l y a Airbus qui danse (bénéfice net record : 4,2 milliards d'euros) mais il y a aussi Airbus qui fait grise mine (spatial). Le président exécutif d'Airbus Guillaume Faury a d'ailleurs estimé jeudi lors de la présentation des résultats 2022 que l'année dernière a été « décevante » dans le spatial. Il aurait pu dire qu'elle a été également imméritée et frustrante. Elle se matérialise dans les comptes d'Airbus Defence and Space (DS) sous la forme d'une provision pour dépréciation liée à la perte des deux satellites Pléiades Neo en décembre (crash de Vega C) et aux nouveaux retards du lanceur européen Ariane 6. Airbus Space, alors que sa chaîne de fournisseurs a également souffert de l'approvisionnement en composants électroniques et de la crise énergétique et de l'inflation. Résultat, le résultat d'exploitation (EBIT) ajusté d'Airbus DS a reculé de près de 45%, passant de 696 millions d'euros en 2021 à 384 millions en 2022.
L'échec du lanceur du groupe italien Avio (Vega C) coûte cher à Airbus. La facture s'élève à 437 millions d'euros, auquel le groupe européen a pu retrancher un produit d'assurance de 200 millions d'euros liés à l'échec du lancement des deux satellites Pléiades Neo 5 et 6. A quoi correspond le solde de 237 millions d'euros ? Au manque à gagner qu'aurait dû générer l'activité services avec la mise en service de la constellation avec quatre satellites Pléiades Neo financés par Airbus, dont deux sont déjà en orbite, selon nos informations. Néanmoins, est-ce une dépréciation "one shot" ou bien chaque année Airbus devra-t-il prendre une provision pour dépréciation liée à la perte de revenus liée aux deux satellites perdus ? Cette question, que La Tribune a posée, n'a pas eu de réponse pour le moment.
Pourquoi les résultats de l'année dernière sont-ils immérités et frustrants ? La perte des deux satellites Pléiades Neo pourrait en effet être considérée comme imméritée dans la mesure où il est extrêmement rare qu'un industriel européen prenne le risque d'autofinancer un programme dans le domaine spatial. Cette initiative, basée sur la prévision d'un business rentable (vente d'images prises par les satellites de 950 kg ayant une résolution de 30 cm) pour concurrencer de façon plus agressive l'américain Maxar, a très mal été payée. Car tout l'enjeu stratégique d'Airbus Space était d'avoir quatre satellites en orbite, phasés à 90 degrés, pour proposer aux clients un taux de revisite très performant. Cette agilité aurait permis d'accéder en tout point entre deux et quatre fois par jour avec les quatre satellites. Soit environ 2 millions de kilomètres carrés par jour.