A quelques jours de la validation par le Bundestag de l'accord sur la phase 1B du programme SCAF, des rapports du ministère de la Défense allemand sèment le trouble et insinuent des doutes sur la défense des intérêts germaniques. Un accord qui avait été pourtant adoubé par l'industrie allemande et les plus hautes autorités de l’État fédéral.Mais qui veut la peau du SCAF en Allemagne ? Der Spiegel a décoché le week-end dernier un tacle assassin sur l'accord signé par Berlin, Madrid et Paris sur la poursuite du Système de combat aérien du futur (phase 1B sur une période de 40 mois) en s'appuyant sur un rapport très critique du BAAiNBW, l'Office fédéral des équipements, des technologies de l'information et du soutien au service de la Bundeswehr. Une attaque extrêmement virulente qui surgit au plus mauvais moment pour le SCAF, qui s'apprête à passer au grill de la commission des finances du Bundestag (23 juin). Soit une phase extrêmement critique pour son avenir.
Cet accord a pourtant été une nouvelle fois adoubé il y a une dizaine de jours par Angela Merkel et Emmanuel Macron lors du dernier conseil franco-allemand. Ce qui provoque aujourd'hui une vraie crise d'angoisse notamment des industriels allemands à bord du SCAF. Un programme, qui sera mis en service à l'horizon de 2040 et qui est à nouveau en danger... Les auteurs du rapport et ceux qui ont organisé sa fuite dans la presse ne s'y seraient pas pris autrement pour abattre dans sa phase de décollage le SCAF.
Un accord équilibré selon le BDLI
Alors qu'au plus haut niveau de l'État allemand (Chancellerie, responsables au sein du ministère de la Défense et l'armée de l'air) on défend avec ténacité cet accord arraché au forceps mi-mai entre les industriels allemands, espagnols et français, un rapport technique du ministère de la Défense a brutalement douché l'optimisme des industriels européens concernés par le programme le plus ambitieux d'Europe en critiquant très durement le résultat obtenu par les industriels germaniques. "L'accord définit des structures et des règles qui ne sont pas dans l'intérêt allemand et satisfont presque exclusivement les positions françaises", estime le rapport du BAAiNBW.
Ce n'est pourtant pas l'avis des industriels allemands et du BDLI, l'équivalent du GIFAS allemand. Dans une analyse faite le 19 mai que La Tribune s'est procurée, le BDLI estime d'ailleurs que les négociations ont permis de trouver un équilibre entre les différents industriels : "Après plusieurs semaines de négociations industrielles intensives, une méthode de travail commune et efficace et une répartition équilibrée des lots de travaux selon le principe du retour géographique et le principe du "Best Athlete", ont été mis en place avec succès. Le principe du retour géographique stipule que les investissements correspondants reviennent aux industries nationales respectives conformément au financement convenu. Le principe du Best Athlete régule la répartition en fonction des compétences existantes". On est loin, très loin de l'analyse du BAAiNBW.