Air Caraïbes et French Bee : les syndicats acceptent une baisse de salaire de 10%

La direction et les représentants du personnel des trois filiales aériennes du Groupe Dubreuil, Air Caraïbes, Air Caraïbes Atlantique et French Bee, ont signé des accords de baisse de salaire d'environ 10% en contrepartie du maintien des effectifs. Ces accords permettent d'améliorer la performance des compagnies (déjà plus compétitives que leurs concurrentes) à l'heure où la reprise sera longue, progressive et coûteuse.
Fabrice Gliszczynski

5 mn

(Crédits : Air Caraïbes – Harold Asencio)

En plein débat sur la baisse des salaires dans les entreprises pour préserver l'emploi pendant la crise, les trois compagnies aériennes du Groupe Dubreuil, Air Caraïbes (spécialisée sur la desserte du réseau régional antillais), Air Caraïbes Atlantique (spécialisée, elle, sur la desserte des Caraïbes et de la Guyane au départ de Paris) et la low-cost long-courrier French Bee, ont signé avec les représentants de chaque catégorie de personnel (pilote, hôtesses et stewards, et personnel au sol), des accords de performance collective réduisant pendant deux ans les salaires de près de 10%, comme l'a révélé Les Echos. Objectif : améliorer la performance financière du groupe qui sera déficitaire cette année, traverser la crise et revenir dans le vert dès 2021. Si des baisses de salaire ont déjà été observées dans le passé aux Etats-Unis, il s'agit d'une première dans le transport aérien français.

Neuf accords signés en un mois

S'appliquant à effet immédiat, de tels accords s'inscrivent dans le cadre des Ordonnances Macron sur la réforme du Code du travail en 2017. En contrepartie la direction s'est engagée à maintenir les effectifs. A la différence de Ryanair qui veut imposer une baisse brutale des salaires à ses employés, les trois compagnies du groupe Dubreuil ont joué la carte de la négociation. Neuf négociations parallèles (une avec chaque catégorie de personnels dans chacune des trois compagnies) ont été menées tambour battant pendant un mois. Un rythme et un résultat qui démontrent une nouvelle fois la réactivité de ces entreprises, reconnues pour l'efficacité de leur gestion. Rentable chaque année, le pôle aérien du Groupe Dubreuil, affiche l'une des meilleures structures de coûts du marché français.

La baisse salariale prend des formes différentes selon les catégories de personnels et selon les compagnies aériennes (abandon de tout ou partie du 13ème mois, renoncement à des primes, à des RTT, réduction de la rémunération des heures de nuit, révision de la grille salariale...), et touche tout le monde, dirigeants compris.

"Je salue le sens des responsabilités des représentants du personnel. La situation est grave. Nous subissons le coût de l'arrêt de l'activité depuis avril et nous subirons le coût du redémarrage qui sera long et progressif avec des recettes qui seront plus basses qu'avant la crise. Il nous faut donc réduire nos coûts, explique à La Tribune Marc Rochet, le vice-président du conseil d'administration d'Air Caraïbes et le président de French Bee, en rappelant que les économies ne touchent pas que le social mais également les fournisseurs ou les actionnaires.

Le Groupe Dubreuil a par exemple annulé trois mois de loyers d'avions que devaient payer Air Caraïbes et French Bee.

Interrogé sur les protestations que peut susciter ce type de mesures chez certains, Marc Rochet répond :

"Nous ne pouvons pas être dans le déni en imaginant que tout va repartir comme avant. Le mot "effort" n'est ni un tabou ni une injure. Oui, avec une telle crise, il faudra faire des efforts, oui il faudra travailler différemment, oui peut-être que l'on ne pourra plus être payé comme avant", fait-il valoir.

Et d'ajouter :

"Ces accords "sont équilibrés car la direction s'engage à maintenir les effectifs".

En améliorant les comptes des compagnies, ils permettront de conserver les ambitions de développement du groupe qui doit prendre livraison de cinq A350 au cours des prochaines années.

Ces accords comportent des points de rendez-vous entre la direction et les syndicats tous les six mois. Si d'aventure la situation s'améliorait plus rapidement que prévu, la direction saura s'en rappeler.

"Les salariés sont corrects. Nous serons corrects : l'entreprise est correcte avec les gens corrects", fait valoir Marc Rochet.

Reprise des vols

En baissant sa masse salariale de 10%, Air Caraïbes et French Bee vont pouvoir appréhender le redémarrage de son activité le 12 juin dans de meilleures conditions. Après deux et demi d'arrêt à cause de la crise sanitaire, le groupe prévoit de reprendre ses vols long-courriers au départ de Paris vers Fort-de-France, Pointe-à-Pitre, Cayenne, La Réunion et Saint-Martin (en correspondance via Pointe-à-Pitre). Les deux compagnies démarreront de Roissy puis reviendront à Orly le 26 juin lors de sa réouverture.

"Les réservations augmentent depuis une quinzaine de jours. Elles ont dépassé la moitié du niveau atteint l'an dernier", explique Marc Rochet.

Par ailleurs, ces accords ne peuvent que faciliter l'obtention du prêt garanti par l'Etat, en cours de finalisation.

Enfin, avec ces accords, le Groupe Dubreuil met la pression sur les autres compagnies aériennes. Au premier rang desquelles Corsair, positionnée sur les mêmes axes qu'Air Caraïbes et French Bee. Disposant déjà d'une structure de coûts plus lourde que celle des deux compagnies du groupe Dubreuil, Corsair devra prendre des mesures de réduction de coûts plus dures encore si elle espère revenir à des niveaux similaires à ceux d'Air Caraïbes et French Bee.

Lire aussi : Transport aérien : une sanglante guerre des prix se profile avant une consolidation du marché

Lire aussi : British Airways, SAS..., les charrettes de licenciements commencent dans le ciel européen

Fabrice Gliszczynski

5 mn

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Commentaires 7
à écrit le 06/06/2020 à 10:29
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C'est toute la différence qui éclate au grand jour entre un groupe privé bien géré, des syndicats responsables et non politisés, et les canards boiteux ex nationalisés comme AIR FRANCE.

le 06/06/2020 à 13:59
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Air France est privatisée depuis plusieurs années ! Nombreux, peut-être comme vous, nous prenaient à partie quand AF était nationalisée et pourtant se substituait à leur compagnie privée défaillante pour ensuite une fois AF privatisée, nous insulter ...

à écrit le 05/06/2020 à 14:05
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Voilà une démarche qui devrait être imposée aux pilotes d'Air France ! Une réduction des salaires dégressive en fonction des montants pourrait se faire avec des taux allant de 25% pour les plus hauts salaires à 0% pour les jeunes pilotes sans ancienn...

le 05/06/2020 à 17:37
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Relaxez vous, il n’est pas question d’Air France dans cet article... Usurper le nom de Didier Daurat pour écrire un commentaire sur l’aviation me paraît extrêmement limite.

le 05/06/2020 à 21:17
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Les pilotes ont déjà subi une baisse de salaire avec la baisse de l’activité, qui permet d’absorber un sureffectif d’au moins 25%. Ça veut dire baisse de salaire pour chaque pilote d’au moins 25%, situation qui va durer sachant qu’ils ne voleront pa...

le 06/06/2020 à 19:30
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AF, créée en 33 sur les restes de l'Aéropostale, est devenue à la veille de la 2nde guerre mondiale, et en moins de 10 ans, la 3eme cie aérienne mondiale. DD y a brillamment terminé sa carrière. A lire votre commentaire en son nom, ça lui foutrait ...

le 08/06/2020 à 11:09
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réponse @Re. Les pilotes d'Air France n'ont pas subi une baisse de leur salaire de 25% avec le virus. L'accord signé leur assure la quasi totalité de leur revenu. Dénoncez la situation privilégiée des pilotes d'A.F. ce n'est pas s'en prendre à cette ...

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