Alimentation : malgré des marchés agricoles tendus, les prix ont peu augmenté en 2021

Selon le dernier rapport de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, l'industrie alimentaire, la grande distribution, mais aussi les producteurs agricoles, ont, jusqu'en 2021, continué de jouer un rôle de « tampon » sur les prix afin de protéger les consommateurs de l'instabilité des marchés agricoles. Une situation qui pourrait toutefois évoluer en 2022, les tensions sur les marchés mondiaux étant exacerbées.
Giulietta Gamberini
En 2018, sur les 63,1 euros de valeur ajoutée induits en France par 100 euros de consommation alimentaire, l'industrie alimentaire en récoltait 10,4, le commerce (inter-entreprises et de détail) 15,3 et l'agriculture 6,9.
En 2018, sur les 63,1 euros de valeur ajoutée induits en France par 100 euros de consommation alimentaire, l'industrie alimentaire en récoltait 10,4, le commerce (inter-entreprises et de détail) 15,3 et l'agriculture 6,9. (Crédits : Reuters)

Les acteurs du secteur l'affirment à l'unisson : en matière d'inflation alimentaire, la France est un ovni. Le président de l'Observatoire de la formation des prix et  des marges des produits alimentaires, Philippe Chalmin, l'a aussi constaté le 29 juin, à l'occasion de la présentation de son onzième Rapport au Parlement.

«Ce qui est frappant dans le cas français c'est que, comme tous les pays européens, nous sommes confrontés à l'instabilité des prix agricoles. (...) Mais dans un pays comme l'Allemagne, on constate une plus grande élasticité des prix alimentaires à ce facteur. En France, ce n'est pas le cas. Finalement sur ces dix ans, on observe une très grande stabilité des prix alimentaires, au moins en ce qui concerne ceux suivis par l'Observatoire: les grands produits basiques du caddie des ménages », a-t-il observé.

Ainsi, alors qu'en 2021 les tensions sur les marchés agricoles étaient déjà très fortes, à cause de quelques « accidents climatiques ciblés » mais aussi des importations record de grains de la Chine, les prix à la consommation ont très peu augmenté, de 0,6%. Pourtant, la même année, les hausses des prix des moyens de production ont atteint 9% et, en conséquence, celles des prix des produits agricoles à la production 9,2%, souligne le dernier rapport de l'Observatoire. L'augmentation des prix alimentaires est en outre restée inférieure à celle des prix à la consommation tous produits confondus, qui s'est élevée à 1,6%.

Un consommateur plutôt épargné«

« En France, la variable d'ajustement est représentée par les marges brutes de l'industrie et de la grande distribution, qui jouent un rôle de tampon, alors que le consommateur reste plutôt gagnant dans la mesure où il bénéficie d'une assez grande stabilité des prix alimentaires », explique Philippe Chalmin, qui précise qu'en 2021 ce phénomène peut être relevé dans quasiment l'ensemble des filières.

Adopté à l'unanimité des membres de son comité de pilotage (lesquels incluent des représentants de tous les maillons de la chaîne ainsi que des parlementaires), le rapport de l'Observatoire suit un panel de produits peu transformés du « champ à l'assiette ». Son objectif est de mieux comprendre les efforts de chacun. Il calcule donc la décomposition du prix au détail de certains produits.

Exemple: pour un kilo de steak haché à 15% de matière grasse, alors que l'indicateur de coût de la matière première a grimpé de 4,14 à 4,45 euros entre 2020 et 2021, les indicateurs des marges brutes de transformation et de grandes et moyennes surfaces (GMS) ont baissé, en passant respectivement de 2,99 à 2,90 euros et de 2,82 à 2,79. Le prix au détail en GMS n'a ainsi augmenté que de 10,50 à 10,69 euros.

Autre exemple : pour un kilo de pâtes alimentaires, malgré une hausse de l'indicateur de coût de la matière première blé dur de 0,39 à 0,49 euro, le prix au détail en GMS n'est passé que de 1,35 à 1,37 euro, grâce à une contraction de l'indicateur de marges brutes de l'industrie (de 0,69 à 0,58 euro). L'indicateur marge brute GMS est, lui, passé de 0,20 à 0,23 euro. Quant au pain, l'augmentation du blé tendre meunier (de 0,22 à 0,20 euro) a été compensée par une baisse des marges brutes de la meunerie, de 0,17 à 0,11 euro. L'indicateur des marges brutes en aval de la meunerie a, lui, légèrement augmenté, de 2,95 à 3 euros.

Une marge nette des grandes et moyennes surfaces de 2,3%

Concernant l'industrie alimentaire dans son ensemble, le rapport note aussi qu'en moyenne les prix de ses produits n'ont augmenté que de 2,2% en 2021. Pour la grande distribution, qui a fait l'objet d'une enquête originale de l'Observatoire, il fournit aussi des chiffres d'ensemble sur les marges brutes et nettes.

« Pour l'ensemble des rayons alimentaires frais, la marge brute sur coût d'achat, rapportée au chiffre d'affaires, est de 29,5% en 2020, en léger retrait par rapport à 2019 (30,1%) », lit-on dans le résumé du rapport.

« Après répartition des charges entre les rayons, la marge nette rapportée au chiffre d'affaires ressort à 2,3% avant impôts, en légère augmentation par rapport à 2019 (2,0%). Elle est de 1,6% après impôt », ajoute-t-il.

Quant aux producteurs, ils jouent aussi un effet tampon face à la hausse des coûts de production, confirme le rapport.

« En général un éleveur aujourd'hui c'est quelqu'un qui gagne difficilement entre un et deux Smic », a relevé Philippe Chalmin.

Une situation chronique puisque, « en 11 ans, jamais les éleveurs de bovins allaitants n'ont couvert la réalité de leurs coûts de production en intégrant deux Smic par unité de travailleur humain (UHT) ». Mais qui, dans d'autres filières telles que le blé, est largement influencée par les rendements, a-t-il rappelé.

En 2018 -dernière année de disponibilité des données statistiques nécessaires pour le calcul-, sur les 63,1 euros de valeur ajoutée induits en France par 100 euros de consommation alimentaire, l'industrie alimentaire en récoltait 10,4, le commerce (inter-entreprises et de détail) 15,3 et l'agriculture 6,9.

Une année 2022 davantage incertaine

Est-ce qu'en 2022, alors que les tensions sur les marchés agricoles sont exacerbées, les producteurs agricoles, l'industrie et la distribution continueront toutefois de jouer un rôle de tampon afin de protéger les consommateurs ?, s'interroge toutefois Philippe Chalmin.  Rien n'est moins sûr. La loi Egalim, adoptée en octobre 2021, exige que les producteurs et leurs premiers acheteurs souscrivent des contrats écrits d'au moins trois ans, fixant les prix des matières premières agricoles et assortis d'une formule de révision automatique en fonction de l'évolution de leurs coûts. Par ailleurs, elle sanctuarise ces prix dans les négociations successives entre les industriels transformateurs et la distribution : la part correspondant à la matière première agricole ne pourra plus être remise en cause. Lors des négociations annuelles sur les marques nationales clôturées fin février, elle a d'ailleurs abouti, pour la première fois en huit ans, à une augmentation moyenne des tarifs payés aux industriels, de plus de 3%.

Face à la hausse généralisée et inarrêtable de leurs coûts de production, les industriels affirment déjà depuis des mois avoir épuisé leurs capacités d'absorption.

« Nous sommes confrontés à une hausse des coûts jamais vécue en 30 ans, désormais impossible à absorber par les industriels », rappelait encore le 22 juin Patrick Falconnier, président de Syndifrais, organisation professionnelle représentant les producteurs de produits laitiers frais.

«Depuis janvier, nos entreprises, qui absorbent ces hausses depuis septembre, sont dans le rouge. Les hausses de nos tarifs de 14-16%, que nous demandons aux distributeurs [dans le cadre des renégociations en cours depuis début mars, Ndlr] sont vitales », plaidait-il.

Les renégociations de leurs tarifs avec les industriels, encore en cours, restent donc extrêmement tendues. Et l'inflation commence à se répercuter sur les prix de grande consommation, qui en juin ont augmenté en moyenne de 4,37% par rapport à un an plus tôt, selon NielsenIQ. En France, elle reste toutefois plus modérée que dans le reste de l'Europe, souligne le cabinet d'études.

Giulietta Gamberini

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Commentaire 1
à écrit le 04/07/2022 à 8:00
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"En 2018, sur les 63,1 euros de valeur ajoutée induits en France par 100 euros de consommation alimentaire, l'industrie alimentaire en récoltait 10,4, le commerce (inter-entreprises et de détail) 15,3 et l'agriculture 6,9" C'est peu clair comme phras...

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