Ni colombe, ni faucon, Christine Lagarde impose son style direct à la BCE

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Christine Lagarde, jeudi 12 décembre 2019, au siège de la BCE à Francfort.
Christine Lagarde, jeudi 12 décembre 2019, au siège de la BCE à Francfort. (Crédits : BCE)
Pour sa première réunion de présentation de la politique monétaire, la nouvelle présidente de la Banque centrale européenne a montré sa maîtrise des dossiers et son style direct, dans un environnement qui donne des signes d'amélioration. La BCE, qui a maintenu ses taux sans surprise, va lancer en janvier la revue stratégique de ses outils de politique monétaire.

Sachant que chacun de ses mots serait soupesé, Christine Lagarde, qui préside la Banque centrale européenne (BCE) depuis le 1er novembre, a pris les devants ce jeudi 12 décembre, lors de sa toute première conférence de presse présentant la décision de politique monétaire prise par le Conseil des gouverneurs. La présidente de l'institution francfortoise n'a pas dérogé à la tradition de la lecture mot à mot du communiqué avant d'ajouter quelques remarques personnelles, dans le style alerte et direct qu'on lui connaît, rompant avec le ton monocorde de Mario Draghi, parfois surnommé Droopy.

"J'aurai mon propre style. Ne surinterprétez pas, n'essayez pas de deviner les intentions. Je serai moi-même, donc probablement différente", a prévenu Christine Lagarde en préambule. "Je ne suis ni une colombe, ni un faucon" a-t-elle ajouté, en référence aux surnoms donnés respectivement aux tenants de la politique monétaire souple et aux partisans de l'orthodoxie monétaire. "Mon ambition est d'être une chouette, que l'on associe souvent à une certaine sagesse", a-t-elle fait valoir.

L'ancienne directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), qui n'a pas de formation d'économiste ni d'expérience de banquier central à la différence de ses trois prédécesseurs à la tête de la BCE, a montré sa maîtrise des dossiers, sans céder la parole au vice-président Luis de Guindos, naviguant sans ciller des prévisions d'inflation aux TLTRO (les prêts aux banques) aux stablecoins. La décision du Conseil des gouverneurs elle-même était attendue : un maintien des taux d'intérêt à leur niveau historiquement bas. Quelques signes d'amélioration se font jour toutefois, "de premiers signaux d'une stabilisation du ralentissement de la croissance et d'une légère progression de l'inflation sous-jacente" : la BCE a abaissé sa prévision d'inflation en 2021 à 1,4% contre 1,5% mais attend une inflation de 1,6% en 2022. "Les chiffres vont dans la bonne direction. C'est encourageant" a commenté Christine Lagarde.

Climat, défis technologiques et e-euro

La présidente de la BCE s'est par conséquent davantage attardé sur le grand chantier de l'année prochaine : la revue stratégique de la "boîte à outils" de l'institution.

"La revue stratégique doit être complète, doit couvrir tous les sujets, soulever chaque pierre, et cela prendra du temps, mais pas trop. Mon objectif est de commencer courant janvier et de l'achever avant la fin 2020" a-t-elle indiqué.

Des membres du Parlement européen, des universitaires et des organisations de la société civile seront consultés pendant le processus, qui doit notamment servir à évaluer l'efficacité de chacun des outils de politique monétaire, individuellement et de par leurs effets combinés. Cette revue stratégique doit servir aussi à définir l'objectif de moyen terme de la BCE, dans le cadre de son mandat principal, la stabilité des prix : l'inflation "proche de, mais inférieur à 2%" qui figure dans tous ses communiqués de politique monétaire constitue-t-il un plafond ? faut-il préciser une fourchette (1,8%) ? est-il trop élevé ?

D'autres aspects seront abordés, notamment le changement climatique. "Nous verrons où et comment nous pouvons participer" à l'ambition du "Pacte vert" (Green Deal) de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Christine Lagarde a également cité les inégalités, qui se creusent, et les transformations technologiques comme autres défis majeurs à prendre en compte.

Interrogée sur la perspective d'un éventuel "e-euro" ou "euro digital", l'ancienne ministre de l'Economie et des Finances a indiqué que la BCE, qui a constitué une taskforce, allait accélérer ses efforts, avec l'appui des différentes ressources de l'Eurosystème, dont les pilotes et expérimentations des banques centrales nationales (comme celle annoncée par la Banque de France) en vue de définir les objectifs "d'ici à la mi 2020".

"Essayons-nous de réduire les coûts ? de supprimer les intermédiaires ? de faire de l'inclusion financière à bas coûts ?" a-t-elle soulevé. "Ma conviction personnelle est que, au vu des développements accélérés de projets de stablecoin [comme celui du Libra de Facebook, ndlr], nous avons intérêt à avoir une longueur d'avance".

Lire aussi : Face à Libra, la Banque de France va tester une monnaie digitale de banque centrale

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Commentaires
a écrit le 13/12/2019 à 12:36 :
Ni colombe ni faucon, non, atlantiste ! à la solde d'un Etat qui n'est pas le sien. Par carriérisme, par intérêt, comme beaucoup. Pas un exemple pour les jeunes, mais soyons rassurés, il y avait beaucoup de jeunes résistants pendant la dernière guerre et la Grande Bretagne "reprend du collier"...
a écrit le 13/12/2019 à 9:17 :
"l'inflation "proche de, mais inférieur à 2%" qui figure dans tous ses communiqués de politique monétaire constitue-t-il un plafond ? faut-il préciser une fourchette (1,8%) ? est-il trop élevé ?"

ET si déjà on parlait vrai ? Oui ce serait une véritable révolution en UE mais si déjà on se reposait sur de bons chiffres on serait bien plus efficace non ?

L'inflation calculée par le magasine "Que choisir", à savoir organisme qui ne fait que ça, étudier les prix et les produits, donne une augmentation de plus de 5% par an depuis 4 ans. Nous autres consommateurs sommes bien plus enclins à confirmer les chiffres de "que choisir" que ceux officiels rabotés pour le seul intérêt des financiers.
a écrit le 13/12/2019 à 9:00 :
J’aime bien comment nos journaux français aiment embellir les choses.
Pendant que les américains décrivent cette conférence et la prestation de Christine Lagarde comme identique à celle de Dragui, nos journalistes trouvent le moyen de dire qu’elle est complément différente.
J’espère qu’elle sera différent, je veux qu’elle soit différente mais pour le moment rien ne montre qu’elle l’est.
a écrit le 12/12/2019 à 23:08 :
Lagarde et les néoconservateurs us, une vieille histoire.. "Comme l’on pouvait s’y attendre, Christine Lagarde et le FMI montent au créneau pour dissuader les britanniques de voter en faveur du Brexit. Je publie ci-après la traduction – effectuée par l’UPR – d’un intéressant article, paru le 13 avril 2016 sur le site euobserver, relatif aux déclarations officielles du Fonds Monétaire International au sujet du Brexit.

Volant au secours du Premier ministre Cameron – de plus en plus en difficulté face au prochain référendum du 23 juin – Christine Lagarde, patronne du FMI situé à Washington, vient en effet de diffuser une analyse qui présente une vision effrayante des conséquences d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE. Histoire d’affoler les électeurs britanniques, bien entendu. Naturellement, les partisans du Brexit ont vivement réagi, en dénonçant la fausseté habituelle et le parti-pris politique récurrent des prévisions du FMI… Le lecteur anglophone pourra lire l’article original en anglais.

On l' vu à l' instant où les anglais se sont montrés désireux de retrouver la démocratie, plus anti Europe et pro atlantiste que Lagarde, plus anti nations que Lagarde, m' est avis que ça n' existe tout simplement pas.
En clair, Lagarde est le sujet qu' il fallait tout simplement à l' UE pour entretenir ses féodalités et ses paralysies voulues ..
Réponse de le 13/12/2019 à 7:55 :
Ne pas oublier que l'UPR est le résultat des décisions de la Libération qui nous conduisent au désastre actuel : DEHORS !!
a écrit le 12/12/2019 à 21:44 :
faites une escroquerie de 450 millions d'euro et vous êtes catapultée responsable en europe.....
a écrit le 12/12/2019 à 21:27 :
Ainsi donc la presidente de la BCE est toute puisssante pour definir seule evidemment la politique de la BCE !Je croyais que la BCE c'était des representants dans banques centrales nationnales ,que les decisions étaient discutées et passées aux votes proportionnel (des habitants ) et que la presidente de la BCE devait porter le resultat de ce vote face aux medias que cela lui plaise ou non !Il est loin l'époque de Trichet qui disait '''''nous avons decidés'''''là on fait croire qu'elle s'impose à tout le monde ce qui est faux ,le culte de la personnalité dans les medias surrement .......
Réponse de le 14/12/2019 à 17:25 :
@leon 12/12/2019 21:27.
Vous avez raison: pour qui se prend madame Christine Lagarde ? L'objectif de la BCE est clair: obtenir une inflation (ICPH) inférieur ou égal à 2% de façon prolongé. Les décisions sont prises par les membres des banques centrales (avec vote "tournant" c'est à dire que pas tous votent en même temps). Madame C; Lagarde parle beaucoup: investissements verts, relance budgétaire, etc... ) mais ce n'est pas son affaire. Elle sera vite rattrapée par les statuts/objectifs de la BCE, qui, à ma connaissance, ne peuvent être modifiés que par le Conseil Européen. Si nos amis Allemands, Hollandais ne veulent pas faire de relance budgétaire, ils ne feront pas un point c'est tout, quelle que soit l'opinion de Madame C. Lagarde.
Cordialement
a écrit le 12/12/2019 à 17:27 :
Le style tailleur Chanel et carré hermès...

Avec ça on est bien armé pour la crise qui nous pend au nez et que 83% des investisseurs institutionnels considèrent comme inévitable dans les 5 ans à venir.
a écrit le 12/12/2019 à 17:03 :
Elle a choisit un animal nocturne ! Nous entrons dans la nuit...

Black Owl ! Le trou noir de la finance !

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