Industrie : le gouvernement veut booster 124 territoires

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Edouard Philippe a annoncé une enveloppe de 1,3 milliard d'euros pour ces territoires.
Edouard Philippe a annoncé une enveloppe de 1,3 milliard d'euros pour ces territoires. (Crédits : Reuters)
Le Premier ministre a lancé ce jeudi au Grand Palais l'initiative "territoire d'industrie" qui vise à soutenir 124 territoires à hauteur de 1,3 milliard d'euros. L'objectif est de renforcer les moyens sur des communes de taille moyenne qui ont déjà un passé industriel.

Lors du lancement de l'Usine extraordinaire au Grand Palais ce jeudi 22 novembre, le Premier ministre Edouard Philippe a dévoilé la carte des 124 territoires d'industrie qui devraient faire l'objet d'un large soutien dans les années à venir. Le chef du gouvernement a rappelé "qu'il n'y avait pas de grande puissance économique sans grande puissance industrielle."

Pour dynamiser cette reconquête industrielle, le gouvernement a lancé une mission chargée d'identifier ces territoires à soutenir en priorité. Ce groupe, présidé par le député LREM du Rhône Bruno Bonnel, a sillonné la France à la recherche des freins qui pouvaient faire obstacle au renouveau industriel. Mais le chantier est loin d'être gagné. L'industrie tricolore a perdu des milliers d'emplois et de très grands sites industriels ont récemment connu des difficultés ou ont tout simplement fermé. L'économie française a été marquée par des décennies de désindustrialisation et de délocalisations. Pour faire face à ce marasme, le gouvernement veut faire le pari de l'industrie du futur.

carte territoires industrie

Carte des 124 territoires sélectionnés. "Cette liste n'est ni figée ni fermée. Elle est plus un début qu'une fin et c'est aux acteurs locaux qu'il reviendra de l'affiner" a précisé Edouard Philippe lors de son discours.

1,3 milliard d'euros de financement

L'enveloppe annoncée par le locataire de Matignon devrait s'élever à 1,3 milliard d'euros pour les 124 zones sélectionnées. Sur ce budget fléché vers ces 124 territoires, plus de 500 millions viendront du programme d'investissements d'avenir (PIA), 250 millions du PIC (Plan d'investissement compétences) et 500 millions de la Banque des territoires. L'initiative doit faire l'objet d'un pilotage décentralisé par les conseils régionaux, les intercommunalités accompagnées des industriels. "Le pilote principal du dispositif sera le président de région" a souligné Édouard Philippe, "parce que la région est désormais devenue le principal acteur du développement économique territorial." Depuis l'entrée en vigueur de la loi Notre, les régions sont devenues chef de file sur les compétences économiques.

> Lire aussi : Régions : quel impact économique ?

Par ailleurs, la grande majorité des territoires sélectionnés ne figurent pas dans les métropoles. La mission a privilégié la France des périphéries "qui  épouse de manière beaucoup plus fidèle la géographie industrielle de notre pays. Qui épouse aussi sa réalité institutionnelle, celle de la montée en puissance dans le domaine économique, des conseils régionaux et des intercommunalités" a indiqué Edouard Philippe. L'objectif répété est de soutenir les entreprises industrielles dans les villes moyennes "et celles où justement s'expriment avec le plus de force, la colère et l'inquiétude. Or, un des meilleurs moyens d'obtenir des gains de pouvoir d'achat, c'est d'aider nos usines, nos PMI, nos PME."

Renforcer l'attractivité

L'ambition du gouvernement est de concentrer ses efforts avant tout sur le renforcement de l'attractivité. Si l'économie tricolore est plébiscitée par les investisseurs étrangers comme l'illustre le dernier baromètre réalisé par Business France, plusieurs territoires et villes moyennes restent en souffrance. La récente colère des gilets jaunes et l'exaspération de certains élus locaux témoignent des difficultés économiques et du malaise social dans ces espaces. Pour tenter de renforcer ces territoires, le Premier ministre a mis l'accent  sur la nécessité d'assurer une meilleure couverture numérique par le développement d'infrastructures dédiées à l'internet très haut débit. "L'enjeu actuel est le déploiement du THD (Très Haut Débit) fixe et mobile, qui constitue le plus grand chantier d'infrastructure pour les 15 ans à venir" précise le communiqué. Il a également insisté sur le renforcement de la couverture mobile dans les territoires d'industrie.

L'innovation au centre des préoccupations

La seconde ambition affichée est celle de l'innovation. "Les territoires d'industrie bénéficieront en priorité des dispositifs que nous venons de lancer dans le cadre du plan pour l'industrie du futur, du PIA régionalisé ou du dispositif "Territoires d'innovation" a expliqué l'ancien maire du Havre dans son discours. Depuis plusieurs années, les gouvernements en place misent sur l'industrie du futur pour tenter de mettre fin à la désindustrialisation.

À ce sujet, si le chef du gouvernement a rappelé que pour "la première fois depuis dix ans, les entreprises recréent des emplois industriels en France [...] et que la France est le pays qui a accueilli en 2017 le plus d'investissements industriels étrangers en Europe, il n'y a pas de quoi fanfaronner."  "Nous savons les turbulences qui partout sont susceptibles de venir secouer notre pays", a-t-il poursuivi, citant le dossier de l'aciérie française Ascoval et les difficultés de l'américain General Electric qui menacent l'avenir du site de Belfort. "Les tensions commerciales et la hausse des tarifs douaniers sont malheureusement partout sur la planète à l'ordre du jour", la croissance mondiale ralentit et la transition écologique "bouleverse nos équilibres" plus vite que prévu, selon le Premier ministre.

> Lire aussi : Croissance mondiale : l'OCDE alerte sur les risques

Pour doper l'innovation, le gouvernement a introduit dans le projet de loi de finances 2019 un dispositif fiscal de suramortissement de 40% pour les investissements de robotisation, de fabrication additive et de transformation numérique dans les deux années à venir. Outre cette mesure, la majorité veut accélérer les dispositifs d'accompagnement des PME vers l'industrie du futur. À ce jour 5.200 PME industrielles ont bénéficié d'accompagnements spécifiques. L'objectif est d'en accompagner 10.000 de plus d'ici 2020 grâce à une enveloppe de 80 millions d'euros issue du grand plan d'investissement.

Le renforcement des filières

La stratégie économique du gouvernement pour réindustrialiser la France passe notamment par le renforcement des filières. À ce jour, 16 filières ont été labellisées au cours de l'année et cinq contrats de filières ont été signés. "L'objectif est de finaliser les 11 contrats de filières restants d'ici la fin de l'année" souligne l'exécutif. Parmi les filières valorisées figurent l'automobile, la chimie et les matériaux, l'agroalimentaire, le bois ou encore l'aéronautique. Au niveau de la santé, l'exécutif veut par exemple favoriser la bioproduction "pour construire des stratégies thérapeutiques innovantes." Lors de la table ronde, le ministre de la Transition écologique François de Rugy a également insisté sur la filière hydrogène. Pour la patronne d'Engie Isabelle Kocher présente lors de la table ronde"l'hydrogène peut être au service d'une économie décarbonée."

L'enjeu des compétences

Face à toutes ces transformations, l'enjeu des compétences devient primordial. Présente lors du Conseil national de l'industrie (CNI), la ministre du Travail Muriel Pénicaud a rappelé que "l'accès aux compétences est déterminant . Un emploi sur deux va se transformer dans les dix ans." Le gouvernement veut mettre l'accent sur l'apprentissage. Il a pris l'engagement d'augmenter de 40% le nombre d'apprentis d'ici 2023. Ceci portera de 62.000 à 87.000 le nombre d'apprentis qui rejoignent chaque année l'industrie. La ministre de la rue de Grenelle veut soutenir les campus d'innovation dans les territoires et "les projets communs entre le secteur industriel et la recherche dans le cadre de fonds européen peu utilisé par la France." Au-delà des nouveaux outils annoncés par tous les ministres sous la coupole du Grands Palais, l'autre enjeu est peut-être aussi d'activer les leviers existants.

Pour aller plus loin : Les robots sauveront-ils l'industrie ? Retrouvez les autres articles de notre Dossier spécial dans La Tribune Hebdo n°268 daté du 9 novembre 2018 :

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Commentaires
a écrit le 26/11/2018 à 8:38 :
Sans augmenter notre consommation d'énergie ? , va falloir faire pédaler les gens dans les usines . Le "en même temps " dans toute sa stupidité.
a écrit le 25/11/2018 à 13:18 :
Toujours plus d'industries=toujours plus de pollution,nous devons dire stop!L'écologie avant tout.
a écrit le 23/11/2018 à 23:02 :
Les entreprises françaises n'ont pas besoin de l'argent de l'état mais de résoudre ce qui est spécifique à notre pays tout ce qui concerne la logistique et le stockage.
Donc d'abord la fin des péages, récupération de la tipp s'il y a exportation, de tout ce qui coûte plus cher en France que les pays ou on tente d'exporter, des normes stupides juste pour faire plaisir à Bruxelles.
Les régions doivent pouvoir préempter les autoroutes de plus de 30 ans.
A partir du moment ou on peut produire et expédier facilement le travail ira tout seul.
Comme le grand port à conteneurs prévu à st Nazaire, capable de drainer 5 régions agricoles vers la chine ou l'Inde.
a écrit le 23/11/2018 à 16:42 :
YAKA chaque gouvernement FAIS les memes promesses et 5 ans apres RIEN NA BOUGE ?LES SALAIRES SONT BLOQUE LES RETRAITES SONT BLOQUES LES EMTREPRISES FERMENT LES UNES APRES LES AUTRES ET ONT VEUT ENCORE NOUS FAIRE CROIRE QUE TOUS VAS ALLEZ MIEUX???
a écrit le 23/11/2018 à 16:42 :
YAKA chaque gouvernement FAIS les memes promesses et 5 ans apres RIEN NA BOUGE ?LES SALAIRES SONT BLOQUE LES RETRAITES SONT BLOQUES LES EMTREPRISES FERMENT LES UNES APRES LES AUTRES ET ONT VEUT ENCORE NOUS FAIRE CROIRE QUE TOUS VAS ALLEZ MIEUX???
a écrit le 23/11/2018 à 11:59 :
l'intelligence ne s'achète pas, ce sera la 17ème filière qui "performera" comme de bien entendu et sans aide de l'état avant de s'expatrier !
Pessimistes ? non! réalistes ! les dirigeants sont épuisés par les manœuvres fiscales et administratives de l’État qui ne cesse de les harceler. A tout le moins, se brûler les mains pour rôtir les marrons dans le feu puis les poser dans une assiette derrière soi et au bout d'un moment se retourner et voir le rictus de contentement de l’État qui a tout subtilisé sans aucune fatigue ni risque ni douleur, ne les encourage pas à continuer ainsi ad vitam . . .
a écrit le 23/11/2018 à 11:56 :
C'est incroyable, Philippe asphyxie les Communes et les Français, mais assure qu'il sera à leur chevet . Merveilleux politiciens .
a écrit le 23/11/2018 à 10:36 :
Monsieur le premier ministre Philippe et ses ministres de l'Economie et du Budget, mrs Lemaire et Darmanain sont des ex UMP LR dont les gouvernements ont ABIMé LA FRANCE

Monsieur Macron et ses ministres fantoches issus de LREM Modem Udi LR composent un magma digne d'une officine d'étudiants attardés et affairistes qui ont déjà sévit sous les couleurs du PS et d'associations inutiles

avec cet attelage,

la France est abimée plus chaque jour, chaque semaine chaque mois qui passe
a écrit le 23/11/2018 à 9:47 :
La belle affaire
Encore un "plan" mis au point par Paris, alimenté depuis les préfectures et les sous-préfectures par des gens qui n'ont aucune connaissance des territoires ....
Et le plus drôle, comment voulez vous rendre attractif des territoires "en difficulté" quand vous augmentez les taxes sur les carburants et que vous envisagez de supprimer les chaudières au fioul ....
Précisément ces territoires sont désindustrialisés car ils sont isolés, ne bénéficient pas des investissements routiers, subissent un désengagement des services publics,
Donc les "habitants" ont besoin de leur voiture pour le moindre déplacement ou la moindre démarche et se chauffent au fioul car le gaz de ville n'est pas parvenu jusqu'à eux ....
Monsieur qui faites office de Premier Ministre, mettez vos bottes en caoutchouc (pour ne pas salir vos beaux souliers) et venez nous voir .., on vous expliquera
a écrit le 22/11/2018 à 23:20 :
Depuis des décennies chaque gouvernement a lancé son "truc" industriel de demain!!!avec à la clé quelques milliards piqués à droite et à gauche si ce n'est les fonds de tiroirs de Bercy. Des petits milliards pour un temps long ce qui fait quelques malheureux millions dans le présent. Puis l’euphorie retombe car tout cela se fait sans grand pilotage et chacun y met son grain de sel. Nous pouvons déjà considérer comme tout ce que fait un exécutif qu’au moins 30 pour cent des sommes seront consacrés au fonctionnement car dans notre pays les couts de fonctionnement sont les seuls couts qui ne sont pas compressibles pour nos bureaucraties politiques qu’elles soient nationales et pire territoriales. Les régions vont se gaver de couts de fonctionnement les nouvelles embauches vont encombrer encore les couloirs des palais régionaux. Nous avons le nouveau plan dont on ne parlera plus dans 2 ou 3 ans car il fera pschitt comme tous ceux qui ont été désirés politiquement mais pas réussis industriellement. Ce plan met aussi en évidence la verticalité pour ne pas dire l’autocratie de cet exécutif qui sait tout qui connait tout qui pense pour 66 millions de citoyens dont une partie est méprisée par l’arrogance des Mesdames et Messieurs les ministres, la science infuse coule dans l’exécutif . Cette prise de position comme celle de cajoler les maires montrent que les gilets jaunes sont entrain de jouer un vrai acte politique et que l’exécutif arrogant commence à regarder ce mouvement avec une certaine anxiété.
a écrit le 22/11/2018 à 20:19 :
Alors on retrouve comme d’habitude le champ lexical de la Finance internationale, les omissions et contrevérités du politicien low-cost français, le ton pédant et l’éloge du modernisme.
Vous mélangez le tout et vous placez des chiffres par ci par là. Vous couchez le tout sur papier glacé marqué du sceau de Matignon et vous servez chaud à la basse-cour journalistique.
Le sans dent et il faut l’espérer sans cortex avalera le tout sans régurgiter.
a écrit le 22/11/2018 à 19:08 :
Toujours aussi ridicule ce Philippe. 1,3 milliards ? mais où les prend il? sur la taxe carbone? sur la taxe tabac? il n'a plus d'argent, son budget prend l'eau de toute part. Alors il ré affecte de l'argent déjà prévu pour habiller la mariée. Que la Tribune enquête un peu sur l'origine des fonds. Ensuite, quelle ambition! +40% d'apprentis en 2013 soit dans 5 ans, il ne sera plus 1 er ministre. Et ensuite, les lycées techniques ferment les uns derriere les autres. Encore une fois, taxons ceux qui ne paient pas d'impots et qui délocalisent en zone franche pour réimporter. Alors la relocalisation se feront. L'usine du futur nécessite des managers et ils sont démotivés par les politiques qui depuis 14 ans massacrent notre industrie. Entendre que Carlos Ghosn a crée des emplois en France est une vraie rigolade. Il a tué une tonne de sous traitants et ses usines se sont vidés. Bon j'arrete Philippe continue la politique industrielle de Sarkozy et Hollande avec un résultat...
Réponse de le 23/11/2018 à 9:14 :
La promesse c'est 1.3 Mrds pour 124 territoires soit 10 M€ par territoire... mais la temporalité n'est pas définie. Le temps que les projets remontent, soient validés, exécutés et payés (avec des accomptes)...
a écrit le 22/11/2018 à 18:38 :
Qui a envie d investir en France ??

Pour mettre plusieurs années avant de construire ?
exemple dans l immobilier il faut 6 ans pour sortir un bâtiment
Un bazar de normes sociales
Des comptes pénibilité etc etc
Autant partir directement en Espagne ou dans les pays de l est
Encore un plan pour arroser le sable
a écrit le 22/11/2018 à 18:33 :
Mince on ne l'apprend plus au collège qu'on ne peut pas représenter une carte sans légende ? Mais bon peut être qu'en effet en 2050 nos implants électroniques oculaires permettront de lire ce qu'il y a écrit dessus, cela doit avoir un intérêt, certainement...

Jean-Christophe Victor, reviens !
a écrit le 22/11/2018 à 17:52 :
wahouu, 124 territoires. Peut être la première chose a faire pour aider les territoires , est de taxer les firmes comme Apple qui ne paye pas d'impot derriere sa multitude de paradis fiscaux , utilise pourtant nos infrastructures , et crée donc de la distorsion de concurrence..vis a vis de sociétés qui elles se comportent correctement ..
a écrit le 22/11/2018 à 17:48 :
Super super, ce fait 10 millions par territoire, soit l'investissement pour démarrer 30 boulangeries.

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