWh d'électricité en 2022. La consommation d'électrons devrait donc augmenter a minima de 25%, voire de 40%, en l'espace de douze ans.

Ces nouvelles prévisions intègrent les bouleversements intervenus depuis deux ans, à commencer par la publication du programme européen « Fit for 55 ». Celui-ci renforce les obligations de réduction des émissions de CO2 des pays européens, selon l'ambition du Pacte vert européen, d'au moins 55% d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990.

Le programme européen « Fit for 55 » met ainsi en évidence la nécessité d'une souveraineté industrielle et d'une relocalisation de la production à mener de pair avec la décarbonation de ses activités. Les industries primaires que sont la sidérurgie, les engrais, le ciment ou même la chimie, soutenues par les plans de relance publics, annoncent, en effet, des investissements de décarbonation impliquant un recours massif à l'électricité afin de compenser l'abandon programmé du gaz et du charbon selon les objectifs climatiques de l'accord de Paris (COP21).

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Une forte électrification de l'industrie

« A elle seule, l'industrie pourrait consommer plus de 160 TWh par an à l'horizon 2035, », pointe Thomas Veyrenc, directeur exécutif de RTE en charge du pôle stratégie, prospective et évaluation. Avec une répartition équivalente entre l'électrification directe des procédés et la production d'hydrogène décarboné.

Une électrification massive est également attendue dans le secteur des transports avec 8 millions de véhicules électriques ou hybrides visés en 2030. « Ce qui est nouveau, c'est la mobilité lourde, les camions, le fret, le ferroviaire, les bateaux et même les avions de ligne », explique Thomas Veyrenc. Initialement, les constructeurs misaient énormément sur les biocarburants et la biomasse. Ils se tournent désormais aussi vers des carburants de synthèse, dérivés de l'hydrogène et donc produits à partir d'électricité.

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Le bâtiment va aussi connaître une électrification importante avec notamment un basculement des chaudières au fioul et au gaz vers des pompes à chaleur électriques, réputées trois fois plus efficaces. Le gouvernement réfléchit d'ailleurs à interdire les chaudières à gaz dès 2026, ce qui provoque la fronde de la filière gazière.

Résultat, la croissance de la consommation électrique en France devrait dépasser 10 térawattheures (TWh) par an pendant la décennie 2025-2035, un rythme qui « n'a plus été atteint depuis les années 1980 », estime RTE dans son bilan.

Doubler la production d'énergies renouvelables

Ce rythme de croissance « met en évidence l'ampleur du défi auquel le système électrique est confronté », explique RTE. En conséquence, il va falloir produire rapidement plus d'électricité bas-carbone. Pourtant, les nouveaux réacteurs nucléaires annoncés par le gouvernement ne verront pas le jour avant 2035. Le lancement de la construction du premier des six EPR de nouvelle génération (dits EPR 2), situé à Penly, en Normandie est espéré par l'exécutif à la mi-2027, c'est-à-dire avant la fin du quinquennat en cours, pour une mise en service espérée entre 2035 et 2037.

RTE mise ainsi sur une production nucléaire annuelle comprise entre 360 et 400 térawattheures (TWh) à l'horizon 2035, reposant sur le parc actuel et l'EPR de Flamanville, dont la mise en service est attendue pour 2024.

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La solution réside donc dans le doublement par la France de sa production d'énergies renouvelables d'ici à 2035, souligne le gestionnaire dans cette analyse prospective qui doit éclairer le débat public avant la présentation, d'ici à l'automne, de la stratégie énergétique du pays par le gouvernement. « Il faut atteindre a minima 250 TWh de production en 2035, contre 120 TWh aujourd'hui », souligne Thomas Veyrenc. « On pourrait même atteindre 300 TWh par an si l'on s'approche des meilleures pratiques européennes », ajoute-t-il. A ce niveau de production, la France resterait tout de même en deçà de certains pays, dont l'Allemagne.

Les énergies renouvelables terrestres en première ligne

« D'ici 2030, ce qui nous permet d'accélérer ce sont les énergies renouvelables terrestres, c'est-à-dire l'éolien terrestre et le solaire », précise encore le gestionnaire. L'éolien en mer ne devrait, quant à lui, jouer un rôle qu'à partir de 2030, « sous réserve que la France parvienne à attribuer massivement des parcs entre aujourd'hui et 2025 », ajoute-t-il.

Dans cette optique, une loi relative à l'accélération de la production d'énergies renouvelables a d'ores et déjà été promulguée le 10 mars. Le texte prévoit notamment de diviser par deux le temps d'instruction des projets pour rattraper le retard de l'Hexagone en la matière. En 2020, avec 19,3% de part du renouvelable dans sa consommation énergétique finale, la France était, en effet, le seul pays à ne pas avoir atteint le chiffre fixé par l'Union européenne de 23%.

Désormais, Paris ambitionne de multiplier par dix la production d'énergie solaire pour dépasser les 100 gigawatts (GW), de déployer 50 parcs éoliens en mer pour atteindre 40 GW et de doubler la production d'éoliennes terrestres pour arriver à 40 GW d'ici 2050 selon la volonté du chef de l'État, dans son discours de Belfort sur la politique énergétique le 10 février 2022.

La sobriété n'est plus une option

Pour boucler l'équation énergétique, « il faut de l'efficacité, de la sobriété, une production nucléaire la plus disponible possible, et beaucoup d'énergies renouvelables supplémentaires », résume ainsi Xavier Piechaczyk, président de RTE. Il ajoute que la sobriété, et toutes les formes d'économies d'énergie, présentée comme une option dans le précédent rapport de 2021, « n'est plus une option, c'est ce qui est nouveau ».

En termes de « bouclage », la période la plus délicate se trouve derrière nous, affirme Thomas Veyrenc. « C'était l'hiver 2022-2023 de loin, de très loin même », a-t-il assuré. « Sur les prochaines années, la situation est plus favorable que les années récentes », rassure-t-il encore. En effet, la hausse de la consommation électrique liée la décarbonation des différents secteurs de l'économie ne se matérialisera pas immédiatement.

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« Atteindre d'ici 2035 une production électrique bas-carbone de 600 TWh minimum, et si possible de 650 TWh, voire plus, de sorte à couvrir le haut de la fourchette des perspectives de consommation électrique, apparaît ambitieux (...), mais faisable », estimait également RTE ce mercredi.

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En attendant, pour 2023, les objectifs ne devraient pas être tenus, pointait en janvier dernier le Baromètre annuel Observ'ER, réalisé en partenariat avec la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) et l'Ademe (agence de la transition écologique).

(Avec AFP)

Juliette Raynal et Coline Vazquez

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