Expositions d’été : comment les métropoles bretonnes confortent leur place culturelle

SÉRIE D'ÉTÉ. TOURISME, CULTURE ET PATRIMOINE EN BRETAGNE (3/3). Profitant de l’envergure et de la notoriété de la Collection Pinault, Rennes consolide son statut dans l’art contemporain dans le cadre de l'évènement Exporama. Terre d’accueil du 45e Salon de la Marine, Brest met en avant sa maritimité et ses liens historiques avec la Marine. La ville songe à présenter sa candidature pour le titre de Capitale européenne de la culture en 2028.

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Avec la sculpture Bear and Rabbit on a Rock de Paul McCarthy (1992) et celle d'Adel Abdessemed représentant le coup de tête asséné par Zinedine Zidane à l'Italien Mazzerati en finale de la coupe du monde 2006 de football, le Bourgois Bust de Jeff Koons fait partie des oeuvres sélectionnées par François Pinault pour l'exposition estivale organisée au Couvent des Jacobins à Rennes.
Avec la sculpture Bear and Rabbit on a Rock de Paul McCarthy (1992) et celle d'Adel Abdessemed représentant le coup de tête asséné par Zinedine Zidane à l'Italien Mazzerati en finale de la coupe du monde 2006 de football, le Bourgois Bust de Jeff Koons fait partie des oeuvres sélectionnées par François Pinault pour l'exposition estivale organisée au Couvent des Jacobins à Rennes. (Crédits : Ville de Rennes)

Des murs blancs, un sol noir : la rénovation intérieure du Couvent des Jacobins, le magnifique centre des Congrès de la Ville de Rennes, a sans doute anticipé l'ambiance de certaines expositions. Couleurs du « gwen ha du », le drapeau breton bien en évidence dans le hall d'entrée, le noir et le blanc sont aussi celles mises en évidence dans l'exposition artistique de l'été. Depuis le 12 juin, et jusqu'au 29 août, le Couvent des Jacobins abrite « Au-delà de la couleur, Le noir et le blanc dans la Collection Pinault ».

Associée jusqu'au 29 août à une autre exposition emblématique intitulée « La Couleur crue » au Musée des beaux-arts, explorant les relations entre couleur et matière dans l'art contemporain, la Collection Pinault réunit plus d'une centaine d'œuvres, parfois imposantes, créées par 57 artistes français et étrangers, et sélectionnées par l'homme d'affaires François Pinault.

On y découvre par exemple la sculpture Bear and Rabbit on a Rock de Paul McCarthy (1992), le Bourgois Bust de Jeff Koons ou encore une statue signée Adel Abdessemed et représentant le coup de tête asséné par Zinedine Zidane à l'Italien Mazzerati en finale de la coupe du monde 2006 de football. Ce sport est très attentivement suivi par le collectionneur, également supporter et propriétaire du Stade Rennais.

Peintures, dessins, photographies de Richard Avedon, Raymond Depardon ou Annie Leibovitz, vidéo, mode, sculpture : l'exposition montre toutes les pratiques de l'art contemporain et interroge la symbolique du noir et blanc.

« C'est une collection très fortement marquée par la personnalité de François Pinault et par un goût. Beaucoup de ces œuvres n'ont jamais été présentées dans les expositions de la Collection Pinault, en tout cas en France », relevait Jean-Jacques Aillagon, directeur général de Pinault Collection et commissaire de l'exposition, lors de la visite de presse de l'exposition le 11 juin dernier. « Il y a beaucoup d'œuvres d'artistes qui ont fait le choix d'exclure la couleur de leur création. Cela valait la peine de s'interroger sur cette démarche », ajoute l'ex-ministre de la Culture du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.

Rennes : une place dans l'art contemporain ?

Les liens que la ville de Rennes a tissé avec François Pinault ne datent pas d'hier.

En 2018, une première exposition issue de la Collection Pinault, intitulée « Debout ! » avait attiré près de 100.000 visiteurs. Ces deux nouvelles expositions à résonance nationale, voire internationale, viennent en revanche conforter le statut que la Ville revendique dans l'art contemporain. Rennes abrite en effet une école supérieure d'art, deux centres d'art d'intérêt national, un fonds régional FRAC, un Musée des beaux-arts porté vers l'art contemporain et un Musée de Bretagne investi dans la photographie contemporaine.

« Nous sommes heureux que François Pinault ait accepté une nouvelle fois de s'engager à nos côtés, alors même qu'il ouvrait en parallèle son musée à la Bourse du Commerce », se réjouit Nathalie Appéré. « À ce jour, les données de fréquentation de l'exposition au Couvent des Jacobins, supérieures à l'exposition « Debout ! » sur la même période, laissent à penser que les bénéfices pour notre territoire seront importants. Depuis près de 30 ans, Rennes entretient un rapport particulier à l'art contemporain et s'engage en faveur des artistes et de la création », constate-t-elle.

Sur un budget Culture de près de 50 millions d'euros cette année, 21 millions d'euros vont aux équipements culturels, 15 millions d'euros sont consacrés à la création, à la diffusion artistique et à l'accompagnement des acteurs. La commande d'art public entre dans les dépenses de 11 millions d'euros liées au patrimoine.

« Le développement d'ateliers d'artistes, une quarantaine en 2021, et d'aides à la création, la création d'un Fonds communal d'art contemporain, et le soutien affirmé à l'art dans l'espace public constituent les trois axes forts de cette politique publique », détaille Nathalie Appéré.

Via son Fonds communal d'art contemporain (FCAC) qui compte 500 pièces, Rennes procède à des acquisitions d'œuvres d'artistes résidant dans la capitale bretonne, y travaillant (professeurs d'écoles d'art) ou ayant marqué la ville par leurs réalisations. Chaque été, depuis 2013, ces œuvres sont exposées à l'Orangerie du Thabor.

Exporama : temps fort annuel de la culture contemporaine

« Depuis le début des années 1980, la Ville de Rennes soutient aussi des projets artistiques dans l'espace public, au-delà du seul cadre du 1 % artistique », ajoute Nathalie Appéré, citant l'installation il y a quelques mois du Belvédère sur la Vilaine, signé des frères Ronan et Erwan Bouroullec. Dans le cadre de la commande d'art public associée à la ligne b du métro, les œuvres inédites de sept artistes de renom, dont Charles de Meaux, Jean-Marie Appriou ou Philip King, prendront place dans six stations de métro ou à leurs abords.

C'est finalement de ce foisonnement artistique et du soutien de Rennes à l'art contemporain dont souhaite rendre compte Exporama. Proposé tout l'été avec Rennes Métropole, ce temps fort annuel s'articule autour des deux expositions phares du Couvent des Jacobins et du Musée des beaux-arts, en dialogue avec les programmations de 18 lieux d'exposition (les centres d'art 40mcube et La Criée, le Frac Bretagne, Les Champs Libres...) et 15 événements dans l'espace public.

Exporama offre au public 36 sorties culturelles (dont 32 gratuites), portées par 20 acteurs rennais.

Salon de la Marine à Brest : une première hors de Chaillot

A l'extrémité de la pointe bretonne, Brest, qui a raté de peu le statut de Capitale française de la Culture en 2022, continue d'y investir, avec l'objectif de rayonner et d'en faire un point fort de son attractivité.

Dotée de 18,9 millions d'euros cette année, la culture est même le troisième budget de la ville après l'éducation (57, 2 millions d'euros sur un total de 165 millions d'euros). Plusieurs grands équipements sont en rénovation ou feront l'objet de projets d'extension d'ici à la fin de la mandature, comme la scène régionale Le Quartz (19 millions d'euros) et le Musée des beaux-arts (25 millions d'euros).

Mais cet été, l'événement, c'est la délocalisation à Brest du 45e Salon de la Marine. Une première : depuis 1943, le salon est accueilli au Musée national de la Marine sur le site, actuellement en travaux, du Palais de Chaillot à Paris.

Illustration de la variété de l'expression artistique maritime contemporaine, cette exposition est accueillie jusqu'au 19 septembre sur trois sites, au Musée des beaux-arts pour une sélection des œuvres de 35 peintres officiels de la Marine, à la Médiathèque François Mitterrand-Les Capucins pour les œuvres d'amateurs et de professionnels et au Musée national de la Marine.

« La culture est un choix politique fort. On songe à candidater pour devenir la Capitale européenne de la Culture en 2028 », annonce Reza Salami, adjoint en charge de la politique culturelle et de la valorisation du patrimoine. « A Brest, qui abrite le parc marin Océanopolis, cette politique passe notamment par l'affirmation de notre maritimité et des liens historiques tissés avec la Marine nationale. Ce salon, qui a été accepté par le ministère des Armées, devait être organisé en 2020 mais il a été décalé en raison de l'épidémie de Covid-19 », explique l'élu.

Tourisme: renouer avec le dynamisme de 2019

Destiné à capter, au-delà des visiteurs brestois, un public breton et national, l'évènement fait écho à une précédente victoire de Brest, qui en 2019 a permis au Canot de l'Empereur de retrouver son port d'attache. Après des travaux de restauration, le Canot est exposé aux Ateliers des Capucins.

Le Salon de la Marine crée aussi des passerelles avec d'autres attractions comme l'exposition sur 300 ans d'hydrographie française, le tour en rade à bord d'un bateau du patrimoine ou la visite des navires de la Marine nationale, La Grande Hermine et Le Mutin.

« Insister sur les liens de Brest avec la mer, c'est aussi imaginer de multiples propositions pour créer un flux touristique et financier. Cet enjeu est primordial pour une ville comme la nôtre. Une exposition de l'envergure du Salon de la Marine est un atout », commente Reza Salami.

L'an passé, entre juillet et août 2020, près de 428.450 visiteurs ont été recensés dans les équipements et sites brestois ayant fourni des statistiques de fréquentation, indique une note de conjoncture de l'Observatoire du tourisme de Brest publié en octobre dernier. Ce chiffre était en baisse de 9 % par rapport à la même période de 2019. Le musée de la Marine ou Océanopolis ont accusé une diminution de 20% environ du nombre de visites.

Aussi, Brest espère renouer dès cet été avec le dynamisme de l'année 2019.

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Retrouvez les deux premiers volets de notre série d'été sur la Bretagne:

1/Bretagne : l'hôtellerie monte en gamme et verdit son offre

2/ En Bretagne, la gamification se met au service du slow tourisme

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Commentaire 1
à écrit le 04/08/2021 à 9:03
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Parler de la culture dans les métropoles de Bretagne sans évoquer la capitale Nantes et son foisonnement culturel! Franchement il faut renvoyer la journaliste sur le terrain.

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