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Et si votre patron doublait la mise du chèque Castex ?

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 23 octobre 2021 à 06:00

France: castex annonce un "levier fiscal" face a la flambee des prix du gaz

Photo d'illustration

STEPHANE MAHE

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les "100 balles" de Jean Castex, portés à 200 euros par le patron de Carrefour ? Une politique du chèque en bois permanent, bon ou mauvais pour le climat ? Facebook qui détourne l'attention en changeant, peut-être de nom... et en inventant un "nouvel internet". Et autres infos de la semaine écoulée, éditorialisées pour vous dans ce résumé

« Carrefour s'engage en faveur du pouvoir d'achat de ses salariés. A la suite des annonces du gouvernement, j'ai décidé de doubler l'indemnité inflation et de la porter à 200 euros pour l'ensemble des salariés concernés de Carrefour France »... Quelques minutes après l'intervention de Jean Castex annonçant une « indemnité inflation » de 100 euros pour 38 millions de Français, la prise de position d'Alexandre Bompard, le patron de Carrefour, donnait le ton. Face à une politique du carnet de chèque de plus en plus coûteuse, le gouvernement est engagé dans une course en avant budgétaire pour compenser en mode panique l'explosion des prix de l'énergie, comme le raconte Grégoire Normand.

Le patronat appelé à la rescousse pour montrer l'exemple sur le mode : non, l'Etat ne se substitue pas aux entreprises pour augmenter les salaires ! Quoique : les 100 euros nets seront bien versés en fin d'année sur les feuilles de paie sous forme de prime défiscalisée.

Tous les employeurs ne pourront sans doute pas suivre l'exemple de Carrefour, mais il va être intéressant de regarder quels groupes vont l'imiter. Ou non. Avec une question en filigrane : en aurait-il été de même si Macron n'avait pas mis la pression pour que Bercy sorte 4 milliards de plus pour sauver le bilan du président sortant ? Car comme l'explique Fanny Guinochet, les Français sont loin, très loin d'être convaincus par la com' gouvernementale selon qui Emmanuel Macron est bien de tous les derniers locataires de l'Elysée celui qui en a fait le plus pour leur porte-monnaie. Le ressenti est plutôt inverse, quoi qu'il coûte...

Alors ce chèque Castex ? Un emplâtre sur jambe de bois qui sera jugé insuffisant par ceux qui dépensent en carburants plus que les 80 euros supplémentaires évoqués par le Premier ministre, dans un calcul au doigt mouillé pas très sérieux. Et injuste par tous ceux qui n'en bénéficient pas, car gagnant 2001 euros net (pour rappel à Jean Castex, le salaire médian est de 1789 euros, pas de 2000 euros mais bon...). Un chèque en bois tiré sur l'avenir aussi, financé à crédit, portant à 10 milliards d'euros en quelque semaines les aides publiques destinées à compenser la hausse des prix du gaz, de l'électricité et des carburants. Macron candidat en 2022, c'est un peu la politique du quoi qu'il en coûte permanent. A quand une indemnité pour enrayer la hausse des fruits et légumes... ?

D'un autre côté, plus cyniquement, il y a du bon dans la solution trouvée pour calmer la fronde des classes moyennes et prévenir un retour des Gilets Jaunes déjà visibles sur les ronds-points à trois semaines du troisième anniversaire du mouvement parti le 17 novembre 2018. Cyniquement, une indemnité, c'est un fusil à un coup, une dépense immédiate mais limitée dans le temps, alors que la baisse des taxes sur les carburants serait irréversible... C'est aussi un moyen habile de montrer aux ménages les plus fragiles qu'il est possible de concilier fin du monde et fin du mois en compensant l'impact de la taxe carbone, et de ne pas répéter l'erreur qui avait exaspéré les Français ayant le ressenti d'être les vache-à-lait d'un Etat impécunieux dont les comptes dérapent gravement.

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Ironie de l'histoire, Macron sur ce sujet du pouvoir d'achat court un peu après ses concurrents, preuve que même s'il caracole en tête des sondages d'opinion, on n'est pas si tranquille que cela à l'Elysée sur sa réélection. L'indemnité inflation ressemble à s'y méprendre à la « prime au travail » à tous les salariés qui gagnent moins de 2000 euros proposé par Xavier Bertrand, le candidat LR pour l'heure le mieux placé. Au point qu'Emmanuel Macron en ait peur, s'interroge Marc Endeweld dans sa chronique politique.

Une chose est sûre, l'inflation est devenue la grande peur de la sortie de crise, n'en déplaise au FMI qui assure qu'elle ne sera que temporaire. Signe de fébrilité dans les alcôves des banques centrales, le chef de la puissante et très orthodoxe Bundesbank vient de démissionner avec fracas.

De fait, les ménages ne sont pas les seuls à être frappés. La grande crainte est la répercussion de la flambée des prix de l'énergie et des matières premières dans les coûts de production, souligne Marine Godelier. Et si la transmission atteint les salaires, c'est cela qu'on appelle inflation, un mot qui a depuis (être trop) longtemps disparu de notre vocabulaire.

Signe que le corps social est écorché, la question du pouvoir d'achat est prise très au sérieux : les banques, souvent pointées du doigt, n'ont pas augmenté leurs tarifs cette année.

Et la vigie Bercy veille au grain : la pratique du paiement fractionné, qui permet de payer en plusieurs fois un achat, va faire l'objet d'une réglementation dans le cadre du droit européen du crédit conso. Objectif, lutter contre une multiplication des cas de surendettement que faciliterait la généralisation de cette pratique dans le e-commerce, explique Eric Benhamou, notre spécialiste banque-assurance.

L'après-Covid prend donc des chemins de traverse inquiétants. Outre l'énergie, les ruptures d'approvisionnement notamment dans les semi-conducteurs déstabilisent la filière auto, avec des pertes de production évaluées à 500.000 véhicules pour le groupe Renault. Dans France 2030, le chef de l'Etat pousse à une relocalisation de la production en Europe. Mais est-ce vraiment la solution, interroge Nathalie Jourdan, car il s'agit de très lourds investissements alors qu'il ne s'agit peut-être que d'une pénurie cyclique. Mais les impacts sont réels : Olivier Mirguet est allé les mesurer dans une entreprise alsacienne, Estelec, frappée de plein fouet.

Autre inquiétude de la sortie de crise, les conséquences potentiellement catastrophiques du télétravail pour la localisation des emplois. On a déjà vu l'informatique sous-traiter en Inde une partie de ses emplois, mais l'ANDRH, association nationale des directeurs des ressources humaines lance un avertissement sur le risque de voir des milliers d'emplois de comptables, ingénieurs, développeurs web, gestionnaires de paie être déplacés à l'étranger par des entreprises tentées par la chasse aux économies, pointe Fanny Guinochet.

D'autres catégories de travailleurs, ceux des plateformes comme Uber et UberEats, dont l'usage explose, sont menacés de discrimination par l'apparition du management algorithmique. L'absence de médiation humaine les soumet à une pression accrue, avec des effets pervers dignes du servage : des femmes chauffeurs moins bien payées que les hommes parce qu'elles conduisent moins, au lieu d'être récompensées de leur prudence, des livreurs soumis à l'arbitraire des clients tout-puissants. Bienvenue dans le monde insensé de « Black Mirror » (du nom de la série critique sur un futur dominé par les technologies), dans lequel Juliette Laffont nous plonge dans son enquête.

Une dystopie que n'aurait même pas imaginé Philip K. Dick, voilà la dernière folie imaginée par Mark Zuckerberg, le patron de Facebook qui va embaucher 10.000 personnes en Europe pour bâtir son « metavers », un univers virtuel où l'utilisateur serait immergé dans un « internet incarné » au travers de ses lunettes de réalité augmentée Oculus.

On pourrait ainsi y créer un avatar qui « travaillerait » à notre place, à l'image pour les plus anciens d'entre nous du projet Second Life. Pari fou ou coup marketing pour occulter le scandale ouvert par la lanceuse d'alerte Frances Haugen ?

Facebook, qui tente d'acheter comme Google les bonnes grâces de la presse en signant un accord sur les droits voisins en France, est-il en train de s'engager dans une fuite en avant, interroge François Manens. En annonçant le prochain changement de nom de son groupe, dont Facebook ne serait plus qu'une des composantes, avec Instagram ou Oculus, Mark Zuckerberg ne donne pas le change.

Et sur les réseaux sociaux, depuis, c'est un concours à celui qui proposera le meilleur nom, ou le plus ridicule, pour dénoncer l'entourloupe destinée à détourner l'attention des vrais dangers que représente la dérive du F des « GAFAM » : Fakebook, Foolbake, Tracebook, Teenage Wasteland. Mais le meilleur, à mon sens le plus juste, serait bien « Boomerland ».

Pendant ce temps-là, la France court toujours après son rêve de créer des champions de la tech. Une semaine après la cotation en bourse réussie d'OVHCloud, Sylvain Rolland nous aide à découvrir les 18 autres licornes françaises et leurs espoirs de réussite.

Pour le cloud souverain à la française, le combat continue. Huit pépites françaises ont décidé de s'allier pour convaincre que leurs solutions sont au moins aussi bonnes que celles de Microsoft. Reste à convaincre les acheteurs, privés et publics, que le Made in France, ce n'est pas que Le Slip Français...

Un autre domaine dans lequel la France veut jouer les premiers rôles, c'est l'agriculture. Macron a promis d'y consacrer 2 milliards d'euros dans le cadre du plan d'investissement France 2030. Amandine Ibled, notre correspondante à Dijon, grande région agricole, est allée à la recherche des startups qui s'apprêtent à participer à cette révolution alimentaire.

Mais même ces deux milliards sont une paille pour réussir la transition alimentaire, souligne Giulietta Gamberini. Le secteur a soif d'investissement et peine à financer les projets les plus innovants car les modèles économiques sont encore incertains.

Philippe Mabille

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