Les acteurs du secteur l'affirment à l'unisson : en matière d'inflation alimentaire, la France est un ovni. Le président de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, Philippe Chalmin, l'a aussi constaté le 29 juin, à l'occasion de la présentation de son onzième Rapport au Parlement.
«Ce qui est frappant dans le cas français c'est que, comme tous les pays européens, nous sommes confrontés à l'instabilité des prix agricoles. (...) Mais dans un pays comme l'Allemagne, on constate une plus grande élasticité des prix alimentaires à ce facteur. En France, ce n'est pas le cas. Finalement sur ces dix ans, on observe une très grande stabilité des prix alimentaires, au moins en ce qui concerne ceux suivis par l'Observatoire: les grands produits basiques du caddie des ménages », a-t-il observé.
Ainsi, alors qu'en 2021 les tensions sur les marchés agricoles étaient déjà très fortes, à cause de quelques « accidents climatiques ciblés » mais aussi des importations record de grains de la Chine, les prix à la consommation ont très peu augmenté, de 0,6%. Pourtant, la même année, les hausses des prix des moyens de production ont atteint 9% et, en conséquence, celles des prix des produits agricoles à la production 9,2%, souligne le dernier rapport de l'Observatoire. L'augmentation des prix alimentaires est en outre restée inférieure à celle des prix à la consommation tous produits confondus, qui s'est élevée à 1,6%.
« En France, la variable d'ajustement est représentée par les marges brutes de l'industrie et de la grande distribution, qui jouent un rôle de tampon, alors que le consommateur reste plutôt gagnant dans la mesure où il bénéficie d'une assez grande stabilité des prix alimentaires », explique Philippe Chalmin, qui précise qu'en 2021 ce phénomène peut être relevé dans quasiment l'ensemble des filières.
Adopté à l'unanimité des membres de son comité de pilotage (lesquels incluent des représentants de tous les maillons de la chaîne ainsi que des parlementaires), le rapport de l'Observatoire suit un panel de produits peu transformés du « champ à l'assiette ». Son objectif est de mieux comprendre les efforts de chacun. Il calcule donc la décomposition du prix au détail de certains produits.