"Généraliser les bâtiments en bois" Guillaume Poitrinal, Woodeum

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(Crédits : DR)
[24 Tribunes pour la COP24 | 6/24 ] Le réchauffement climatique ne fait plus débat. Jamais dans l'histoire (climatiquement mouvementée) de la planète ce réchauffement n'a été aussi violent. Par Guillaume Poitrinal, Coprésident de Woodeum

Son origine est désormais connue : la concentration de CO₂ dans l'atmosphère. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Depuis un siècle, nous avons gagné 1°C en passant de 280 ppm à 400 ppm de concentration de CO₂. Le scénario vers lequel nous allons gaiement, c'est un taux de 2 .000 ppm dans deux cents ans, avec des températures insupportables.

La grande raison des émissions de CO₂ reste le transport : bonne nouvelle, ce secteur est en passe de réaliser sa grande mutation avec le moteur électrique, l'autopartage et les circulations douces.

Moins connue est la situation de l'immobilier : la deuxième cause des émissions mondiales reste la tortue de la lutte contre le réchauffement climatique.

Le secteur immobilier n'est pourtant pas en manque de réglementations et labels environnementaux. Enhardi par de remarquables succès sur les économies d'énergie, le secteur a voulu ajouter au « plus petit kWh par mètre carré », une multitude de nouvelles raisons de se donner bonne conscience : récupération des eaux de pluie, tri des ordures, permaculture sur le toit, autoproduction énergétique, électroménager partagé... Mais dans cet inventaire à la Prévert, de la mesure du CO₂, il n'avait jamais été question... La raison est simple : ce qui pollue le plus dans l'immobilier, contrairement aux idées reçues, c'est la construction. Le ciment, c'est 7 % des émissions mondiales de CO₂, et l'acte de construire en entier, avec le transport qui y est lié, c'est 17 à 20 %. Or le béton, en France, c'est culturel. Compter le CO₂ des bâtiments, c'était clairement trop demander aux puissances en place.

La promulgation de la loi Elan il y a un mois est venue soudainement changer la donne. L'empreinte carbone du bâtiment sera désormais calculée sur le cycle de vie entier de l'édifice, y compris la construction. Cette révolution est une formidable occasion de réinventer nos modes constructifs et y intégrer des matériaux qui piègent le carbone au lieu d'en émettre. Oui, ces matériaux miraculeux existent et ils poussent naturellement chez nous... Il s'agit de nos arbres : avec la photosynthèse, ils passent leur vie à désintoxiquer la planète. Tant qu'il pousse, l'arbre mange du CO₂, stocke le carbone et émet de l'oxygène. Et ce carbone ne demande qu'à être protégé, c'est-à-dire sorti de la forêt, abrité des intempéries et de la putréfaction. En réalisant le gros œuvre de nos bâtiments en bois stockeur de carbone, au lieu du béton émetteur de carbone, nous constituerons autant de puits de carbone de très longue durée, simples, économiques, efficaces et agréables à vivre. Et si nous replantons de nouveaux arbres, la forêt réactivera à nouveau le cycle naturel de captation de carbone. Il ne nous reste qu'à faire vite pour éviter le pire.

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La Tribune a demandé à 12 chefs d'entreprise et 
12 experts de formuler une solution pour sauver la planète.

Isabelle Kocher - Engie | Alexandre de Juniac - IATA | 
Jean-Pascal Tricoire - Schneider Electric | Antoine Frérot - Veolia | 
Jean-Laurent Bonnafé - BNP Paribas | Guillaume Poitrinal - Woodeum |
Thomas Buberl - Axa | Alain Dinin - Nexity | 
Laurence Tubiana - Fondation européenne pour le climat | 
Frédéric Rodriguez - Greenflex | Laurent Solly - Facebook | 
Arnaud Leroy - l'Ademe | Jean-Yves Le Gall - Cnes | 
Cécile Maisonneuve - Fabrique de la Cité | Sylvie Goulard - Banque de France |
Chantal Jouanno - CNDP | Karima Delli - Députée européenne | 
Alain Grandjean - Carbone 4 | François-Michel Lambert - Député | 
Frédéric Mazzella - Blablacar | Eric Scotto Akuo - Energy 
Dominique Bourg - Philosophe | Cyril Dion - Réalisateur 
Patrick Criqui - CNRS.

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Commentaires
a écrit le 10/12/2018 à 12:15 :
On croit rêver... "Tant qu'il pousse, l'arbre mange du CO₂, stocke le carbone et émet de l'oxygène. Et ce carbone ne demande qu'à être protégé, c'est-à-dire sorti de la forêt, abrité des intempéries et de la putréfaction." On en reste les bras ballants... Non, les forêts demandent précisément à être laissées en paix ! Comme si couper des arbres, les transformer en poutres et les gaver de produits chimiques pour qu'elles durent un peu était le summum de l'écologie ! Il faut le lire pour le croire ! Vous oubliez aussi très commodément que la déforestation est, à elle seule, responsable de près d'un quart des émissions de CO2. Donc, selon vous, le mieux est de couper des arbres ?!? Et puisque vous parlez "cycle de vie" des bâtiments, qu'est-ce qu'on en fait, de vos bâtiments, en fin de vie ? Qu'est-ce qu'on fait de ce bois tellement gavé de produits chimiques, de vernis et de peintures, qu'on ne peut pas les recycler ou les brûler ? Que devient votre "puit de carbone" à ce moment ? Alors planter des arbres en échange c'est bien beau, mais le mieux serait peut-être déjà de laisser les forêts remplirent le rôle que vous proposez d'interrompre. Oui, il y a des choses à corriger dans la construction, mais ça ne signifie pas proposer tout et n'importe quoi, en flirtant avec le greenwashing en passant.
Réponse de le 11/12/2018 à 15:18 :
Réponse typique de quelqu'un qui ne connait rien à la filière bois.
explication:
1) Laisser une forêt "en paix" ne permet pas de stocker du carbone, en effet, passé un certain age, les arbres cessent de stocker pour commencer à libérer autant de carbone qu'ils en consomme. Puis l'arbre meurt et le carbone qu'il a stocké pendant toute sa vie est libéré dans l’atmosphère (avec en plus du méthane pour tout arranger). Le seul moyen pour palier à ce phénomène est de couper l'arbre avant et d'en replanter.
C'est ce que l'on fait en France et c'est pour cela que la forêt française augmente chaque année en surface.

2) La déforestation dont vous parlez est causé par l'agriculture. Les forêts sont coupées nettes et brûlées sur place. Pour de la construction il faut des arbres droits et entretenus (donc pas récoltés avec ce procédé) et les chutes sont utilisés pour réaliser des panneaux utilisés pour la construction et l'ameublement.

3) Un raisonnement comme le votre peut avoir des conséquence grave:
En amazonie, on a interdit de couper les arbres = perte de la valeur du bois = vente des terrains a des gens peux scrupuleux = accélération de la déforestation....

Je serais ravi de vous accueillir a une de nos conférence sur l'écologie

C G Ingénieur écologiste à l'ENSTIB

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