Crédit Mutuel Arkéa enclenche son Brexit

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Crédit Mutuel Arkéa engage une consultation de ses caisses locales sur son projet de devenir « un groupe bancaire coopératif et mutualiste indépendant, entièrement distinct du reste du Crédit Mutuel. » soutenu par les fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest, mais rejeté par celle du Massif Central.
Crédit Mutuel Arkéa engage une consultation de ses caisses locales sur son projet de devenir « un groupe bancaire coopératif et mutualiste indépendant, entièrement distinct du reste du Crédit Mutuel. » soutenu par les fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest, mais rejeté par celle du Massif Central. (Crédits : DR)
Après le vote en faveur de l'indépendance des fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest, les caisses locales voteront au cours du premier semestre sur le projet de sortie du Crédit Mutuel. La fédération du Massif central confirme son souhait de quitter Arkéa pour le Crédit Mutuel CM11. L'Etat s'inquiète des conséquences pour la stabilité financière.

[Article mis à jour à 18h45]

La procédure de séparation est enclenchée, un divorce à la bretonne que l'on pourrait appeler Brexit, en clin d'œil à la sortie des Britanniques de l'UE. Après l'approbation par le conseil d'administration du Crédit Mutuel Arkéa du projet des dirigeants visant à le transformer en « un groupe bancaire coopératif et mutualiste indépendant, entièrement distinct du reste du Crédit Mutuel », les fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest ont approuvé ce vendredi le principe de la consultation de leurs 300 caisses locales et de leurs administrateurs au cours du premier semestre.

« Les caisses locales de notre groupe sont appelées à se prononcer sur une évolution historique de notre organisation. Dans le respect des valeurs coopératives et mutualistes qui sont le socle de notre gouvernance, nous avons fait le choix du mode de consultation le plus large et démocratique qui soit. Nos caisses locales pourront ainsi choisir librement l'orientation qu'elles souhaitent donner à leur avenir : la centralisation ou l'indépendance », déclare Jean-Pierre Denis, le président du Crédit Mutuel Arkéa, dont le siège est près de Brest, et du Crédit Mutuel de Bretagne, dans un communiqué.

L'indépendance signifierait renoncer à l'usage de la marque Crédit Mutuel, ce qui suscite des craintes exprimées par l'intersyndicale.

Lire aussi : Au Crédit Mutuel, les rebelles de l'Ouest font bande à part

Jeudi soir, la fédération du Massif Central avait fait savoir que ses élus, représentant 30 caisses locales, avaient « voté à une très large majorité pour son maintien au sein du Crédit Mutuel et contre le projet de sécession du Crédit Mutuel Arkéa

Guerre de sécession

La fédération de Clermont-Ferrand avait en effet adopté en juin un projet visant à « mener à bien la convergence vers le groupe Crédit Mutuel CM11 au 1er janvier 2019. » Autrement dit, rejoindre le plus grand ensemble de la banque mutualiste (onze fédérations : Centre-Est, Sud-Est, Ile-de-France, Savoie, Midi Atlantique, Centre, Dauphiné Vivarais, Loire Atlantique Centre Ouest, Méditerranée, Normandie, Anjou; le réseau CIC et de nombreuses filiales dans les télécoms, la presse), dirigé par Nicolas Théry, également président de la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM), avec laquelle Arkéa est en conflit depuis quatre ans. Le Massif Central ne représente que 30 caisses sur 334 et 3% des fonds propres d'Arkéa, souligne-t-on dans l'entourage de la direction.

« La consultation ainsi engagée par le Crédit Mutuel Arkéa permettrait une sortie par le haut, acceptée par chacune des parties pour mettre un terme définitif à un conflit qui n'a que trop duré » affirme le groupe du Finistère dans son communiqué.

La confédération a indiqué de son côté jeudi soir dans un communiqué qu'elle réunirait ses différentes instances pour examiner en détail « le projet de sécession » des dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa, « conformément à son rôle d'organe central. »

« La Confédération nationale du Crédit Mutuel réitère son attachement à l'unité du Crédit Mutuel dans le respect de l'autonomie de toutes les fédérations et rappelle qu'elle a toujours été et demeure, la meilleure solution pour tous », fait valoir la CNCM.

Ces votes ne sont cependant que des expressions d'intention et ne changent en rien la situation juridique, le fonctionnement du Crédit Mutuel étant régi par un article du Code monétaire et financier.

L'État contre une scission

À Bercy, l'affaire embarrasse. L'État « appelle à la paix et souhaite un règlement amiable » mais il n'est pas favorable à cette scission du Crédit Mutuel, qui nécessiterait des modifications législatives, ce qu'il ne veut pas « pour des raisons de stabilité financière » explique-t-on au ministère.

« La France a besoin de groupes bancaires mutualistes forts. Pourquoi se diviser ? L'État sera vigilant à la bonne information des épargnants et souhaite la plus grande transparence » insiste un membre du cabinet.

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a déclaré mercredi lors d'une audition devant la commission des finances du Sénat qu'il suivait ce dossier de près, ajoutant « s'il devait y avoir une évolution de cette approche consolidée du groupe Crédit Mutuel, il serait préférable que cela se fasse par accord et plutôt que par déclaration unilatérale. »

« La question de l'éventuel schéma juridique d'une séparation n'a pas été précisément étudiée » a-t-il observé, notant que « c'est le sens de la mission confiée à Christian Noyer, [son] prédécesseur, dont le rapport sera remis très prochainement. »

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a écrit le 21/01/2018 à 8:38 :
Une gué guerre d enfants gâtés qui veulent garder leur pouvoir au détriment de leurs clients, employés. Au final ces deux micro banques vont se faire racheter. Les actionnaires ou létat doivent les forcer à demissionner
Réponse de le 21/01/2018 à 16:50 :
Pour le moment, c'est plutôt la partie CM11 qui rachète, pour se donner une taille suffisante en Europe. Après ce sont des rachats à leur echelle, c'est à dire de petites banques :

- rachat du CIC dans la banque en France
- rachat de Cofidis dans le crédit à la consommation, avec des implantations en Espagne, Portugal, Belgique, Europe centrale
- rachat de Targobank en Allemagne
- rachat des activités d'affacturage de Général Electric en France et en Allemagne
- rachat de BEOBANK en Belgique

ça reste une banque de taille modeste, comparée aux BNP, Société générale, Crédit Agricole. Mais à priori qui passe de "taille modeste en France" à "taille modeste en Europe".

Sauf qu'avec un système de caisses indépendantes, ça pose problème puisque la partie qui se développe devient trop puissante pour celle qui veut juste être indépendante.
Réponse de le 14/02/2018 à 22:40 :
Pour info,
Pas d'actionnaire au crédit mutuel.....
Les bretons se défendent pour sauver leurs emplois, ou voyez vous des caprices d'enfants gâtés ???

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