La Tribune

Le plan d'Air France-KLM pour croquer Alitalia

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Fabrice Gliszczynski  |   -  693  mots
Selon nos informations, le groupe français veut acheter en 2013 la compagnie italienne, non pas en cash comme s'y attendent des analystes, mais par échange d'actions. Pour cela, il doit nécessairement amorcer son plan de redressement pour faire augmenter le cours de son action.

L'opération Alitalia ne se fera pas avant début 2013. Mais c'est aujourd'hui « l'une des préoccupations majeures de Jean-Cyril Spinetta », selon l'un des proches du PDG d'Air France-KLM,  également administrateur de la compagnie transalpine depuis l'achat début 2009 par le groupe français de 25 % du capital d'Alitalia aux côtés de plusieurs industriels italiens (Riva, IMSSI, Banca Intesa, Benetton...).

Ces derniers, qui avaient été forcés à l'époque par le gouvernement de Silvio Berlusconi de voler au secours de la compagnie nationale, seront libres début 2013 de vendre leurs actions à Air France-KLM en vertu du pacte d'actionnaires signé en janvier 2009.

Le cours de l'action d'Air France-KLM est trop bas

Selon nos informations, Air France-KLM, qui ne veut pas sortir du cash (elle n'en a pas non plus les moyens) dans cette opération stratégique, compte procéder par échanges d'actions comme Air France l'avait fait en 2004 en lançant une OPE (offre publique d'échanges) pour acheter KLM. Gros problème : « si le cours de l'action reste à son niveau d'aujourd'hui, l'opération est impossible », assure-t-on au sein du groupe.

En effet, au regard des valeurs et du poids de chacun des deux groupes, un échange de titre aurait pour conséquence de donner un poids exorbitant aux industriels italiens dans le capital d'Air France-KLM. Avec un cours autour des 4 euros depuis des mois, le groupe français vaut à peine plus de 1,2 milliard d'euros en Bourse (le prix de 5 A380) pour un chiffre d'affaires de quelque 25 milliards d'euros quand Alitalia (non cotée en Bourse) et ses 3,5 milliards de chiffre d'affaires possède encore, selon nos informations, environ 700 millions d'euros de son capital de départ lors de son redémarrage en 2009 (1,2 milliard).

Amorcer le plan de restructuration pour faire redécoller l'action

L'objectif est donc clair : il faut absolument que l'action Air France-KLM redécolle. C'est ainsi que l'opération Alitalia est étroitement liée au plan de restructuration du groupe français, en particulier Air France. « Si le redressement est amorcé, il y aura un impact positif sur le cours d'Air France-KLM », assure t-on en interne. Cette restructuration dépend essentiellement de la renégociation avec les syndicats des accords d'entreprise dans le but d'augmenter la productivité du personnel.

Alors que la direction de la compagnie cherche à signer de nouveaux accords d'ici à l'été, le délai est en réalité un peu plus large. « Il faut arriver à des accords d'ici à l'automne », explique un proche du dossier. Certains analystes sont sceptiques. "Les industriels italiens qui ont été obligés de rentrer au capital d'Alitalia ne voudront pas d'actions Air France-KLM. Ils préfèreront du cash, au moins une partie", explique l'un d'eux. "Sauf à mettre un lock-up (l'interdiction de vendre) ridicule". Quelle que soit la durée de ce lock-up, c'est néanmoins ainsi que l'opération doit se faire. « C'est en vendant après l'OPE que les industriels italiens auront leur argent", confirme-t-on au sein du groupe français.

Les Italiens vont menacer d'aller chez Lufthansa

Reste que la négociation sur les parités entre la valeur des deux compagnies (dont une n'est pas cotée en Bourse), s'annonce serrée. « Les Italiens vont faire monter les enchères », explique un observateur. Alitalia s'est bien redressée (l'équilibre opérationnel a été presque atteint en 2011) et cette santé retrouvée a une valeur.

Surtout, la compagnie risque de menacer de se tourner vers Lufthansa, le principal rival d'Air France-KLM, qui, elle, « a les moyens financiers de payer en cash », rappelle un analyste. Un scénario auquel s'attend d'ailleurs la direction d'Air France-KLM. « Bien évidemment ils vont jouer la carte allemande », explique-t-on au sein de la compagnie. Mais sans trop y croire "Lufthansa est un peu échaudée par les pertes occasionnées par certains achats comme BMI".

En outre, assure une autre "il est très compliqué de dénouer une alliance comme la nôtre. En le faisant, Lufthansa doit s'attendre à une année de troubles". Pourtant, il se murmure que, aussi compliqué soit-il, les Italiens ont su conserver une marge de manœuvre pour pouvoir dénouer les accords signés avec Air France-KLM.

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Commentaires

Gilles1  a écrit le 07/03/2012 à 16:43 :

Ce serait le mariage de la carpe et du lapin. AF finira avec un américain ou encore une compagnie du Golfe.

coucou  a écrit le 07/03/2012 à 16:19 :

Alitalia préfèrera un partenaire qui ne tombe pas à l' eau .

Beta  a écrit le 07/03/2012 à 15:45 :

comment Air France peut s'intéresser à Alitalia,alors que ses comptes sont mauvais ,et qui plus est,sera encadrée par une nouvelle autorité de tutelle dès mai2012!!
Alitia/lufthasa reste la meilleur solution,pour l'aérien Europe,qui ne compte plus sur AF,pour jouer son rôle de transporteur majeur;
Ah ,les syndicats et la politique!!!!A méditer

Voyagevoyage  a répondu le 29/09/2013 à 22:11:

Ridicule

gerardc27  a écrit le 07/03/2012 à 9:35 :

Pour AF c'est une question de survie en Europe de s'offrir cette compagnie d'importance(?). Alitalia va mieux elle en termine avec sa restructuration et pour les italiens souvent humiliés une participation dans AF même minoritaire aurait valeur de symbole.