Selon les derniers chiffres de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publiés en octobre 2020, la France compte environ 400.000 agriculteurs exploitants, soit 1,5 % de l'emploi total. Une population vieillissante, en baisse quasiment constante depuis 1984, et pour la majorité contrainte à une durée de travail sur les sept jours de la semaine bien supérieure à celle de l'ensemble des personnes en emploi, observe l'Insee. Elle est aujourd'hui confrontée à un nombre croissant de défis, tels que la concurrence avec des produits d'importation bien plus compétitifs, la guerre des prix entre distributeurs qui contribue à tirer ses revenus vers le bas, l'adaptation au changement climatique, la demande sociale de pratiques plus écologiques, sans compter l'augmentation vertigineuse des coûts de production due au contexte inflationniste international aggravé par la guerre en Ukraine.
Les agriculteurs en sont donc conscients: le prochain quinquennat va être essentiel afin d'alléger ou d'aggraver irrémédiablement les difficultés de leur secteur. Et tant Emmanuel Macron que Marine Le Pen tentent de séduire les acteurs de ce métier si emblématique du pays aux yeux des Français. Mais si l'un ou l'autre est élu, qu'est-ce qui changera pour les agriculteurs?
Principale responsable à ses yeux des difficultés de l'agriculture française, la concurrence de produits venant de pays hors Union européenne (UE) joue un rôle central dans le programme de Marine Le Pen en matière d'agriculture. La candidate promet de l'endiguer, quitte parfois à remettre en cause des règles pourtant intouchables du fonctionnement de l'UE, et notamment du marché unique. Ce dernier impose la libre circulation de marchandises, y compris en provenance de pays tiers lorsqu'un Etat membre en a déjà vérifié la conformité au droit européen, et interdit toutes mesures discriminatoires sauf lorsqu'il s'agit de protéger la santé, l'ordre ou la sécurité publics. Sa violation exposerait la France à d'importantes sanctions accompagnées d'une marginalisation politique. Sans compter que le monde agricole français profite aussi du marché unique, pour ses exportations, mais aussi pour l'importation de facteurs de production essentiels (énergie, machines etc.).