Air France et Transavia : une équation à multiples inconnues

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Il est difficile en effet d'imaginer les pilotes négocier les accords de compétitivité du prochain Plan Perfom 2020, qui vont au-delà du seul dossier de Transavia.
Il est difficile en effet d'imaginer les pilotes négocier les accords de compétitivité du prochain Plan Perfom 2020, qui vont au-delà du seul dossier de Transavia. (Crédits : reuters.com)
Les pilotes ont mis fin à leur mouvement après 14 jours de grève sans que la situation concernant le développement de Transavia n'ait bougé d'un iota. Quelles sont les possibilités? Avec quelles conséquences? Décryptage.

Près de 300 millions d'euros. C'est le montant de la perte d'exploitation estimée par certains analystes. Pour quel résultat ? Pas grand-chose. Après 14 jours d'un conflit très dur avec les pilotes, la fin de la grève du SNPL intervenue ce dimanche pose en effet plus de questions qu'elle n'en résout.

Statu quo pour Transavia France

D'un côté, la direction a été contrainte d'enterrer son ambitieux projet de créer une compagnie low-cost paneuropéenne. De l'autre, les syndicats de pilotes ont échoué à imposer leur modèle de développement de Transavia France à la direction. A savoir, la constitution d'un groupe unique de pilotes Air France et Transavia disposant tous d'un contrat Air France. Mais le SNPL n'a pas non plus signé les propositions de la direction visant notamment à supprimer la disposition de l'accord de création de Transavia France, signé en 2007 avec le SNPL Air France, laquelle limite la flotte de la compagnie à 14 appareils.

La direction veut un développement accéléré de Transavia France, sans délai

Résultat, sans accord, l'épineux dossier des conditions de travail des pilotes d'Air France qui iront voler chez Transavia n'a pas avancé d'un iota. L'accord de création de Transavia France demeure. Limitant Transavia France à 14 avions, il est incompatible avec le projet de la direction de "poursuivre sans délai le développement accéléré de Transavia France", comme l'a indiqué la compagnie dimanche dans la foulée de l'annonce de l'arrêt de la grève du SNPL.
Or, pour que « Transavia France devienne un relais de croissance majeur pour le groupe », il n'y a que deux solutions. Soit la direction et les syndicats parviennent à s'entendre et négocient un nouvel accord. Soit la direction dénonce l'accord actuel. Deux possibilités qui ont chacune leur lot d'inconvénients. Même si la première semble privilégiée.

Direction et syndicats peuvent-ils s'entendre?

En effet, si les deux parties se remettent autour de la table, seront-elles capables non seulement de se mettre enfin d'accord, mais surtout de le faire rapidement. Car Air France-KLM a déjà commandé 7 avions pour assurer le développement de Transavia France l'an prochain, plus précisément à partir du printemps. Un calendrier qui impose un début de commercialisation des vols en décembre. Compliqué au regard du sentiment de défiance qui habite la direction et les pilotes. D'autant que les élections professionnelles prévues en mars 2015 à Air France ne faciliteront pas les choses. Compliqué aussi vis-à-vis des pilotes de Transavia. S'ils s'estiment lésés, ils ont déjà prévenu qu'ils s'opposeraient à tout accord entre la direction et le SNPL Air France.

La menace de dénoncer les accords

Evoquée pendant le conflit par la direction, la dénonciation de l'accord de 2007 est un schéma aux conséquences très incertaines. Car une telle décision risquerait de mettre à nouveau de l'huile sur le feu avec les pilotes qui y verraient une « nouvelle agression de la direction ». Car, 15 mois après la dénonciation, la direction pourrait imposer de manière unilatérale ses conditions de travail. Pour contourner cette durée de 15 mois, la direction a indiqué qu'elle mettrait les moyens pour développer Transavia.

"Durant ces 15 mois, on serait amené à trouver les moyens de créer le réceptacle aux avions et aux emplois qui permettra de développer Transavia France", avait déclaré la semaine dernière le PDG d'Air France-KLM, Alexandre de Juniac.

La création d'une deuxième Transavia France pourrait être une possibilité.

Si ce passage en force aurait le mérite de confirmer l'ambition du groupe de développer une offre low-cost conséquente, un schéma qui sortirait du cadre contractuel n'en est pas moins risqué. Car, dans ce scénario, il est difficile en effet d'imaginer les pilotes négocier les accords de compétitivité du prochain Plan Perfom 2020, qui vont au-delà du seul dossier de Transavia. Auquel cas, il y a un risque qu'ils soient suivis par les autres catégories professionnelles.

Or ces accords de compétitivité sont cruciaux pour Air France-KLM. Le groupe vise en effet des réductions de coûts unitaires très importantes d'ici à trois ans pour atteindre une rentabilité jamais observée depuis sa création.

Les syndicats déchirés à la veille des élections professionnelles

Pour ne rien arranger, la négociation de ces nouveaux accords d'entreprise sera polluée par les prochaines élections professionnelles. En campagne, les syndicats ne seront pas tentés de contractualiser avec la direction. D'autant que la grève a déchiré la quasi-totalité des organisations professionnelles. Au sein de presque toutes les organisations, le conflit a généré des débats houleux entre ceux qui étaient solidaires des pilotes et les autres. Notamment les syndicats confédéraux qui comptent comme affiliés des syndicats corporatistes d'hôtesses et de stewards.

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a écrit le 01/10/2014 à 1:34 :
Après avoir bloqué le pays et quasi ruiné les efforts du reste des personnels de la compagnie, après avoir cherché (ils continuent d'ailleurs) à obtenir des promotions chez Transavia au détriment des pilotes de Transavia (tiens, là, la solidarité n'existe plus !), voilà maintenant qu'après 14 jours de grève soit disant très suivie, les pilotes essaient de gruger sur le décompte des jours de grève, en se déclarant gréviste uniquement 1 jour sur trois lorsqu'ils étaient prévus sur une rotation long courrier de 3 jours !!
Ils n'ont pas d'Amour propre !!!
a écrit le 01/10/2014 à 1:34 :
Après avoir bloqué le pays et quasi ruiné les efforts du reste des personnels de la compagnie, après avoir cherché (ils continuent d'ailleurs) à obtenir des promotions chez Transavia au détriment des pilotes de Transavia (tiens, là, la solidarité n'existe plus !), voilà maintenant qu'après 14 jours de grève soit disant très suivie, les pilotes essaient de gruger sur le décompte des jours de grève, en se déclarant gréviste uniquement 1 jour sur trois lorsqu'ils étaient prévus sur une rotation long courrier de 3 jours !!
Ils n'ont pas d'Amour propre !!!
a écrit le 30/09/2014 à 16:11 :
AF y va tout droit, merci aux syndicats qui sous couvert de défendre les intérêts des "nantis" de pilotes, j'ose le mot, vont conduire l'entreprise en liquidation judicière...dans 2 ou 3 ans maximum...
a écrit le 30/09/2014 à 14:10 :
quelle inconnue ? AF va droit au crash et là l' expérience ...
a écrit le 30/09/2014 à 12:54 :
Je ne vois pas qu'elle est la légitimité des syndicats d'AF pour discuter des conditions sociales de Transavia ? Quelqu'un peut-il m'expliquer ?
Réponse de le 01/10/2014 à 1:28 :
Ils veulent, chez AF, avoir une priorité de promotion sur l'ensemble des postes du groupes, y compris chez Transavia, sur les pilotes de transavia !
Ainsi, pour devenir commandant de bord chez transavia, un pilote AF (selon leurs exigences) de 3 ans d'expérience aurait priorité sur un pilote transavia équivalent... de 8 ans d'expérience !! Et ce, même si l'expérience du pilote AF est sur Airbus et celle du pilote transavia est sur le même Boeing que pour le poste convoité !!!
Qu'elle légitimité : la loi du plus fort !
a écrit le 30/09/2014 à 12:17 :
Malgré les caractéristiques particulières d'AF, entre autres dues à son histoire, la direction doit pouvoir développer son entreprise, y compris au travers de filiale(s), comme elle le juge bon en fonction du marché. Quant aux salariés, quel que soit leur niveau, si les conditions ne leur plaisent pas, qu'ils aillent voir ailleurs. C'est me semble-t-il le mode de fonctionnement de toutes les entreprises privées.
a écrit le 30/09/2014 à 11:35 :
il faudrait avant tout que l'etat donne des chances à AF pour évoluer dans un contexte de concurrence plus loyal .Suppression des aides de cci aux low cost , arrêter les prelèvements d'adp qui augmente ses taxes de 5% tous les ans ,refuser l'ouverture de nouvelles lignes aux compagnies du golfe qui procèdent au chantage d'achats d'airbus , supprimer la taxe imbecile chirac que hollande vient d'augmenter de 14%.
Les salaires des pilotes ne sont pas en cause , ils sont comparables à ceux de british airways , lufthansa , et des compagnies americaines .
Réponse de le 30/09/2014 à 17:44 :
Supprimer les aides des CCI ... donc Air France n'en recevrait plus ... Museler ADP ... vous prônez donc la dictature. Supprimer la taxe Chirac ... Taxe que chaque compagnie décollant de France paye ... Protectionnisme pour les slots ... on en revient à une dictature. Je pense que ça prouve toute le crédit qu'on peut vous accorder
Réponse de le 30/09/2014 à 21:56 :
Rappel : les concurrents de Transavia s'appellent Vueling et pas British airways, Germanwings et pas LH, mais aussi Easyjet et Ryanair !!
Les retraites complémentaires sont elles les mêmes chez eux que pour les pilotes AF ? Le nombre d'heures de vol est-il le même (630h pour AF, 900h pour les lowcosts européennes !!)
a écrit le 30/09/2014 à 11:00 :
Et, avant tout, une catastrophe sur le plan international.........
a écrit le 30/09/2014 à 10:48 :
Autant l'attitude de Valls qui a soutenu la direction et le projet est exemplaire, autant celle du ministre du transport a été lamentable. Quand on gouverne il faut savoir de quel coté on se place. Air France a raison de vouloir aller vite car easyJet, Ryannair , Vueling et les autres ont dejà pris beaucoup d'avance. Les pilotes ont clairement perdu la bataille de la communication et leur image est très sérieusement et durablement degradée au yeux du public. Ils ne sont plus, a avoir voulu aller trop loin, crédibles ni en mesure de peser sur l'évolution future d'AIr France. Cest d'ailleurs plutot une bonne chose. A chacun sa place , les pilotes aux commendes de leurs appareils , la direction aux commandes de l'entreprise.
Réponse de le 30/09/2014 à 11:36 :
En effet. On aurait même apprécié que les politiques s'emparent du problème: l'inéquité des conditions sociales/fiscales dans l'UE. A armes égales (dont on peut penser que c'était le socle de la position de de Juniac), pas sûr que la tendance actuelle aurait perduré. D'autant plus que, si les low cost se mettent à courtiser la "haute contribution", c'est peut être qu'ils ont atteint le pic de la recette minimale. Le savoir faire d'Air France en matière de yield management, reconnu il y a peu comme dominant, ne s'est pas évanoui ex abrupto. Comment penser qu'avec des remplissages de 91% elle puisse ne pas gagner d'argent ? Des coûts monstrueusement "hors comparaison" ? La tentative, piteusement avortée, il y a quelques saisons d'un vol Londres/Californie était un coup d'essai. De Juniac pousse la logique là où c'est le plus pressé: le moyen courrier. Introduire des "garde fous" sociaux ne semble pas inconcevable. S'il disparaît au profit des low cost, alors le "coeur de métier" d'Air France (le long courrier, cf Spinetta) aura du souci à se faire, par manque d'alimentation. A moins de faire racheter... par Easyjet ???
Réponse de le 30/09/2014 à 12:21 :
c'est vrailment vous @pm quelle évolution de discours! Bravo
Réponse de le 30/09/2014 à 17:06 :
Il n'y a pas d'évolution. Puisque l'UE favorise les pirates, alors que vivent les corsaires ! Si, en introduisant (au hasard), un Porto/Munich, aux couleurs de Transavia, on gêne les low cost dans leur développement, alors c'est bon pour le groupe Air France KLM. Que les pilotes exigent que ce type de vol (aux conditions locales), ne soit pas "importé" sur le marché Europe/France, c'est logique. Par contre, que la compagnie ait les mains libres pour le marché Europe/Europe ! NB Voir le post de latour, plus haut. Là où ça diverge c'est lorsqu'il dit que le salaire n'est pas un problème.
Le risque, pour Air France est multiple:
- si les représentants des pilotes (généralement pas concernés car employés sur long courrier) recommencent leur agitation en Décembre...
- si KLM "en a marre", et parvient à sortir du groupe NB l'hypothèse selon laquelle le développement Europe/Europe était confié à Transavia hollande engendrerait, à n'en pas douter, un mouvement en France...
- si, malgré les remplissages record, le moyen courrier n'est pas rentable
- si l'objectif inavoué, c'est "de se faire de Juniac", pour qu'il soit remplacé par un plus servile
- si les finances se dégradent vite
alors le recentrement sur le long courrier risque de ne pas suffire. Et cette compagnie risque de devenir une proie (valorisation 2,2 MMEUR), ne serait ce qu'en raison de son portefeuille de slots. Pas sûr que les pilotes y gagneraient.
a écrit le 30/09/2014 à 10:12 :
Quelles sont les différences entre les différents statuts des entreprises en ce qui concerne les charges sociales, la fiscalité du capital, et autres rubriques. Merci.

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