Hécatombe : la moitié des députés experts du numérique ne brigue pas de nouveau mandat aux élections législatives

Si la maturité globale des députés sur les enjeux numériques a progressé, seuls une dizaine de députés de tous bords se sont illustrés à l'Assemblée nationale lors du premier quinquennat d'Emmanuel Macron. Pire : si des tauliers comme Philippe Latombe, Eric Bothorel, Cédric Villani ou encore Aurore Bergé souhaitent être réélus, la moitié des spécialistes du numérique ne rempile pas, à l'image de Paula Forteza, Mounir Mahjoubi, Laure de La Raudière ou Christine Hennion. La Tribune fait le bilan.

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(Crédits : Reuters)

Longtemps réduite à peau de chagrin, la compétence globale des députés sur les sujets du numérique a incontestablement progressé entre 2017 et 2022, ne serait-ce parce que la dimension numérique s'introduit dans à peu près tous les sujets. "Le niveau est incomparable avec les mandats précédents, où il y avait eu des erreurs de néophytes extrêmement lourdes de conséquences", estime Gilles Babinet, expert pour l'Institut Montaigne, un cercle de réflexion économique. "Il y a bien eu quelques absurdités aussi pendant ce quinquennat, mais globalement le niveau moyen est plus élevé et c'était la moindre des choses", ajoute-t-il.

En revanche, le nombre de députés experts qui ont fait du sujet leur mantra pendant le quinquennat n'a, lui, pas vraiment évolué. Malgré l'ampleur des enjeux autant sociétaux qu'économiques, les parlementaires maîtrisant les dossiers numériques dans toute leur complexité, leur globalité et leur technicité, se comptent toujours sur les doigts des deux mains. La Tribune en dénombre seulement une dizaine, dont quatre se distinguent nettement par l'ampleur des dossiers qu'ils ont traités et la qualité de leur travail parlementaire : Eric Bothorel (LREM), Philippe Latombe (Modem), Paula Forteza (affiliée à EELV) et Jean-Michel Mis (LREM).

Peu de députés ont fait du numérique leur sujet de prédilection

Sur le front de l'expertise pure, le mandat écoulé n'est donc pas meilleur que le précédent. Et c'est une petite surprise : en début de mandature, l'Institut Montaigne avait identifié une cinquantaine de députés "experts" sur 577 (avec des critères généreux). Soit un famélique 5,37% des effectifs, une proportion toutefois supérieure au mandat précédent. Mais parmi eux, étonnamment, peu ont finalement choisi de travailler sur leur domaine de prédilection. Bruno Bonnell (LREM, entrepreneur), Philippe Gosselin (LR, spécialiste des données personnelles), André Chassaigne (PC, qui s'était engagé sur la fracture numérique lors du quinquennat précédent), Paul Molac (LREM, partisan du logiciel libre), Sylvain Maillard (LREM, entrepreneur) ou encore Albane Gaillot (ex-LREM, ancienne cheffe de projet digital et membre de la Cnil), entre autres, ont tous préféré traiter d'autres thématiques, notamment sociétales et internationales.

A noter également que 11 des 14 députés identifiés par La Tribune comme les meilleurs experts du numérique à l'Assemblée nationale ont été investis en 2017 par LREM, soit une écrasante majorité. Le nombre grimpe même à 12 si on inclut Philippe Latombe (Modem), investi par la majorité présidentielle, voire 13 si on compte le ralliement, fin 2017, de Laure de la Raudière, investie par LR mais qui a cofondé la branche dissidente Agir, très Macron-compatible. Mais LREM a aussi perdu des troupes en chemin : Paula Forteza, Cédric Villani et Frédérique Dumas ont quitté le navire en cours de mandat, rejoignant des groupes affiliés à gauche et devenant très critiques de l'action du gouvernement, y compris sur les sujets du numérique.

Sur ces 14 députés experts, 7 ne se représentent pas, pour diverses raisons : Paula Forteza, Mounir Mahjoubi, Laure de La Raudière, Pierre Person, Christine Hennion, Frédérique Dumas et Valéria Faure-Muntian. L'Assemblée va donc perdre la moitié de ses experts les plus mobilisés sur le sujet du numérique. Revue de détail des restants et des sortants.

Ils briguent un nouveau mandat

  • Eric Bothorel, l'homme à tout faire

Statut : élu en 2017 député LREM de la 5è circonscription des Côtes-d'Armor, il se représente.

Le bilan d'Eric Bothorel sur les sujets numériques est incontestablement l'un des plus étoffés du quinquennat. Connu pour avoir été le rapporteur de la proposition de loi sur la sécurité des réseaux mobiles -aussi surnommée "loi anti-Huawei" à son plus grand désarroi- en 2019, le Breton a ensuite été chargé par le Premier ministre de remettre un rapport sur la politique publique des données.

Au-delà de ces deux gros chantiers, Bothorel a travaillé sur la fiscalité du numérique, les cryptomonnaies (dans le cadre de la loi Pacte), la couverture du très haut débit ou encore l'avenir de la cybersécurité européenne. Il s'est également distingué pour ses amendements sur les principales lois numériques (parfois à l'encontre de la majorité), au point de devenir une des têtes de proue de LREM sur ces questions.

Co-président des groupes d'études "cybersécurité et souveraineté numérique" et "Economie numérique de la donnée, de la connaissance et de l'intelligence artificielle", le député fait aussi partie des groupes "jeux vidéo" et "santé et numérique". Ce profil d'homme à tout faire de la majorité fait de lui l'un des favoris pour succéder à Cédric O au Secrétariat d'Etat au Numérique (si ce dernier était renouvelé). Il pourrait donc potentiellement être amené à rapidement quitter l'Assemblée, même en cas de victoire.

  • Philippe Latombe, l'indépendant

Statut : élu en 2017 député Modem (majorité présidentielle) de la 1re circonscription de Vendée. Investi pour les élections législatives 2022 par le Modem (majorité présidentielle), dans sa circonscription.

Alors qu'un grand nombre de députés de la majorité présidentielle ont docilement soutenu le gouvernement, le député Modem de Vendée n'a cessé d'exercer sa liberté d'expression, quitte à souvent critiquer et contredire le gouvernement. Auteur d'un rapport de référence sur la souveraineté numérique, ce passionné des sujets tech n'a cessé de défendre l'écosystème tricolore du cloud et s'est montré particulièrement critique sur le projet de plateforme des données de santé Health Data Hub, dont il a critiqué le choix d'hébergement par Microsoft, et sur la stratégie cloud de l'Etat. Il a également voté contre la loi Avia de lutte contre la haine sur Internet et contre la loi Sécurité globale, deux textes importants pour LREM mais jugés liberticides.

S'il fait partie des parlementaires les plus actifs sur les sujets numériques, l'ancien auditeur financier chez Deloitte et Crédit Agricole s'est aussi intéressé à d'autres sujets. Il est notamment l'auteur en 2017 d'une proposition de loi relative à la garde alternée des enfants, et a également travaillé sur la loi de sortie de l'état d'urgence de mai 2021. En votant contre l'article créant un passe sanitaire, conduisant à son rejet et forçant le gouvernement à revoir sa copie pour un deuxième vote d'urgence dans la nuit, le groupe Modem qu'il présidait pour ce texte avait déclenché une crise avec la macronie. Malgré tout, ses nombreuses dissidences avec LREM et le gouvernement ne l'ont pas empêché d'être réinvesti par Renaissance pour les prochaines élections législatives.

  • Laëtitia Avia, l'étonnante ré-investiture

Statut : élue en 2017 députée LREM de la 8è circonscription de Paris, elle brigue un second mandat sous l'étiquette Renaissance, malgré qu'elle soit visée par une enquête du parquet de Paris pour harcèlement moral.

Marcheuse de la première heure et porte-parole du parti LREM, la députée de Paris a connu un mandat mouvementé. C'est même la seule de cette liste dont le bilan est largement contesté. Son projet de loi contre la haine en ligne, surnommé Loi Avia, a été l'un des principaux ratés du mandat sur le volet numérique. Qualifié de "fourre-tout", de "liberticide", et considéré comme bancal juridiquement, le texte a fait l'unanimité des acteurs de la tech et de la société civile contre lui. Ces critiques ont trouvé écho auprès des plus hautes instances : en juillet 2020, deux mois après l'adoption de la loi à l'Assemblée Nationale, le Conseil constitutionnel l'a très largement censurée, la vidant de sa substance. La députée ne reconnaît cependant pas cet échec, et elle se félicite même de son bilan, n'hésitant pas à affirmer que sa loi a "inspiré le Digital Services Act voté par le Parlement européen en 2022". La filiation de la loi Avia avec ce texte, qui va imposer de nouvelles contraintes de transparence aux plateformes, est pourtant très largement discutable.

Dans ses réussites, la députée LREM cite notamment la création du parquet spécialisé dans la poursuite "délinquants numériques" responsables de harcèlement, mobilisé dans l'affaire Mila. Ou encore, le "passeport internet", un petit examen de sensibilisation sur les dangers des réseaux sociaux, en test dans une poignée d'établissements scolaires plus d'un an et demi après avoir été annoncé. Visée depuis l'été 2020 par une enquête pour "harcèlement moral" après les plaintes de cinq anciens collaborateurs à l'Assemblée, la députée a tout de même été réinvestie par la majorité sortante.

  • Jean-Michel Mis, le crypto-député

Statut : élu en 2017 député LREM de la 2è circonscription de la Loire, Jean-Michel Mis brigue un second mandat.

Co-auteur d'un rapport sur les blockchains (ou chaînes de blocs), et auteur d'un rapport sur "les technologies de sécurité", Jean-Michel Mis est un des députés les plus spécialisés dans le numérique. Membre de la commission supérieure du Numérique et du Conseil National du numérique, il est également vice-président de la mission d'information sur la souveraineté numérique.

Le député fait ainsi partie des fers de lance de la majorité sortante sur des sujets comme la souveraineté numérique, la cybersécurité, l'identité numérique ou encore la blockchain. Cofondateur de la Fédération Française des Professionnels de la blockchain (FFPB), il est d'ailleurs affublé du titre de "crypto-député" à l'instar d'une poignée d'autres élus, dont Pierre Person (LREM, qui ne se représente pas). Fervent défenseur des usages de la blockchain qu'il qualifie de "prochain Internet", il est en revanche plus mesuré sur les cryptomonnaies, dont il prône l'encadrement.

  • Aurore Bergé, la polyvalente

Statut : élue en 2017 députée LREM de la 10è circonscription des Yvelines. Investie par Renaissance (nouveau nom de LREM) pour les législatives 2022 dans sa circonscription.

Plutôt connue pour ses positions sur la laïcité, le droit des femmes ou le dérèglement climatique, l'hyper-médiatique députée des Yvelines est pourtant, dans les faits, l'une des parlementaires les plus aguerries sur certains sujets numériques, notamment tout ce qui touche à la transformation numérique du secteur de la culture. Elle a notamment travaillé en tant que co-rapporteure d'une grande loi sur l'audiovisuel public, abandonnée en 2019. Celle qui rêve encore de devenir ministre ne ménage pas ses efforts et fait partie des parlementaires les plus actifs via leur présence, leurs interventions écrites et orales, leurs contributions et leurs rapports. Aurore Bergé a ainsi écrit des rapports sur "la régulation et la protection de l'accès aux œuvres culturelles à l'ère numérique", sur "la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l'ère numérique", ou encore sur une "nouvelle régulation de la communication audiovisuelle à l'ère numérique".

  • Cédric Villani, Monsieur IA

Statut : élu en 2017 député LREM de la 5è circonscription de l'Essonne, il a quitté LREM en janvier 2020 et rejoint le groupe Ecologie Démocratie Solidarité (EDS), rapidement dissous faute d'effectifs. Affilié à Génération Ecologie pour le reste de son mandat, il se représente dans sa circonscription, cette fois sous l'étiquette Nupes (Nouvelle Union populaire écologique et sociale).

Mathématicien célèbre avant son arrivée à l'Assemblée nationale, Cédric Villani a fait une entrée tonitruante dans la politique publique. Son rapport sur l'intelligence artificielle, remis au premier ministre Edouard Philippe début 2018, a fortement influencé le plan d'investissement de 1,5 milliard d'euros dans le secteur, annoncé la même année et prolongé de 2,2 milliards d'euros fin 2021. Particulièrement médiatisé et incarné par le député, ce rapport a été le patient zéro du découpage par secteur de la réflexion sur les enjeux stratégiques de la tech. Après le plan sur l'intelligence artificielle, des plans destinés au quantique, à la cybersécurité ou encore aux deep techs ont repris la même articulation.

Suite à son départ de LREM en janvier 2020, Villani s'est éloigné des questions relatives au numérique au profit de sujets comme la recherche, les conditions de vie des animaux et l'écologie en général. Il explique être "choqué par l'inaction environnementale du gouvernement", ce qui aurait motivé sa décision de rejoindre l'opposition.

  • Ugo Bernalicis, le "geek"

Statut : élu en 2017 député de la 2è circonscription du Nord sous l'étiquette La France Insoumise (LFI), il se représente sous l'étiquette Nupes.

Justice, délinquance, pauvreté étudiante... Les sujets de prédilection d'Ugo Bernalicis ne sont pas ceux d'un spécialiste du numérique. A une exception importante près, le jeu vidéo. Vice-président du premier groupe d'études sur le jeu vidéo de l'histoire de l'Assemblée, le jeune député (32 ans) a participé à la promotion de cette industrie culturelle dans différents débats.

Très actif sur les réseaux sociaux, il représente aussi une nouvelle vague de personnalités politiques, qui utilisent les médias émergents pour partager leurs travaux et leurs combats. Pendant le confinement, le député qui se définit comme "geek" a ainsi créé une chaîne sur la plateforme Twitch, baptisée "Le DépuTwitch". Cette initiative a rencontré un succès modéré -la chaîne ne compte que 8.200 "abonnés"- mais le député multiplie progressivement les différents formats pour partager son activité parlementaire.

Ils ont jeté l'éponge

  • Paula Forteza, la plus innovante

Statut : élue en 2017 députée LREM de la 2è circonscription des Français de l'étranger (Amérique latine et Caraïbes), elle a quitté LREM en janvier 2020 et cofondé le groupe Ecologie Démocratie Solidarité (EDS), finalement dissous faute d'effectifs. Elle a annoncé en avril 2022 sa volonté de ne pas briguer de nouveau mandat.

Grande militante de la transparence de la vie politique, à l'image du bilan détaillé de son mandat, Paula Forteza a multiplié les travaux dans le numérique. En 2017, elle a été rapporteure du projet de loi relatif à la protection des données personnelles, un texte qui a notamment accompagné la mise en œuvre, sur le territoire français, du règlement général européen pour la protection des données (RGPD). Mais le nom de la député est avant tout rattaché à son rapport sur l'informatique quantique, mandaté par le premier ministre, qui a servi de base à la préparation du plan quantique d'1,8 milliard d'euros annoncé en janvier 2021. En février 2022, elle a aussi déposé avec Matthieu Orphelin (aussi ex LREM, associé sur bon nombre de ses projets) un projet de loi relatif à l'indépendance des médias.

Parallèlement à ses travaux dans l'hémicycle, Paula Forteza a animé le Bureau Ouvert, une communauté de bénévoles œuvrant pour l'ouverture du Parlement. Plusieurs logiciels libres ont vu le jour grâce à ce projet comme la plateforme "Questions citoyennes", qui permet de demander à son député de faire passer une question au gouvernement, ou encore l'application de suivi de l'évolution de la loi "Archéo Lex". Cette volonté de reconnecter la société civile avec le Parlement a marqué son mandat : la députée des Français de l'étranger a aussi initié, avec 65 autres parlementaires, le "Jour d'Après", une grande consultation en ligne pour recueillir les attentes des citoyens pour le monde post-Covid. 30 propositions ont émergé de ce travail de synthèse, que les parlementaires se sont engagés à défendre. Un an plus tard, Forteza a animé avec d'autres membres du collectif Ecologie Démocratie Solidarité le "Débat Sans Filtre", un commentaire en direct des discussions à l'Assemblée sur la loi Climat, retransmis sur Twitch -une plateforme de vidéo en direct qui comprend un espace de discussion où tout spectateur peut participer.

Malgré son goût pour la vie politique, la députée n'a pas souhaité se présenter à nouveau. "A celleux qui me posent la question, parce qu'aux logiques d'accaparation du pouvoir doivent se substituer celles de son partage et de sa circulation...et en attendant de véritables assemblées tirées au sort, je ne serai pas candidate aux législatives", a-t-elle déclaré sur Twitter.

  • Laure de La Raudière, la taulière des télécoms

Statut : réélue en 2017 pour un 3è mandat dans la 3è circonscription d'Eure-et-Loire sous l'étiquette Les Républicains (LR), elle a quitté ses fonctions de députée en janvier 2021 afin de prendre la direction du gendarme des télécoms, l'Arcep.

En 14 ans à l'Assemblée nationale, Laure de La Raudière s'est taillée une réputation de fine connaisseuse des sujets liés au numérique et aux télécoms. Et pour cause : avant sa vie d'élue, la députée avait travaillé plus de 10 ans chez France Telecom-Orange.

Investie sous l'étiquette LR, elle a co-créé le parti "Agir, la droite constructive" dès décembre 2017. Par cette branche dissidente de LR, elle a souvent travaillé en accord avec la ligne conservatrice de la majorité pendant les trois premières années du mandat, et notamment co-écrit des rapports sur la blockchain et sur la couverture très haut débit des territoires. En janvier 2021, Laure de La Raudière a quitté son siège de député après sa  nomination par le président Emmanuel Macron à la tête du régulateur des télécoms, l'Arcep.

  • Mounir Mahjoubi, l'ancien ministre anti-Amazon

Statut : élu en 2017 député LREM de la 16è circonscription de Paris. Il a annoncé en début d'année qu'il ne briguera pas de deuxième mandat.

Secrétaire d'Etat au Numérique de mai 2017 à mars 2019 au sein du gouvernement, Mounir Mahjoubi a logiquement déserté les deux premières années de sa mandature, où il a été remplacé par sa suppléante, Delphine O, sœur de son successeur Cédric O au maroquin numérique. Une fois revenu au Palais Bourbon, le député de Paris a souhaité incarner la résistance à « l'Amazonisation » de la société française, ainsi que la défense des TPE/PME et la promotion d'une consommation responsable.

A l'Assemblée nationale, le député a multiplié les coups d'éclats contre la firme américaine : en novembre 2019, il publie une note qui accuse Amazon d'avoir détruit 7.900 emplois en France. Rebelote en avril 2021 quand l'ancien ministre publie une nouvelle note dans laquelle il accuse le géant du e-commerce de minimiser son impôt sur les sociétés dans l'Hexagone. Entre-temps, l'ancien entrepreneur a tenté de décrocher l'investiture de son parti pour les élections municipales à Paris en 2020, mais Benjamin Griveaux lui a été préféré.

  • Christine Hennion, trop discrète pour sa survie politique

Statut : élue en 2017 députée LREM de la 3è circonscription des Hauts-de-Seine. Elle n'a pas été réinvestie par son parti au profit d'Aurélie Taquillain, proche du conseiller macroniste Thierry Solère.

La plupart des renoncements des députés de cette liste ont été souhaités par les concernés ou forcés par leur situation politique. Pas celui de Christine Hennion. Malgré son travail sérieux et appliqué, elle a eu la mauvaise surprise, d'après BFMTV, d'être sacrifiée au moment où Emmanuel Macron et son équipe -dont le conseiller Thierry Solère- ont attribué les places. C'est ainsi une proche de Solère qui a récupéré l'investiture dans sa circonscription.

C'est dommage : cette retraitée dans sa 67è année en 2022, ancienne salariée d'Alcatel-Lucent repartie sur les bancs de l'université sur le tard, a fait partie des parlementaires les plus présents en commission et les plus productifs en nombre de rapports écrits. Fine connaisseuse de l'économie numérique, Christine Hennion a été rapporteure d'un texte sur le Digital Markets Act (le règlement européen qui adapte le droit de la concurrence à l'ère numérique). Elle a aussi travaillé sur l'identité numérique, la souveraineté culturelle à l'ère numérique, le RGPD ou encore la politique européenne en matière d'innovations de rupture. Des sujets majeurs pour lesquels son expertise a enrichi le débat parlementaire.

  • Valéria Faure-Muntian, la spécialiste assurances et blockchain

Statut : élue en 2017 députée LREM de la 3è circonscription de la Loire, elle a annoncé en janvier 2022 qu'elle ne briguera pas de nouveau mandat, estimant qu'en « cinq ans, on s'éloigne du terrain, on est dans une bulle ».

Certains députés s'installent dans une niche et y restent : c'est le cas de Valéria Faure-Muntian, qui a passé son mandat à travailler sur deux grands sujets : l'assurance et les plateformes numériques. Ancienne du monde de la banque et de l'assurance -Société générale, Groupama-, membre d'En Marche depuis ses débuts en 2016, la députée d'origine ukrainienne est devenue dès 2017 co-présidente du groupe d'études "Assurances" au Palais Bourbon, s'est investie dans les négociations entre les assureurs et le gouvernements lors de la crise du Covid-19, et a porté la réforme du courtage, appliquée depuis le 1er avril 2022.

Ses autres domaines d'intérêts ont principalement porté sur les plateformes numériques. En 2020, elle a coécrit un rapport sur le sujet, dans lequel elle préconise de durcir les règles de concurrence pour les plateformes structurantes comme les Gafam, en phase avec le futur règlement européen DMA. Passionnée par la blockchain, Valéria Faute-Muntian a également co-écrit en 2018 un rapport sur le potentiel et les risques -notamment environnementaux- de cette technologie. A l'Assemblée nationale, elle est membre de la plupart des groupes de travail liés au numérique et aux technologies.

  • Frédérique Dumas, l'irrévérencieuse

Statut : élue en 2017 députée LREM de la 13e circonscription des Hauts-de-Seine, elle avait quitté en 2018 la majorité présidentielle pour rejoindre Libertés et Territoires (rattaché à EELV). Elle ne se représente pas.

En 2017, la productrice Frédérique Dumas incarnait, avec d'autres, le renouvellement tant attendu de la classe politique. Mais la célèbre femme de culture n'aura tenu qu'un peu plus d'un an au sein de la majorité avant de claquer la porte en dénonçant un « parti sclérosé » et la « verticalité du pouvoir doublée d'une forme de clanisme du Président ». Après avoir rejoint le groupe centriste de l'UDI, elle pose finalement ses valises dans le groupe « Libertés et Territoires », affilié à EELV. Durant le mandat, elle s'investit sur de nombreux sujets culturels bien sûr, mais aussi numériques, notamment en étant l'une des plus ferventes voix d'opposition à la loi Avia sur la lutte contre la haine en ligne, qu'elle juge liberticide. Malgré son basculement dans l'opposition, la députée a produit plusieurs rapports -sur la gestion du Covid-19 par l'UE, le don d'organe, le droit des femmes ou encore l'Europe fiscale. Mais elle a souhaité s'éloigner de la vie politique.

  • Pierre Person, l'étoile filante

Statut : élu en 2017 député LREM de la XXè circonscription de Paris. Ne se représente pas.

Jeune, dynamique et numérique, Pierre Person figurait en 2017 parmi les étoiles montantes les plus brillantes de la macronie. Cofondateur des "Jeunes avec Macron" en 2015, conseiller politique d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle de 2017, délégué général adjoint de LREM de 2018 à 2020, l'ancien socialiste de 33 ans (28 en début de mandat) était chargé à l'Assemblée nationale d'assurer le lien, avec une dizaine d'autres députés proches du Président, entre le groupe LREM, l'Elysée et le parti.

Son rôle très politique, y compris en dehors de l'Assemblée, a probablement influé sur son activité au Palais Bourbon, où il a fait partie des parlementaires les moins actifs. Pierre Person s'est toutefois distingué en 2019 en publiant un rapport sur les « monnaies virtuelles », formulant 27 propositions pour en éclaircir le cadre juridique. Mais l'irrésistible ascension du crypto-député est stoppée net en septembre 2020, lorsqu'il démissionne de ses fonctions de numéro 2 de LREM. Il dénonce alors « une organisation trop repliée sur elle-même et qui ne tient pas assez compte de ses "marcheurs", de ses élus locaux ou de ses parlementaires », et déplore que le parti « ne produise plus d'idées nouvelles ». Il n'est pas réinvesti en 2022.

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Commentaires 2
à écrit le 27/05/2022 à 0:03
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Cela peut se comprendre, le numérique ne remplit pas l'estomac des français en période d'hyper-inflation spéculative sur les matières premières alimentaires...

à écrit le 26/05/2022 à 6:53
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Rebonjour tristesse, incompétence et décadence. Cela ressemble aux chars d'assaut de Mr Poutine pour ne pas faire la guerre mais uniquement pour détruire.

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