Eurofighter, A330 MRTT, Casa C295, H145... bloqués à l'export : Berlin fragilise Airbus

MBDA Meteor Eurofighter Arabie Saoudite Allemagne exportation
MBDA

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La liste des équipements aéronautiques civils et militaires d'Airbus bloqués par les règles d'exportation de l'Allemagne devient longue, très longue. Selon nos informations, outre l'avion de combat Eurofighter Typhoon (vente et livraison) et le missile air-air Meteor, Berlin bloque également la vente de l'avion de ravitaillement A330-MRTT ainsi que les livraisons de l'hélicoptère H145 et de l'avion de transport CASA C295. "Cela nous rend fous, depuis des années à Airbus, que la partie allemande se donne le droit de bloquer la vente, disons, d'un hélicoptère français alors que seule une pièce allemande minuscule est entrée dans sa fabrication", avait expliqué le 16 février le président exécutif d'Airbus, Tom Enders.
Depuis octobre dernier, à la suite de l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul, l'Allemagne a durci ses règles d'exportations vis-à-vis de l'Arabie Saoudite. Elle a décidé unilatéralement de suspendre ses ventes d'armes à Ryad, son deuxième marché après l'Algérie. Toutefois, Berlin bloque également des livraisons et des ventes vers d'autres pays, notamment les Emirats Arabes Unis, l'Egypte, voire l'Inde et l'Indonésie. Ces décisions ont un impact significatif sur les exportations d'armes des pays (France, Grande-Bretagne, Espagne...) avec qui les industriels allemands ont noué des coopérations (Eurofighter, Tornado, A330 MRTT, missile Meteor...). "L'Allemagne est tellement isolée sur ce dossier que nous ne comprenons pas comment les politiciens allemands ne comprennent pas cela", explique-t-on de source proche du dossier.
Le fleuron de la coopération franco-allemande, au centre de très nombreux programmes d'armement européens, est aujourd'hui de plus en plus fragilisé par les règles strictes d'exportation de l'Allemagne. La Tribune avait révélé que Berlin bloquait la livraison à l'Arabie Saoudite du missile air-air Meteor de MBDA, qui est détenu à 37,5% par Airbus. L'Eurofighter Typhoon (dont le consortium est détenu à 46% par Airbus) et le Tornado sont également dans le collimateur de l'administration allemande.
Selon nos informations, elle bloque les mises à jour des programmes informatiques du Typhoon qui font partie d'un package de vente à destination de l'Arabie Saoudite. Mais comme ce sont packages globaux, Berlin bloque en réalité la livraison pour tous les autres clients, y compris... pour l'armée de l'air allemande, a-t-on expliqué à La Tribune de source proche du dossier. Les Allemands ont demandé aux Britanniques d'enlever les Saoudiens de ce package mais Londres a refusé. Enfin, Londres espère vendre depuis plusieurs mois 48 Typhoon à Ryad mais la position allemande en matière d'exportation complique fortement cette opération.
Une situation à l'identique pour l'A330 MRTT, dont 15% de l'avion est produit par les industriels allemands. Déjà acheté par l'Arabie Saoudite, cette dernière souhaite à terme compléter sa flotte d'avions-ravitailleurs. En outre, l'Allemagne bloque la livraison des deux derniers hélicoptères H145 d'un contrat portant sur la vente de 23 appareils au ministère de l'Intérieur saoudien. Ces hélicoptères civils, qui ne sont pas armés, ont été achetés par le ministère de l'Intérieur saoudien pour des missions de surveillance. Enfin, elle a également suspendu la licence d'exportation portant sur des livraisons aux Emirats Arabes Unis des deux derniers avions de transport Casa C295 sur une commande de cinq appareils. Aussi incroyable que cela puisse être possible, ce blocage est rendu possible parce que les industriels allemands produisent... des équipements très mineurs sur le C295 comme des conduites hydrauliques ou les phares d'atterrissage.
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Cette situation pourrait hypothéquer à terme la participation de l'industrie allemande dans les futurs programmes européens en coopération, notamment le Système de combat aérien du futur (SCAF), le futur char de combat européen (MGCS) ou l'avion de patrouille maritime. Dans sa lettre adressée à son homologue allemand Heiko Maas, le ministre britannique des Affaires étrangères Jeremy Hunt a averti que "si l'Allemagne cherche à l'avenir à développer des capacités de défense futures avec des partenaires européens, le gel des exportations vers l'Arabie Saoudite va créer un manque de confiance dans la fiabilité de l'Allemagne en tant que partenaire et dans sa volonté d'exporter conjointement vers des pays tiers".
"Apparemment, les Français et les Allemands en discutent (de règles communes d'exportation, ndlr) et essaient de s'entendre sur une nouvelle réglementation (...). Mais pour le moment, ça ne donne aucun résultat", avait noté Tom Enders. Contrairement à ce qu'avait affirmé le Spiegel, qui avait révélé l'existence d'un accord secret entre la France et l'Allemagne. Selon nos informations, cet accord n'a pas été ratifié et pourrait l'être avant le salon du Bourget qui se déroule en juin prochain."Il existe mais il n'est pas signé", affirme-t-on à La Tribune.
S'agissant de l'Arabie Saoudite, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a rappelé lors d'une conférence de presse commune avec son homologue britannique à Berlin.que "notre position est que nous ne livrerons pas d'armes à Ryad pour le moment et que la décision future dépendra de la manière dont évolue le conflit au Yémen". L'Allemagne, a précisé Heiko Maas, attend un éventuel "processus durable" de paix dans ce conflit qui a fait quelque 10.000 morts depuis 2015. "Nous comprenons la position allemande, je crois que les Allemands comprennent la nôtre", a pour sa part estimé Jeremy Hunt. Selon lui, stopper les livraisons d'armes "réduirait l'influence" britannique et européenne sur l'Arabie Saoudite et serait contre-productive.
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La Grande-Bretagne souhaite conserver "une relation particulière" avec Ryad, y compris pour aider à trouver une solution diplomatique au conflit du Yémen, a rappelé Jeremy Hunt. En outre, la suspension des livraisons de pièces allemandes pour des avions de combat, comme le Typhoon d'Eurofighter ou le Tornado, empêchent les sociétés britanniques de remplir leur contrat, écrit-il notamment. Selon Jeremy Hunt, le constructeur britannique BAE Systems risque d'avoir à verser des dédommagements aux Saoudiens. Plus de 500 fournisseurs de BAE Systems seraient dans la même situation, a-t-il affirmé.