Le PDG de Vinci Xavier Huillard se projette jusqu'en...2029

En attendant l'assemblée générale du 12 avril prochain et le possible renouvellement de son mandat, le patron de Vinci, Xavier Huillard, maintient ses priorités : le zéro artificialisation nette des sols et la décarbonation à tous les étages (autoroutes, bâtiments et énergies). De quoi projeter le groupe dans la décennie à venir.
César Armand

6 mn

Xavier Huillard est président-directeur général de Vinci depuis 2010.
Xavier Huillard est président-directeur général de Vinci depuis 2010. (Crédits : Reuters)

A trois mois de l'élection présidentielle, une autre succession se joue en coulisses. Dans le monde des affaires, un emblématique patron va peut-être passer la main. Son mandat d'administrateur, renouvelé le 17 avril 2018, est censé prendre fin le 12 avril 2022, l'avant-veille du second tour du scrutin national.

Xavier Huillard, 67 ans (68 en juin prochain), tour à tour directeur général adjoint de 1998 à 2000, président de Vinci Construction de 2000 à 2002, président-directeur général de Vinci Energies de 2002 à 2005, administrateur-directeur général de 2006 à 2010, est président directeur-général de Vinci depuis 2010.

La dissociation fait des émules dans le CAC 40

En vue de l'assemblée générale prévue dans trois mois et neuf jours, le conseil d'administration du groupe de BTP est en train de réfléchir à la situation. "Rien n'est fait, rien n'est décidé, mais il n'est pas exclu qu'il me prolonge quelques années", confie Xavier Huillard ce 13 janvier. Dans les statuts, le patron peut en effet rester président jusqu'à ses 75 ans, soit théoriquement jusqu'en juin 2029.

De Bouygues à Veolia, en passant par Saint-Gobain, dont le nouveau directeur général - depuis le 1er juillet 2021 - Benoît Bazin est administrateur de Vinci, la dissociation président-directeur général fait des émules dans le CAC 40. Mais pas dans ce groupe de BTP.

"Je ne vais pas m'amuser à être dissocié pendant deux à trois ans, alors qu'on n'est pas toujours pas au trait et que le groupe n'est pas complètement remis d'équerre de la pandémie", affirme Xavier Huillard. "Il est clair qu'on ne changera pas les statuts", ajoute-t-il.

Bien sûr, le PDG pense à sa succession mais "ne dira rien". "Il y a toujours des talents disponibles et si vous commencez à vous faire des nœuds dans la tête, c'est mort", élude-t-il. Sa priorité semble toutefois l'orienter vers un profil interne : "Les compétences, le bilan, la stratégie, ça s'acquiert, mais l'actif principal reste la culture d'entreprise. Avec quelqu'un qui a vécu des années à l'intérieur, la continuité est assurée", poursuit Xavier Huillard.

Priorité donnée au zéro artificialisation nette des sols

Dans l'intervalle, c'est "l'urgence climatique [qui] modifie [son] rapport au temps et [qui] permet de réviser la vitesse avec laquelle on lançait des projets". "On trouve enfin le courage politique de passer à l'acte", déclare le PDG de Vinci, citant une prise de parole du chef de l'Etat, Emmanuel Macron, de novembre dernier. "Il ne s'est rien passé sur le nucléaire pendant quatre ans et demi, et maintenant, on se rend compte qu'on ne peut pas y arriver sans, qu'on le veuille ou non", embraye-t-il.

Pour le polytechnicien et ingénieur des Ponts Xavier Huillard, la prise de conscience s'est opérée à la suite de la COP21 de décembre 2015, avant la présentation d'une feuille de route en janvier 2020 - le groupe voulant atteindre la neutralité carbone en 2050. Puis l'entreprise a développé une méthodologie en juin 2021 ainsi que des moyens et des objectifs pour chacune des filiales. "Sur 250.000 collaborateurs, 249.000 ne pensent qu'à ça. Dès qu'ils sont câblés, ils trouvent tous des solutions", souligne-t-il.

Dernier élément en date : sa filiale Vinci Immobilier vient d'annoncer sa volonté d'atteindre le zéro artificialisation nette (ZAN) des sols en 2030, soit vingt ans avant la date prévue par la loi "Climat et Résilience". "Le métier de promoteur est complètement en train de changer. On a artificialisé les sols à une vitesse supérieure à la croissance démographique. Maintenant, on va arrêter de tartiner partout", promet le PDG du groupe.

En réalité, Vinci Immobilier a déjà acquis cinquante sites industriels auprès d'Engie, dont une majorité d'usine-à-gaz, dans toute la France. Avant de créer deux sociétés avec l'opérateur spécialisé Brownfields : la première dépollue et aménage et la seconde vend au prix du terrain le marché. La communication d'aujourd'hui intervient en outre moins d'une semaine après celle du Premier ministre Jean Castex d'abonder de 100 millions d'euros supplémentaires le fonds friche créé dans le cadre de France Relance.

Autoroutes, bâtiments, énergies :  décarbonation à tous les étages

Avant toute chose, la nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs dite "RE2020", entrée en vigueur ce 1er janvier, prime sur le reste. Pensée pour "donner la primauté à la sobriété énergétique et à la décarbonation" et "adapter [les bâtis] aux vagues de chaleur", elle "ne traumatise pas sur le plan technique", considère Xavier Huillard.

"Cela fait des années qu'on réfléchit au cycle de vie des matériaux", assure-t-il. "L'intention est bonne. Le seul inconvénient est le surenchérissement au début, mais on est capable de faire des produits qui ne coûteront pas beaucoup plus chers qu'avant", dit encore le patron du groupe de BTP.

Parallèlement, Vinci a enfin finalisé, fin décembre, l'acquisition de l'énergéticien Cobra IS auprès du groupe espagnol ACS. Après avoir porté Vinci Airports dans Vinci Concessions et rapproché Eurovia et Vinci Construction dans un même pôle, Cobra IS ne sera pas intégré dans Vinci Energies. "Pour faire une fusion, il ne faut pas se rater", justifie Xavier Huillard.

Dans un autre registre, Vinci Autoroutes (4.443 kms de réseau) a présenté, fin novembre, sa trajectoire de décarbonation à horizon 2025, avec une facture estimée entre 5 et 6 milliards d'euros les 1.000 kilomètres. "Si on veut avoir une chance de décarboner ce pays, il faut s'intéresser à la décarbonation de la mobilité, et d'abord à la mobilité routière et autoroutière qui représente 80% des déplacements, et mettre en place tout ce qui faut sur les infrastructures", développe le patron du groupe.

Xavier Huillard ne croit pas si bien dire. La fédération nationale des travaux publics a fait chiffrer le montant total de l'éradication de son empreinte carbone. Il en ressort deux scénarii qu'elle présentera aux candidats à l'élection présidentielle en février prochain. Le premier fondé sur la sobriété coûterait 16,2 milliards d'euros par an d'ici à 2050, soit 486 milliards d'euros au total. La seconde hypothèse basée sur les technologies en vaudrait le double.

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César Armand

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Commentaire 1
à écrit le 14/01/2022 à 9:29
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Tout ce "petit" monde se projettent dans l'avenir comme s'il y avait une perspective stable! On voit bien pourtant que tout est détruit en France pour leur tracer un avenir européen!

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