Pourquoi Renault se lance (prudemment) dans l'hydrogène

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(Crédits : DR)
Le groupe automobile français a annoncé le lancement de sa première gamme de véhicules roulant à l'hydrogène. Cette technologie, extrêmement coûteuse, équipera d'abord des véhicules utilitaires. Renault veut s'installer sur son segment mais sans prendre de risques industriels et financiers...

Virage stratégique ? Pour la première fois, Renault va intégrer la technologie hydrogène dans son catalogue de véhicules utilitaires. Dès la fin de l'année, des Kangoo seront disponibles, puis le Master, le petit fourgon, sera proposé avec cette technologie en milieu d'année 2020.

Pour Renault, l'hydrogène permet d'élargir les champs d'usage de sa gamme d'utilitaires grâce à une autonomie plus importante. Ainsi, le Kangoo passe d'une autonomie de 230 à 370 km de sa version électrique à batteries, à sa version hydrogène. Le Master, lui, atteint une autonomie de 350 km contre 120 km auparavant.

Le seuil psychologique des 300 km

Pour Denis Le Vot, directeur Alliance Renault-Nissan de la division véhicules Utilitaires, franchir la barre des 300 km d'autonomie permet de "lever des seuils psychologiques". Le constructeur français a toutefois décidé de se contenter d'une pile à combustible d'une puissance limitée de 5 Kw. "Au-delà, les coûts sont exponentiels", juge Denis Le Vot. Autrement dit, l'équation économique n'est plus justifiée notamment au regard du TCO, le ratio qui intègre le coût d'achat et d'usage d'un véhicule.

Pourtant, les prix catalogues promettent d'être très hauts. Si on ignore encore le tarif du Master à hydrogène, le Kangoo, lui, coûtera pas moins de 48.000 euros, soit presque le double de sa version électrique (autour de 27.000 euros). Le groupe estime toutefois que les subventions publiques peuvent changer la donne. Dans certains pays, la subvention sur la voiture hydrogène peut atteindre 16.000 euros.

En réalité, le modèle industriel adopté par Renault ne permettra pas, à court terme en tout cas, d'afficher des prix bas. Chacun de ces véhicules sera équipé de la technologie à hydrogène seulement une fois sortie des chaînes de production, par des filiales de Renault (Renault Tech pour le Kangoo et PDI pour le Master). En d'autres termes, l'intégration de la technologie hydrogène se fera de façon quasi-artisanale au cas par cas... Dès lors, impossible de dégager des effets d'échelle.

Pour cause, Renault continue de considérer le déficit d'infrastructures comme un frein à une dynamique de marché. "Il y a 125 stations pour toute l'Europe", rappelle Denis Le Vot.

"Renault joue son rôle de pionnier, la beauté du jeu, c'est que Renault sera présent dans tous les compartiments, nous ne voulons pas faire un choix à la place du consommateur", explique le patron des VUL de l'Alliance.

Bientôt le Trafic ?

Mais pour limiter le risque, Renault a trouvé la bonne formule en passant un partenariat avec Symbio, filiale de Michelin en passe de devenir une joint-venture avec Faurecia. La société va ainsi fournir la pile à combustible qui va équiper les Kangoo et Master. Autrement dit, le risque industriel et l'investissement en R&D est extrêmement mineur pour Renault.

Il s'agit surtout pour le constructeur français d'avancer sur une technologie qui fait des émules et s'inscrit également dans sa stratégie d'électrification. Le Trafic, camionnette, pourrait être le prochain modèle à recevoir cette technologie. En attendant, peut-être un jour, des véhicules particuliers...

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Commentaires
a écrit le 24/10/2019 à 10:03 :
Il n'est pas indispensable de passer par une pile à combustible pour faire une voiture à hydrogène. Il y a une solution bien meilleure et tout aussi efficace en terme de rendement. Quand j'entends toujours parmi les commentaires des gens qui continuent à prétendre que l'hydrogène est produit à partir de combustibles fossiles et que c'est mal je trouve cela désolant car on en est arrivé à un point ou l'intoxication collective dépasse l'entendement .
Oui l'hydrogène DOIT pour des raisons économiques être produit à partir de combustibles fossiles.Ce qui veut dire que en produisant l'hydrogène on coproduit du CO2, il faut alors le séquestrer,que cela plaise ou non. Si on veut lutter contre le réchauffement climatique il n'y a aucune AUTRE solution pour les trente ans à venir.
C'est bien entendu une question de choix entre ce que l'on dit et ce que l'on fait.STOP à l'hypocrisie!!!
a écrit le 24/10/2019 à 7:58 :
A noter qu'en matière d'hydrogène/pile à combustible l'arrivée prochaine en Europe de Nikola Trucks qui fait plutöt dans du super lourd 30-45 Tonnes aux USA et a engrangé un énorme succès commercial en offrant 1 million de Miles de recharge d'Hydrogène avec la vente de ses camions, soit un achat ^gratuit^ pour un pro du transport. Hormis une technologie fiable la clé du succès passe par un réseau de stations efficace et pertinent.
a écrit le 24/10/2019 à 7:56 :
L'hydrogène est a la mode, comme les voitures électriques depuis quelques temps. Très bien pour désenfumer les villes, mais il ne faut pas oublier que l'hydrogène est produit en France comme ailleurs à partir des énergies fossiles soit directement soit indirectement par électrolyse avec un rendement déplorable.
Autrement dit les voitures, les bus, les trains a l'hydrogène rejettent bien plus de CO2 que leur équivalent avec moteur à combustion mais sur les lieux de production de l'hydrogène. Évidemment, là où il est "brûlé", il produit de l'eau.
D'une certaine façon on pollue a la campagne pour dépolluer les villes.
L'hydrogène n'a d'intérêt que comme une énergie de stockage s'il est produit par des éoliennes ou des panneaux solaires lorsque ceux-ci produisent alors que l'on en a pas besoin.
a écrit le 24/10/2019 à 5:01 :
Ils ont bien raison d’ Prudent. 5kw de puissance contre 30kw de consommation instantanée pour un utilitaire, tu vas pas aller très loin. Et ce sera déjà obsolète quand la courbe des coûts des batteries va passer sous les 100€ le kw. Comme aujourd’hui sont déjà obsolète les hybrides rechargeables par rapport au pur électrique
a écrit le 24/10/2019 à 4:19 :
Pourquoi la flotte de taxis parisiens equipee de vehicules made in Korea fonctionne t-elle ?
Comment un constructeur tel que Renault n'y arrive t- il pas?
La France n'a plus de projet.
Dommage.
a écrit le 24/10/2019 à 0:57 :
...Parce que l'électrique n'est pas viable sur le long terme. L'hydrogène est évidemment l'avenir...reste à baisser tous les coûts. Ce sera long, mais c'est la seule option possible.
a écrit le 23/10/2019 à 20:03 :
"puissance limitée de 5 Kw" 5 kW
Sais pas si on arrivera à se passer du platine dans les piles à combustible qui sont encore 'hors de prix'. La Migros (une sorte de Carref* Suisse) prévoit d'avoir tout son parc de camions à pile à combustible, dans un certain avenir, mais l'annoncer est la première étape... :-)
Un simple vélo est à 5000€, mais le prix de la recharge d'hydrogène n'était pas indiquée, dommage, c'est du consommable et ça joue sur la durée. Le "plein" d'une voiture électrique à batteries à 1 euro c'est une fable, peut-être pour 100km et encore.
a écrit le 23/10/2019 à 19:58 :
Pourquoi la RATP et ses équivalents en province (TCL à Lyon, RTM à Marseille, TBM à Bordeaux, ilévia à Lille, etc) ne passent-ils pas à l'hydrogène pour les bus ? le réseau de distribution d'hydrogène ne serait pas un problème pour ces flottes captives ???

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