La transition écologique, défi majeur du Grand Paris

La crise sanitaire a mis en lumière un désamour pour les métropoles engorgées et une appétence des habitants pour plus de nature. C’est pourquoi le projet du Grand Paris ne pourra réussir sans une stratégie écologique efficace. Logement, transports, emploi : tous les aspects de la fabrique de la ville, la métropole au premier chef, sont concernés.

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De gauche à droite: Yann Wehrling, (région Île-de-France), Jérémie Almosni, (Ademe Île-de-France), Hélène Milot, (EDF Île-de-France), Marianne Louradour (CDC Biodiversité), Bertrand de Singly (GRDF Île-de-France), et Olivier Jamey, (Communauté portuaire de Paris), lors de la table-ronde Le Grand Paris peut-il tenir ses promesses écologiques ?.
De gauche à droite: Yann Wehrling, (région Île-de-France), Jérémie Almosni, (Ademe Île-de-France), Hélène Milot, (EDF Île-de-France), Marianne Louradour (CDC Biodiversité), Bertrand de Singly (GRDF Île-de-France), et Olivier Jamey, (Communauté portuaire de Paris), lors de la table-ronde "Le Grand Paris peut-il tenir ses promesses écologiques ?". (Crédits : La Tribune)

La décennie qui commence sera capitale pour le Grand Paris. De plus en plus d'habitants de la région Île-de-France n'en peuvent plus des temps de trajets interminables en transports en commun, des embouteillages et du manque d'espaces verts, dont Paris est un exemple criant. La livraison des premiers projets, comme le Grand Paris Express (GPE) qui doit aider à réduire l'empreinte de la voiture et fluidifier les trajets en métro, est un signe encourageant. Mais le chantier est immense. Surtout quand on dispose d'un budget « indigne », comme c'est le cas pour la métropole du Grand Paris selon son président Patrick Ollier qui s'exprimait mardi 21 septembre lors de la quatrième édition du Sommet du Grand Paris organisé au Pavillon Gabriel par la Tribune.

Replay de la table-ronde  "La relance économique et transition écologique : le grand tournant pour le Grand Paris ?

Le logement est un des points noirs puisqu'on ne construit pas assez en Île-de-France comme d'ailleurs dans le reste du pays.

« La pénurie et l'augmentation du prix du logement sont liés à un déséquilibre structurel entre l'offre et la demande » souligne l'économiste Nicolas Bouzou.

Mais comment construire avec un prix du foncier qui explose ? Pour Eric Groven, président de Sogeprom et responsable de la direction immobilière de la banque de détail en France de la Société Générale, « les 68 nouvelles gares du GPE ont eu un effet inflationniste. Et on ne peut construire ni horizontalement, pour limiter l'artificialisation des sols, ni verticalement, car les populations y sont globalement défavorables ».

« L'enjeu majeur, c'est l'adaptation au changement climatique, la question de l'artificialisation des sols, de la gestion de la nature en ville et de la sobriété énergétique. Il faut aller plus vite et plus fort » estime Gisèle Rossat Mignod, directrice du réseau de la Banque des Territoires, qui finance des stations pour les futurs taxis à hydrogène et la rénovation thermique des bâtiments publics.

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Un problème d'acceptabilité citoyenne

Comment ce secteur du logement peut-il supporter à la fois la crise de l'offre et la crise climatique dans le Grand Paris ? La pandémie a fait baisser de 15 % le nombre de permis de construire au niveau national. La reprise s'amorce, avec +35 % en Île-de-France entre mai et juillet 2021 par rapport à la même période de 2020.

« Nous sommes toujours en deçà de nos objectifs de construction » précise Emmanuelle Wargon, Ministre du Logement. Pour elle, il y existe un problème « d'acceptabilité citoyenne » face à l'arrivée de nouveaux habitants.

Replay de la table-ronde "Crise de l'offre et crise climatique, comment le logement dans le Grand Paris peut surmonter ces nouveaux défis ?".

Refus de la densité, besoin d'espace : la pandémie a rebattu les cartes. La Commission Rebsamen pour la relance durable de la construction de logements vient de rendre ses propositions qui doivent être étudiées rapidement par le ministère.

La pérennisation du plan friches est-elle la solution pour effectuer un recyclage urbain ? « Ça permet d'avoir de l'offre là où c'est très compliqué d'en avoir. Et c'est aussi l'occasion de faire rentrer la nature en ville » explique Rémi Vial-Collet, directeur général adjoint de l'Immobilier Résidentiel et des Régions de Vinci immobilier.

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La filiale de Vinci a par exemple racheté en 2015 des fonciers d'EDF pour l'opération Univesrseine (site situé à Saint-Denis, dans le périmètre du village des athlètes des JO 2024) et 50 sites à Engie. Un moyen de végétaliser les zones, mais c'est un processus onéreux. « Certains maires rechignent encore à nous laisser construire » se plaint Rémi Vial-Collet.

« Arrêtons de démolir ! Il faut s'occuper plus de l'existant » s'exclame Christine Leconte présidente du Conseil national de l'ordre des Architectes, qui rappelle que les prix des matériaux s'envolent (+400 % pour les structures bois).

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Privilégier les matériaux biosourcés

Les matériaux biosourcés sont une alternative pour construire différemment. A condition de stabiliser les filières bois, paille et chanvre.

« On ne mesure pas encore le poids de cette pénurie mondiale » avertit Jean-Philippe Dugoin-Clément, maire de Mennecy et vice-président du conseil régional chargé du Logement, de l'Aménagement durable et du Schéma directeur environnemental de la région Île-de-France

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L'Île-de-France représente 32 % du PIB national mais consomme 80 % des matières premières. La Région va doubler les montants d'intervention pour les quartiers qui privilégient les matériaux biosourcés. « On ne s'exonérera pas de la recherche sur les matériaux traditionnels pour diminuer leur coût carbone, comme le béton » ajoute Jean-Philippe Dugoin-Clement. Mais le label béton bas carbone est remis en cause par Christine Leconte : « on utilise le laitier des hauts fourneaux [issu des aciéries, Ndlr] mais le label ne prend pas en compte tout ce qui se passe avant dans le cycle ».

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Les notaires du Grand Paris sont des observateurs privilégiés de la chaîne immobilière dont ils rencontrent tous les acteurs.

« Nous avons ouvert un groupe de travail pour recenser ce qui a été fait et présenter 30 propositions sur cinq axes. Il y a par exemple un vrai problème sur les questions de la réversibilité et de la modification des usages des bâtiments » pointe Marc Cagniart, premier vice-président de la Chambre des Notaires de Paris.

« Il faut un changement de culture global de la construction, qui demande énormément de matière grise pour peu de matières premières » selon Christine Leconte, qui réclame de l'innovation. Comme cette réhabilitation d'un parking sur le site d'un ancien garage Renault par le cabinet d'architectes Encore Heureux dans le 19ème arrondissement pour la construction de 74 logements en locatif social et 75 logements en accession. Les volumes originaux, les logements traversant et les espaces extérieurs compensent la faible hauteur sous plafond.

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L'eau potable et le recyclage des déchets, sujets cruciaux

Autres sujets cruciaux de la transition écologique : la sécurisation de l'approvisionnement en eau potable du Grand Paris menacée par les épisodes répétés de sécheresse, et le recyclage des déchets, qui fournit des matières premières secondaires moins chères pour le BTP. Selon Maximilien Pellegrini, directeur général délégué de Suez chargé des activités en France, les investissements nécessaires pour anticiper les effets du réchauffement climatique dans le domaine de l'eau et de l'assainissement sont estimés à 17 milliards d'euros, et 24 milliards pour favoriser le recyclage et la valorisation des déchets. A comparer aux 300 millions pour l'eau et aux 500 millions pour l'aide au recyclage et à la valorisation des déchets du Plan de Relance ...

« La transition écologique, c'est ce qui permet de réconcilier l'action publique pour apporter au citoyen une qualité de vie » estime Maximilien Pellegrini, qui se plaint de cahiers des charges trop complexes de la part de la puissance publique.

Avec la pandémie et l'essor du télétravail, le Grand Paris est-il arrivé trop tard ?

« On manque de recul. Sur le télétravail, le bilan sera probablement plus contrasté. Il faut être capable de repenser les espaces et donner aux salariés confiance dans le bâtiment dans lequel ils travaillent » répond Eric Groven.

Pour Nicolas Bouzou, 30 à 40 % des emplois sont « télétravaillables » en Île-de-France : « deux jours de travail à distance par semaine, c'est un changement colossal ! ». La logistique urbaine est un autre sujet de réflexion. Le e-commerce a doublé pendant la crise, passant de 5 à 10 % du chiffre d'affaires du commerce selon le Credoc. « Ça veut dire plus de flux logistiques dans Paris » explique Nicolas Bouzou.

Le programme global de la métropole sur l'environnement

Patrick Ollier rappelle que la Métropole du Grand Paris a un programme global sur les questions environnementales. La ZFE (zone à faibles émissions) concerne 5 millions de personnes.

« Il y a 6.600 morts par an à cause des particules fines ! Doit-on rester les bras ballants et les regarder mourir ? » s'enflamme le président de la Métropole, qui offre jusqu'à 18 000 euros pour acheter un véhicule neuf propre et 13 000 euros pour un véhicule d'occasion.

Et ces restrictions risquent de se durcir davantage avec les nouvelle préconisations de l'Organisation mondiale de la Santé qui vient d'abaisser le niveau acceptable des particules fines qui font 7 millions de morts dans le monde, 40.000 en France. Le plan vélo de la Métropole, c'est 200 km de pistes avec 10 millions d'euros de budget par an. Enfin, 24 millions d'euros ont été mobilisés pour aider les entreprises, dont la dette sera annulée a annoncé Patrick Ollier.

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Plan vélo et outils de mesure

La région Île-de-France a décidé d'accompagner cette nouvelle réglementation, qui concerne un bassin de population de 5,6 millions d'habitants de 79 communes situées à l'intérieur du tracé de l'A86. « Nous avons mis en place une aide qui peut aller jusqu'à 6.000 euros pour acheter un véhicule propre » explique Yann Wehrling, vice-président chargé de la transition écologique, du climat et de la biodiversité. Autre dispositif pour réduire la pollution : le Véligo, vélo électrique en location longue durée qui, selon Yann Wehrling, rencontre un franc succès. Quant au RER Vélo, un réseau de vélo express, il est lancé.

« Selon une étude récente de l'Ademe sur les services vélo, 63 % des personnes qui ont bénéficié d'une aide à l'achat ont fait le choix de baisser leur usage de la voiture de l'ordre de 160 km par mois, et jusqu'à 230 km avec un vélo électrique » révèle Jérémie Almosni, directeur régional de l'Ademe Île-de-France, qui en profite pour faire la promotion de l'outil en ligne Tacct qui aide les collectivités à réaliser des diagnostics sur leurs vulnérabilités environnementales, îlots de chaleurs urbains ou risques d'inondation.

EDF possède également une plateforme pour accompagner les territoires grâce à un diagnostic énergétique qui intègre de l'IA « pour construire les solutions multiénergies » selon Hélène Milot, déléguée régionale d'EDF en Île-de-France.

De son côté la Caisse des Dépôts a mis au point un outil de mesure des atteintes à la biodiversité au niveau des groupes. « Ce GBS (Global Diversity Score) est important pour mesurer le niveau de son empreinte sur la biodiversité » précise Marianne Louradour, directrice générale de CDC Biodiversité. Un dispositif similaire à destination des collectivités est en cours d'élaboration.

Le triple Z, objectif numéro un

Le Grand Paris pourra-t-il tenir ses promesses écologiques ? Une interrogation brûlante pour les 7 millions d'habitants de la Métropole, voire les 11 millions de la région Île-de-France. Pour réussir, il devra atteindre le triple Z : zéro artificialisation nette des sols, zéro déchet, zéro émission de GES.

« Nous allons aider les collectivités avec une multitude de dispositifs. Dans l'économie circulaire, nous voulons mettre le paquet sur la filière bois construction. Sur la question des inondations, la Métropole du Grand Paris est une échelle pertinente » détaille Yann Wehrling, de la région.

L'Ademe est le bras armé de l'Etat pour financer cette transition verte. « Nous venons de lancer la formule Territoires engagés pour la transition écologique qui vise à donner les clés pour appliquer des politiques ambitieuses. Nous voulons financer des études de faisabilité, comme pour l'hydrogène. En 2020, nous avons mobilisé 20 millions d'euros pour les sujets énergie et économie circulaire » détaille Jérémie Almosni.

Des sujets à traiter rapidement, avant l'entrée en vigueur le 1er janvier 2022 de la RE2020 (réglementation environnementale des bâtiments neufs). EDF, premier énergéticien du pays, joue un rôle majeur dans la décarbonation du Grand Paris. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans cette région sont issus à 50 % du bâtiment et 30 % des transports.

« Si nous voulons réduire les émissions de GES, il faut arrêter les énergies fossiles et aller vers les énergies décarbonées, comme la mobilité électrique. Nous nous engageons aussi sur la mobilité hydrogène, une technologie d'avenir, y compris pour le trafic fluvial sur l'Axe Seine. La géothermie, spécificité francilienne, est une autre solution » explique Hélène Milot, déléguée régionale d'EDF en Île-de-France.

Le ZAN pour remettre de la nature en ville

Une des menaces principales de la biodiversité, c'est l'artificialisation des sols, d'où la loi climat et résilience du 22 août 2021. Le ZAN (zéro artificialisation nette) des sols est une injonction complexe à réaliser : sur 10 ans, c'est 8 milliards d'hectares en Île-de-France qui seront artificialisés. Comment faire pour ralentir cette tendance?

« On peut identifier les zones dégradées mais qui présentent un potentiel écologique fort pour y appliquer une politique de compensation, pour ensuite les renaturer » précise Marianne Louradour, DG de CDC Biodiversité.

La ZAN peut être aussi une occasion de remettre de la nature dans le Grand Paris, un désir fort des citoyens. La Seine, qui traverse la région, est un réservoir de biodiversité. « Nous somme passés de 7 à 30 espèces piscicoles » rappelle Olivier Jamey, président de la Communauté portuaire de Paris. Les rejets des bateaux devraient être incorporés dans le réseau urbain de collecte des eaux usées afin de respecter la promesse d'une Seine dans laquelle on peut se baigner pour les JO.

Dans le cadre d'une mobilité durable, le fleuve est une opportunité : « nous avons une solution innovante et techniquement réalisable pour transformer la propulsion des bateaux, avec un moteur électrique et une production d'électricité à partir de gaz directement sur le bateau » décrit Bertrand De Singly, directeur clients territoires Île-de-France de GRDF, qui espère que ces premiers bateaux transformés seront prêts en 2024.

Pour la COP 25 de Glasgow, Yann Werhling aimerait que les solutions fondées sur la nature soient privilégiées : « il faut changer de logiciel et penser autant biodiversité que climat ». L'argent est là grâce au Plan de de relance, la volonté des acteurs du Grand Paris aussi, il ne reste plus qu'à agir, le plus vite étant le mieux vu le rythme d'accélération des catastrophes naturelles.

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Commentaires 2
à écrit le 26/09/2021 à 17:01
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Faire un "grand" Paris quand tout les emplois se délocalisent en province, ne semble pas très intelligible pour ne pas dire intelligent!

à écrit le 24/09/2021 à 10:11
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"un désamour pour les métropoles engorgées" : Ce problème n'a rien à voir avec l'écologie : C'est un problème de qualité de vie, d'aménagement du territoire. Personnellement, ça fait des années que je dit que ceux qui clament sans cesse qu'il "manque...

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