Banques : le scénario très, très noir du stress test du gendarme européen

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C'est le scénario le plus sévère à ce jour depuis la première vague de tests de résistance des banques aux chocs remontant à 2014, a expliqué l'Autorité bancaire européenne.
C'est "le scénario le plus sévère à ce jour" depuis la première vague de tests de résistance des banques aux chocs remontant à 2014, a expliqué l'Autorité bancaire européenne. (Crédits : EBA)
L'Autorité bancaire européenne (EBA), qui déménagera bientôt à Paris, a lancé ce mercredi sa troisième vague de tests de résistance aux chocs auxquels elle va soumettre 48 banques de l'UE. Le scénario est "le plus sévère" jamais testé, soit deux années de récession et de fortes tensions sur les marchés financiers. Résultats d'ici au 2 novembre.

C'est une épreuve redoutée par les banques européennes : la troisième vague de "stress tests", les tests de résistance aux chocs, macro-économiques et financiers, qu'elles se doivent de pouvoir encaisser. L'Autorité bancaire européenne (EBA) en a donné le coup d'envoi ce mercredi en dévoilant les hypothèses qu'elle a imaginées : c'est "le scénario le plus sévère à ce jour" depuis la première édition remontant à 2014, souligne-t-elle dans un communiqué.

Ce scénario très, très noir serait celui de deux années consécutives de récession dans l'Union européenne, en 2018 (-1,2%) et en 2019 (-2,2%), suivies d'un modeste rebond en 2020 (+0,7%). Cela reviendrait à un écart de PIB de 8,3% en 2020 par rapport aux hypothèses actuelles de croissance dans l'UE, à un accroissement de 3,3 points du taux de chômage et à une chute de 27,7% des prix de l'immobilier par rapport aux estimations en vigueur. La sévérité de ces hypothèses se situe "entre le scénario négatif et le scénario extrêmement négatif" de la Fed américaine en 2017 estime l'ABE.

Ces tests seront appliqués à un échantillon de 48 banques représentant 70% des actifs bancaires de la zone euro, avec l'aide de la Banque centrale européenne (BCE). Les résultats seront publiés au plus tard le 2 novembre. Ils serviront à la BCE à affiner les niveaux de capitaux requis des banques qu'elle surveille.

La précédente vague, à l'été 2016, avait notamment la grande fragilité de la banque italienne Monte dei Paschi di Siena, renflouée par l'Etat italien l'an dernier.

Correction sur les marchés, dette publique et privée

L'ABE a identifié quatre risques systémiques et détaille les menaces les plus significatives pour la stabilité du secteur bancaire européen, qui peuvent en outre s'enchaîner par un effet boule de neige.

Tout d'abord, un risque de correction brutale sur les marchés financiers (d'actions et obligataires) mondiaux, dont "les valorisations sont élevées" souligne l'ABE : des tensions géopolitiques ou des changements d'attentes des investisseurs pourraient entraîner la chute de la valeur des actifs et une accentuation de la courbe des taux, donc des conditions de financement plus tendues.

Ensuite, l'impact d'un recul de l'activité économique et de la hausse du chômage sur la rentabilité déjà faible des banques de certains pays (on pense à l'Italie notamment).

Troisième menace : une éventuelle remontée des primes de risques (donc des taux) pourrait rendrait difficilement soutenables les dettes publiques et les dettes privées (des entreprises).

Enfin, les problèmes de liquidités dans la finance non bancaire : si les fonds d'investissement, les fonds de pension, les assurances, étaient contraints de brader des actifs, cela accentuerait la chute de la valeur de ces actifs et pourrait contaminer l'ensemble du système.

L'ABE, qui déménagera dans quelques mois de Londres à Paris à cause du Brexit, ne mentionne que très peu la sortie du Royaume-Uni de l'UE : elle indique que son scénario noir "balaie un large éventail de risques macroéconomiques associés au Brexit", notamment les effets sur les échanges commerciaux avec l'Union européenne.

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a écrit le 03/02/2018 à 12:41 :
Faut quand même tester la chute du PIB de 25-27% en cinq ans, comme cela fut le cas pour la Grèce (la France a eu une chute pareille pendant les 4 années de la Grande Guerre).
car, avec l'ordolibéraliseme aveugle et la rigueur imposés par l'Allemagne, on ne sait pas comment tout cela finira
a écrit le 01/02/2018 à 20:01 :
Je n'ai pas trouvé d'objectif en terme de CET-1 pour ce scénario catastrophe dans le document du ESRB mais l'exercice est intéressant.
Cordialement
a écrit le 01/02/2018 à 18:41 :
Si c'est une ''épreuve redoutée par les banques européennes'', c'est soit que plusieurs banques n'ont pas la capitalisation en fonds propres pour faire face à ces chocs, soit qu'elles ont une gouvernance tout à déficiente et laxiste, ou pire, que ces institutions sont a peu près nulles dans la gestion des risques.

Dans les tous les cas, ce qui est tout à fait inquiétant et aberrant c'est qu'un organisme de contrôle comme l'EBA doit faire le gendarme et le juge de paix pour surveiller et sanctionner les banques irresponsables et négligentes...

Les banques sont-elles vraiment si incapables de se réglementer et de s'auto-réguler par elle-même ? Si c'est le cas, voilà le véritable problème !
Réponse de le 02/02/2018 à 11:01 :
La sécurité financière d'une banque à un cout, qui est d'une manière ou d'une autre directement répercuté sur l'économie (taux d'intérêt plus élevés, facturation de services , politique de risque très prudente).
Si on met la barre trop haut, l'économie en patira.
Si on met la barre trop bas, les banques sautent en cas de crise majeur.
Cet ajustement est très difficile, et ne peut être laissé à la responsabilité des banques individuellement. L'auto-régulation d'un secteur économique, cela ne marche pas.
a écrit le 01/02/2018 à 11:36 :
Les banques sont aussi très dépendantes des politiques des divers pays, on a pu constater cela après la crise des subprimes.
Dans l’idéal il faudrait aussi prévoir des crash tests pour les pays constituant l’UE, les dispositifs de contrôle ne permettant pas toujours de déterminer lequel est susceptible de perturber l’équilibre de l'Euro Groupe.
Des chantiers sont en cours mais on ne sent pas encore l'esprit de cohésion. Suite à une simulation sérieuse, on peut espérer que si chaque pays est placé devant un scenario catastrophe ou devant ses contradictions, il prendrait conscience des risques et de ses responsabilités. Cela inciterait peut être tous les dirigeants à ramer dans le même sens et à accélérer la mutualisation de certains risques.
Sans vouloir jouer le rabat joie de service les risques sont nombreux, ne serais que la remontée des taux (https://www.pauljorion.com/blog/2018/01/30/la-dette-le-retour-par-francois-leclerc/#more-102310).
On a pu voir les effets du surendettement pour la Grèce, où les causes n’ont pu être corrigées par la mise sous tutelle. Ce n’est pas une raison pour faire « open bar », mais il semblerait qu’un excès de rigueur soit pire que le mal.
A une autre échelle, c'est aussi valable pour la France, actuellement plus préoccupée par des faits divers et déjà parasitée par des idéologies et ambitions politiques, à peine quelques mois après les présidentielles. Encore un record de zapping battu. Malgré la hauteur initialement prise par le Président, encore une fois on risque de sortir de la gouvernance pour sombrer dans les luttes de clans et « l’économie de cartier ». Au delà des symboles, on pourrait aussi considérer que le gouvernement à des choses plus sérieuses à faire que d’aller vérifier l’état du cheptel bovin, mais les critiques incessantes amplifiées par des médias en mal de luttes intestines, ont vite fait de dévier l'attention de la population de l’essentiel; à savoir le futur économique du pays dont décline toute le reste.

Bientôt les élections en Italie et d’après l’hebdo Internazionale ce seraient « les élections de l’embarras ».
On ne peut hypothéquer l’avenir d’un ensemble constitué de plus de 500 millions d’habitants à chaque élection ou divergence d’opinion. Il faudrait arriver à abstraire l’Euro de tous ces doutes, qui varient suivant les orientations politiques et les participations positives ou négatives de chaque pays, ou suivant les caprices ou l’égoïsme de chaque dirigeant en place et de ses concurrents.

Cela n’exonère en rien les banques de leurs responsabilités, notamment de veiller à l’équilibre des ratios de fonds propres durs et aussi de communiquer sur leur exposition au risque. Si elles le savent elles mêmes ? pour cela des outils existent basé sur le Big data, la Business Intelligence, l’agrégation des données, etc… Suivant la BCE et les recommandations du Comité de Bâle, norme BCBS 239… (https://www.bis.org/publ/bcbs239_fr.pdf).
a écrit le 01/02/2018 à 11:32 :
Macron veut encourager les français à placer leur argent en Bourse. Les marchés sont chers, l'économie peut subir une prochaine hausse des taux, le pétrole remonte. Il y a une bulle immobilière qui se développe. A chaque fois le même scénario depuis 30 ans, dès que les particuliers arrivent sur les marchés, le Krach n'est pas loin.
Réponse de le 01/02/2018 à 13:40 :
Je suis d'accord avec votre analyse. C'est en effet un très très mauvais moment pour entrer en Bourse.

Le scénario d'une correction boursière est non seulement vraisemblable pour les 18 prochains mois, mais si celle-ci se combine à une hausse marquée du pétrole, au maintien d'un taux de change à 1,25 eur/usd (ou plus) et à la remontée à 2,5% des taux de la FED d'ici la mi-2019, l'économie française va étouffer comme en 2008 mais avec un taux de chômage autour de 9% et 9,5% et qui va grimper en flèche.

Et ce qui n'arrange pas les choses, c'est que les réformes n'auront donner aucun répit à l'économie convalescente de la France. De plus, puisque ce n'est pas dans les plans de la BCE de remonter ses taux avant le 3è trimestre de 2019, elle n'aura à peu près aucune munition pour relancer l'économie de la zone euro.

L'Allemagne avec une dette publique autour de 60% de son PIB, un taux de chômage autour de 5%, des excédents faramineux de commerce extérieur et des finances publiques en bonne santé, l'État aura l'embarras du choix pour mettre en place toutes les mesures qu'il juge nécessaire pour relancer son économie.

Et l'écart se creusera encore davantage entre la France, l'Italie, l'Espagne d'un côté et l'Allemagne de l'autre.
Réponse de le 03/02/2018 à 11:15 :
@roccovichi Scenario prévisible et ineluctable. Le plus amusant, c’est qu’il y a 10 jours à peine, la presse eco claironnait que la France et l’Europe étaient de retour sur la scéne internationale.

L’euphorie n’aura pas duré longtemps... Et je ne parle pas de les legislatives italiennes de début mars ou 5 étoiles va arriver largement en tête..
a écrit le 01/02/2018 à 11:25 :
Ce genre de scénario catastrophe est une manipulation. Il y a une infime possibilité qu'il se réalise... mais il est bien moins sûr qu'il s'ancre dans l'inconscient collectif pour le préparer à accepter encore des réformes, des contraintes, des renoncements.
a écrit le 01/02/2018 à 9:00 :
Rien de tel pour nous préparer a un scénario noir, afin d'accélérer, au dépend des populations, la mise en place du dogme de cet administration qu'est l'UE Bruxelles.
a écrit le 01/02/2018 à 8:36 :
extrêmement noir ? -30% pour l'immobilier ce n'est pas grand chose après les 300% d'augmentation depuis 20ans
un peu d'action de la part de l'état (suppression des aides, contrôles airbnb, suppression niches fiscales - location meublée, abattement plus value, suppression des normes de construction française ajoutées aux normes européennes. ..) et l'immobilier fait -50% à -60%
Réponse de le 01/02/2018 à 10:19 :
il y a autant d'impots et taxes dans votre loyer de logement loué en nu que dans votre plein d'essence. 45%, 17,2%, 10%tf, 10%ifi, 8%agence dont 2%tva, travaux.....
Réponse de le 01/02/2018 à 11:35 :
Pour la suppression des niches fiscales, on est loin du compte. Il y en a 577
ce qui représente un manque à gagner pour les finances publiques de 100 milliards d'euros par an. Pour mémoire , l'IR ne rapporte que 79 milliards d'euros.

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