Régionales en Île-de-France : Audrey Pulvar : "Nous créerons une banque publique dotée d'un milliard d'euros"

Gratuité des transports, entretien et modernisation du réseau de mobilités, réforme du stationnement à Paris, zone à faibles émissions de la métropole, aides au développement économique, banque régionale pour l'emploi, commissariat au plan régional, livret A, monnaie inter-entreprises... Pour La Tribune, la cheffe de file d'"Île-de-France en commun, Audrey Pulvar, revient, dans le détail, sur ses principales aspirations écologiques et économiques.
César Armand

7 mn

Je veux faire de l'ESS un secteur économique à part entière, déclare la cheffe de file d'Île-de-France en commun.
"Je veux faire de l'ESS un secteur économique à part entière", déclare la cheffe de file d'"Île-de-France en commun". (Crédits : DR)

Il y a autant de trajets domicile-travail par les mobilités actives à Paris qu'en petite ou en grande couronne. J'en ai rencontré partout dans la région. Ce n'est pas un truc de bobo parisien.

Audrey Pulvar, cheffe de file "Île-de-France en commun" aux élections régionales

C'est la mesure-phare d'Audrey Pulvar : la gratuité des transports en commun pour tous les publics à horizon 2026. D'abord les moins de 18 ans ainsi que les étudiants ou demandeurs d'emplois de moins de 25 ans pour 124 millions d'euros entre septembre et fin décembre 2021 avant 377 millions d'euros en 2022. Puis, en septembre 2022, toutes les personnes en situation de handicap et seniors en profiteront pour un total de 589 millions d'euros, avant septembre 2023 pour les chômeurs et bénéficiaires de minima sociaux pour 905 millions, septembre 2024 pour les week-ends, jours fériés et congés scolaires pour 1,435 milliard et septembre 2026 pour tous les Franciliens pour 1,965 milliard d'euros.

Pour la financer, la cheffe de file d'«Île-de-France en commun » veut mettre à contribution les transporteurs routiers - la loi Climat et Résilience le permettra - pour 350 millions d'euros ainsi que les entrepôts logistiques des plateformes de commerce en ligne via une éco-redevance et les contribuables franciliens les plus aisés au travers d'une taxe additionnelle à l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) pour 1,1 milliard d'euros.

LA TRIBUNE : Après la gratuité que vous estimez à 1,9 milliard d'euros, comment financerez-vous l'entretien et la modernisation des transports en commun ?

AUDREY PULVAR :
A la différence des recettes de billetterie qui concernent les dépenses de fonctionnement, les nouvelles gares, les nouveaux maillages et les nouveaux matériels roulants relèvent des dépenses d'investissement. Si les voyageurs, qui contribuent à hauteur de 27% des dépenses de fonctionnement, ne paieront plus, les employeurs seront toujours mis à contribution. Le versement mobilité ne sera ni augmenté ni diminué et encore moins supprimé.

Comment vous assurerez-vous que cela sera suffisant ?

Nous aurons de plus en plus de publics et donc de plus en plus de versements mobilités. De la même manière que nous organisons des Assises régionales de la fiscalité en 2022, nous appliquerons la loi Climat et les leviers que vous avez évoqués en préambule.

L'instauration d'éco-redevance pour les entrepôts logistiques des plateformes de commerce en ligne et la création d'une taxe additionnelle à l'impôt sur la fortune immobilière pour les Franciliens les plus fortunés relèvent de votes au Parlement...

Nous irons évidemment vers le Parlement pour convaincre les députés et les sénateurs nouvellement élus. Outre ce rétablissement de l'ISF, nous ne pouvons plus faire l'impasse sur l'impact d'Amazon et consorts sur l'encombrement des chaussées et la pollution atmosphérique, sonore et visuelle. Sans parler des coûts cachés de la route en termes d'accidentologie, d'effets sur la biodiversité et sur la santé publique. Chaque Francilien perd en moyenne 90 heures par an dans les embouteillages. Notre objectif est donc d'aller désenclaver des Franciliens coincés chez eux, les accompagner et améliorer le réseau. A terme, qu'ils aient accès à des transports de qualité, tout en favorisant l'autopartage, le covoiturage via des voies réservés et en développant des aides à la conversion écologique de leurs véhicules.

L'avenir du périphérique, la réforme du stationnement porté par votre collègue (EELV) David Belliard dans la capitale, la piétonnisation de Paris-Centre et la zone à faibles émissions (ZFE) de la métropole du Grand Paris « inquiètent » déjà les acteurs économiques franciliens...

La ZFE n'est pas une mesure pour préserver Paris mais concerne tous les centres-villes autour de la capitale. A mon sens, il ne faut pas ralentir ce mouvement, mais développer les transports en commun, les parkings-relais dans les gares et les entrées de ville, mieux coordonner les différentes mobilités, favoriser l'autopartage, le covoiturage... Et bien sûr accompagner les classes populaires et moyennes avec des véhicules moins polluants. Il nous faut améliorer l'offre existante, aider à l'achat de vélos et sécuriser les parcours piétons. Il ne s'agit pas de faire la guerre aux automobilistes mais d'apporter davantage d'espaces et d'équipements et de réduire les nuisances et les pollutions. Il y a autant de trajets domicile-travail par les mobilités actives à Paris qu'en petite ou en grande couronne. J'en ai rencontré partout dans la région. Ce n'est pas un truc de bobo parisien.

Outre les subventions aux particuliers, si vous êtes élue, les aides régionales au développement économique seront conditionnées à des critères environnementaux et sociaux. Lesquels ?

Je n'ai pas le sentiment que la région soit très ambitieuse dans ce domaine. Pour les conditions sociales, il s'agit par exemple du respect de l'égalité femme-homme, de la lutte contre les LGBTQIphobies, de la formation professionnelle continue, ou encore du maintien de l'emploi et de la garantie d'un dialogue social. Plus généralement, nous trouverons ensemble dans la concertation des critères. En matière d'environnement, nous attribuerons des aides selon le bilan carbone de l'entreprise, son impact sur la biodiversité, sa politique RH sur la chaîne de production et les investissements. De la même façon que nous souhaitons mettre en place des dispositifs beaucoup plus accessibles, nous aurons le souci d'une économie à impact positif.

Serait-ce aussi la philosophie de votre banque publique régionale pour l'emploi local et la conversion écologique ? De combien la doterez-vous ? De quels partenaires vous entourerez-vous ?

La banque publique sera dotée d'un milliard d'euros sur le mandat : 500 millions d'euros du conseil régional et 500 millions de partenaires privés. Nous organiserons une conférence des donateurs essentiellement consacrée à soutenir le dynamisme de l'économie sociale et solidaire, des commerces de proximité et des jeunes pousses ainsi que leur installation dans les territoires qui ont le plus besoin. Lorsque leurs intérêts stratégiques seront attaqués par des capitaux étrangers, nous pourrons même monter ponctuellement à leur capital.

A quelle hauteur ?

Ce sera au cas par cas. De 20% jusqu'à 51% pour aboutir à une forme de régionalisation même temporaire.

Mobiliserez-vous le livret A francilien que vous appelez également de vos vœux ?

A taux d'intérêt constant, nous mobiliserons effectivement l'épargne des Franciliens pour financer les projets.

Quelles sommes espérez-vous ?

Nous n'avons pas encore fait le calcul, mais nous savons que l'épargne des habitants est très forte depuis le début de la crise.

Pourquoi souhaitez-vous par ailleurs créer une monnaie inter-entreprises ?

Cette monnaie locale permettrait de commercer entre les entreprises et favoriserait un circuit interne à l'Île-de-France pour l'ESS, les TPE, l'emploi local et la conversion écologique des pratiques et des chaînes de production. Je veux d'ailleurs faire de l'ESS un secteur économique à part entière. Avec déjà 440.000 salariés sur 6 millions, elle constitue un levier d'emplois locaux et non-délocalisables et permet de consommer, produire et recycler-réemployer en proximité.

Comment tous ces dispositifs s'articuleront avec votre Commissariat au plan régional ?

Ce dernier s'appuiera sur le levier de la commande publique pour soutenir l'innovation technologique et la réindustrialisation de la région, comme la fabrication de médicaments et de matériels médicaux, mais aussi de panneaux photovoltaïques organiques, d'énergies renouvelables ou de bâtiments durables. Il existe beaucoup de savoir-faire en Île-de-France dans ce domaine, comme la filière du béton de chanvre en Seine-et-Marne. Il ne reste plus qu'à faire monter en puissance ces entreprises innovantes sur ces questions de transition écologique. D'ici septembre prochain, nous aurons adopté un budget révisé pour réorienter l'épargne.

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César Armand

7 mn

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Commentaires 10
à écrit le 20/06/2021 à 10:17
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ça existe déjà : Bpifrance, etc... les journalistes devraient lire le journal plus souvent

à écrit le 19/06/2021 à 19:55
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Une idée audacieuse.

à écrit le 19/06/2021 à 8:45
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Quelles compétences économiques, financières, de gestion ? A part bavasser elle ne sait rien faire

à écrit le 19/06/2021 à 8:07
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pourquoi la tribune donne une tribune a une personne particulièrement incompétente avec des idées rétrogrades et un populisme au mauvais sens du terme le tout mâtiné d islamogauchisme le plus radical. si elle fait 8% ce sera bien.

à écrit le 19/06/2021 à 3:50
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C'est que ca coute des montures de lunettes en ecailles de tortues. Cette femme est une opportuniste inculte en economie et sans limites, on se demande pourquoi elle n'est pas au rem.

à écrit le 18/06/2021 à 23:32
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Quelle légitimité à mme pulvar ? Aucune , quelle crédibilité ? Aucune Bref aucune compétence du populisme a tout va …c est pas le transport gratuit qui aidera les gens à se former s adapter s élever socialement etc l ´ ex poule de montebourg à dû...

à écrit le 18/06/2021 à 22:53
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Trop marrant ,Ils sont restés dans les années 80 ..ils pensent que les sans dents ont hazeimer .

à écrit le 18/06/2021 à 20:52
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C'est noté Pulvar, Wauquiez etc tous veulent notre pognon pour les régionales car le patriotisme opportuniste n'est pas gratuit. Bien entendu s'attaquer à la concurrence déloyale asiatique n'est pas leur priorité car l'essentiel c'est de remplir...

à écrit le 18/06/2021 à 18:45
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Mais qui donc fournira les capitaux de la dite banque publique? L'investisseur privé? Le contribuable? Pas grave on s'en fout, le but de l'annonce est de gagner des voix, pour le reste pas de panique, son score sera anecdotique.

à écrit le 18/06/2021 à 16:42
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Elle est complètement à la masse

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