Charlottesville : le patron de Merck lâche Trump, pas le reste de l'industrie pharmaceutique

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Kenneth Frazier (à gauche) en discussion avec Donald Trump, fin janvier.
Kenneth Frazier (à gauche) en discussion avec Donald Trump, fin janvier. (Crédits : Reuters)
Kenneth Frazier, à la tête de Merck & Co, a quitté ses fonctions de conseiller de Donald Trump. Peu de dirigeants de sociétés pharmaceutiques ont soutenu ouvertement le PDG de MSD. Le patron de Johnson & Johnson a lui-même annoncé rester conseiller du président américain, jusqu'au moment ou ce dernier a annoncé la dissolution du conseil économique. Les industriels du médicament veulent peser, alors que les contours du futur plan touchant le secteur restent flous.

Publié le 16/08/2017 à 15:10. Mis à jour le 17/08/2017 à 10:38.

Lundi, le patron de MSD (Merck & Co) a pris une décision radicale, secouant l'habituelle discrétion de la plupart des dirigeants de l'industrie pharmaceutique. Kenneth Frazier a condamné la réaction de Donald Trump, suite aux émeutes de Charlottesville et quitté ses fonctions de "conseiller des exportations" auprès du président américain.

"Les dirigeants américains doivent honorer nos valeurs fondamentales en rejetant clairement les manifestations de haine, de sectarisme et toute revendication de suprématie qui nient l'idéal américain voulant que tous les hommes ont été créés égaux [...]. J'estime de ma responsabilité de prendre position contre l'intolérance et l'extrémisme", a-t-il déclaré.

La décision de Kenneth Frazier - elle a été suivie des démissions des patrons de l'équipementier sportif Under Armour, Kevin Plank, et du géant des semi-conducteurs Intel, Brian Krzanich - a recueilli les faveurs de Roy Vagelos, patron de la biotech Regeneron, et ancien dirigeant de Merck & Co. "J'applaudis sa décision. [...] Ken est guidé par un grand sens de la moralité dans tout ce qu'il fait", a-t-il déclaré.

Le PDG de Johnson & Johnson reste conseiller de Trump pour peser

Les autres entreprises et dirigeants du secteur pharmaceutique ont pour leur part évité de prendre position contre le président américain. Le dernier dirigeant de laboratoire conseiller de Donald Trump, Alex Gorsky, PDG de Johnson & Johnson, a lui-même décidé de garder sa fonction au sein du "conseil des exportations", mardi 15 août :

"Johnson & Johnson a la responsabilité de rester engagé pour représenter nos valeurs alors qu'une politique publique cruciale est discutée et développée.".

Et d'ajouter :

"Si nous ne sommes pas présent dans les instances décidant de faire de la santé globale une priorité, [...] si nous échouons à faire entendre notre voix, nous aurons renoncé à notre credo de responsabilité."

Mercredi 16 août, Alex Gorsky est revenu sur sa décision... au moment ou Donald Trump a annoncé la dissolution du conseil des exportations. Le PDG a toutefois fustigé dans un communiqué les propos "inacceptables" tenus par Donald Trump suite aux émeutes de Charlottesville.

Baisses des prix ou décisions favorables à l'industrie pharmaceutique ?

L'industrie pharmaceutique attend nerveusement les premières mesures du président américaine concernant le secteur, et tente de peser sur les futurs choix touchant l'industrie du médicament. Ainsi, le lobbying de l'industrie pharmaceutique a dépensé près d'un milliard de dollars au premier trimestre, le montant le plus élevé de ces cinq dernières années.

Certes, le secteur a reçu des signaux positifs en juin. Selon le New York Times, Donald Trump prévoit en priorité des mesures favorables aux big pharmas pour renforcer l'industrie du médicament. La réduction du prix des traitements, régulièrement évoqué durant la campagne présidentielle, ne semble plus être la priorité. Le document que s'est procuré le quotidien américain présente "la réduction des obstacles réglementaires comme la meilleure solution pour faire baisser les prix".

Mais celui-ci n'est qu'une ébauche, susceptible de subir d'importantes modifications. Et Donald Trump a soufflé le chaud et le froid ces derniers mois. En décembre, il avait tonné : "Je n'aime pas ce qui se passe, je vais faire tomber le prix des médicaments." Pour enfoncer le clou en janvier: les sociétés pharmaceutiques "font n'importe quoi en toute impunité" (getting away with murder, en anglais, NDLR). Quelques semaines plus tard, il assurait qu'une baisse des prix est nécessaire, mais promettait à ces dernières des mesures pour renforcer l'industrie du médicament, satisfaisant les patrons du secteur.

Suite à la démission de Kenneth Frazier, Donald Trump a remis sur le tapis le prix des médicaments en deux tweets, écrivant que Kenneth Frazier aura plus de temps pour "diminuer le prix exorbitant des médicaments". Et quelques heures plus tard il a réclamé à Merck & Co le retour aux Etats-Unis d'emplois créés à l'étranger et la baisse des prix.

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Commentaires
a écrit le 16/08/2017 à 20:02 :
Je vais être un peu méchant mais M. Obama n'a rien fait pour cette cause.
Un pasteur a voulu changé cette haine, il a été assassiné, l'Amérique n'est ni noire ni blanche, l'Amérique est une civilisation multiculturelle, si l'Amérique veut avancer dans l'avenir, il faudra qu'il sache rassembler le peuple sans discrimination et sans à priori, en tout cas on leur souhaite, on n'a pas oublie la tempête en Louisiane, et comment l' état à abonné la population. Honteux.
a écrit le 16/08/2017 à 15:46 :
"Peu de dirigeants de sociétés pharmaceutiques ont soutenu ouvertement le PDG de MSD."

Vu à quelle vitesse de déclin vont les états unis ils pensent certainement que d'ici peu ils pourront faire des expériences sur des noirs ou des hispaniques prisonniers par exemple, ou bien orphelins...

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