"Préparer l’arrivée des avions hybrides et électriques" de Juniac, IATA

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[24 Tribunes pour la COP24 | 2/24 ] L'aviation déploie des efforts immenses pour réduire ses émissions de carbone. Par Alexandre de Juniac, Directeur général de l’Association internationale des transporteurs aériens (IATA)

Il y a dix ans, elle est devenue la première industrie mondiale à se donner des cibles de réduction des émissions : réduction des émissions par passager de 1,5 % par année jusqu'à 2020 (et nous avons dépassé cette cible) ; plafonnement des émissions de CO2 à compter de 2020 (croissance neutre en carbone) ; et réduction de moitié des émissions nettes de CO2 d'ici à 2050 (par rapport au niveau de 2005).

La demande de billets d'avion va doubler au cours des vingt prochaines années, et cette connectivité stimulera la prospérité partout dans le monde, notamment dans les marchés en développement d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Ces cibles sont donc très ambitieuses. Le plan pour les atteindre consiste à concevoir et à utiliser des aéronefs plus économes en carburant à adopter des méthodes d'exploitation plus efficientes, et à faire un meilleur usage des infrastructurés, en particulier du contrôle du trafic aérien.

Les gouvernements ont aussi réagi à notre appel en faveur d'un mécanisme de marché pour nous aider à gérer nos émissions : le Régime de compensation et de réduction de carbone pour l'aviation internationale (Corsia). Il a été adopté en 2016 par l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) et c'est l'équivalent pour l'industrie aérienne de l'accord de Paris sur le climat. C'est un résultat historique et unique.

Pourquoi Corsia est-il si important ? D'abord, la demande de transport aérien dépasse les gains d'efficience que nous pouvons obtenir avec des technologies conventionnelles. Corsia est donc essentiel au respect de nos engagements. Deuxièmement, il s'agit d'une mesure mondiale, plus puissante que tout mécanisme régional, y compris le Système d'échange de quotas d'émission de l'Union européenne (SEQE-UE). Et troisièmement, les revenus récoltés iront directement à des réductions réelles d'émissions.

Toutefois, Corsia ne pourra fonctionner que si les gouvernements demeurent unis. Ils doivent le mettre en œuvre tel qu'il a été adopté pour préserver la crédibilité du mécanisme. Et les États doivent s'abstenir d'accumuler des taxes unilatérales sur le carbone qui compromettent l'objet même d'un mécanisme global.

Dans ces deux domaines, l'Europe est malheureusement en train de se fourvoyer. La Commission européenne a récemment publié des règles de suivi et de contrôle de Corsia qui diffèrent des orientations adoptées par l'OACI. Et plusieurs États européens persistent à imposer des taxes « environnementales » complètement inefficaces dans la gestion des impacts environnementaux de l'aviation.

Plutôt que des taxes, il y a une foule de choses que les gouvernements pourraient faire pour promouvoir une connectivité aérienne mondiale durable, en plus de la mise en œuvre de Corsia. Premièrement, instaurer des mesures incitatives appropriées pour la commercialisation de carburants d'aviation durables ayant le potentiel de réduire les émissions de 80 %. Deuxièmement, réaliser la réduction de 10 % des émissions qui résulterait de la mise en place du Ciel unique européen. Et troisièmement, se préparer en vue du changement technologique majeur que représentera la mise en service d'aéronefs hybrides ou électriques dans les années 2030-2040.

Si les gouvernements et l'industrie focalisent leurs efforts sur les bonnes priorités, je suis persuadé que l'aviation continuera à contribuer à construire un avenir durable en plus de la prospérité qu'elle génère et de la liberté qu'elle procure.

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La Tribune a demandé à 12 chefs d'entreprise et 
12 experts de formuler une solution pour sauver la planète.

Isabelle Kocher - Engie | Alexandre de Juniac - IATA | 
Jean-Pascal Tricoire - Schneider Electric | Antoine Frérot - Veolia | 
Jean-Laurent Bonnafé - BNP Paribas | Guillaume Poitrinal - Woodeum |
Thomas Buberl - Axa | Alain Dinin - Nexity | 
Laurence Tubiana - Fondation européenne pour le climat | 
Frédéric Rodriguez - Greenflex | Laurent Solly - Facebook | 
Arnaud Leroy - l'Ademe | Jean-Yves Le Gall - Cnes | 
Cécile Maisonneuve - Fabrique de la Cité | Sylvie Goulard - Banque de France |
Chantal Jouanno - CNDP | Karima Delli - Députée européenne | 
Alain Grandjean - Carbone 4 | François-Michel Lambert - Député | 
Frédéric Mazzella - Blablacar | Eric Scotto Akuo - Energy 
Dominique Bourg - Philosophe | Cyril Dion - Réalisateur 
Patrick Criqui - CNRS.

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Commentaires
a écrit le 23/12/2018 à 18:42 :
N'apprendrons nous jamais du passé ? Nous avons l'exemple de l'industrie automobile, les voitures ont été peu nombreuses puis dans presque chaque foyer (80 % des foyers), puis deux par foyer (30 % des foyers)... Résultat, malgré les progrès techniques, la pollution est quasi identique.
Monsieur Juniac propose de faire pareil pour l'aviation de transport de personnes ? Les Chinois allaient travailler en vélo et c'était mieux pour leur santé et leur sécurité, aujourd'hui ils vivent dans des villes irrespirables, avons-nous besoin de tant partir en vacances à l'étranger ou d'acheter des produits périssables étrangers ?
Pourquoi la solution n'est jamais d'être raisonnable et de réfléchir aux conséquences de son mode de vie ?
a écrit le 10/12/2018 à 9:30 :
"L'aviation déploie des efforts immenses pour réduire ses émissions de carbone."

Parce qu'elle a prit beaucoup trop de retard du fait du lobby pétrolier, du coup maintenant elle courre et avec des actionnaires milliardaires qui siphonnent tous les investissements on voit mal comment elle pourra le rattraper ce retard.
a écrit le 09/12/2018 à 18:07 :
De Juniac n'y connaissait rien à l'aérien avant de diriger Air France de la piètre manière que l'on sait... il ne si connaît toujours pas plus et dit n'importe quoi. Il s'est servi d'AF comme tremplin vers une super planque ; l'OACI.
a écrit le 09/12/2018 à 16:52 :
Faut il rappeler ici combien de milliers de morts sont dues à des crash aériens commencés avec des feux de batterie dans les 10 dernières années ??
Jamais, je ne monterai dans un de ces trucs : le feu en vol est ce qu'il y a de pire et hélas batteries et circuits électriques en sont la 1ère cause : remember SR 111 .
Réponse de le 09/12/2018 à 17:50 :
@leon, vous n'êtes pas comme le vin, vous ne vous ne bonifiiez pas avec le temps. Comme beaucoup d'acteurs du secteur, je suis assidu à la lecture de ce site et je suis depuis longtemps vos commentaires, qui sont, permettez-moi l'expression, "raz les pâquerettes". Avec vos faux airs de connaisseurs, vous entretenez l'illusion de connaître cette industrie, mais vous êtes le plus souvent à côté de la plaque, comme dans votre commentaire du jour.

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