"Sensibiliser, inciter, réglementer" François-Michel Lambert

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[24 Tribunes pour la COP24 | 19/24 ] La logique holistique qui prévaut dans l'économie circulaire (prise en compte de l'ensemble du cycle de vie des biens et des services) nous impose de prendre en compte les flux directs, liés à la production et à la consommation directe de ressources sur le territoire national - mais aussi les flux indirects : ressources et émissions liées à l'extraction, à la transformation puis au transport de produits importés, puis consommés en France. Par François-Michel Lambert, Député des Bouches-du-Rhône et président de l’Institut national de l’économie circulaire

En intégrant ces derniers flux, on observe que les émissions de CO2 de la France ont augmenté depuis 1990, contrairement à ce qui est généralement admis. En partant de ce constat, une part importante de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) telles qu'elles sont actuellement mesurées est en fait liée à l'externalisation ou à la délocalisation de certaines productions industrielles en dehors des frontières françaises.

Une politique efficace de transition énergétique suppose donc la mise en œuvre effective des principes de l'économie circulaire, reposant notamment sur la sobriété et une utilisation plus efficace des ressources, matières et énergétiques sur l'ensemble de la chaîne de valeur. L'« énergie grise » liée à la production des produits et des infrastructures est souvent insuffisamment considérée alors qu'elle est fortement consommatrice d'énergie et donc émettrice de GES. Cet état de fait est régulièrement mis en avant par les travaux du Giec, notamment dans les rapports consacrés à l'identification des solutions. Les principaux leviers de mise en œuvre de l'économie circulaire que constituent l'écoconception, l'écologie industrielle et territoriale, l'économie de fonctionnalité ou la révolution numérique sont autant de modes d'action à destination des territoires et des entreprises pour réduire les émissions de GES.

De plus, la transition bas carbone n'est viable que si elle s'accompagne de bénéfices sociétaux, et notamment de créations d'emplois. Comme cela est montré par l'étude « L'économie circulaire et ses bénéfices sociétaux » (2015), l'économie circulaire permet d'engager cette trajectoire. Réalisée par le Club de Rome, en partenariat avec l'Institut national de l'économie circulaire, celle-ci évalue les bénéfices sociétaux liés à la mise en œuvre de la transition vers l'économie circulaire dans cinq pays européens. Elle démontre que les politiques liées à l'efficacité des matières (allongement de la durée de vie des produits, développement du réemploi et du recyclage, etc.) permettraient de générer en France plus de 300 000 nouveaux emplois, en reportant les efforts portés sur la productivité du travail vers la productivité des ressources, tout en contribuant fortement à la diminution des émissions de GES.

Si la prise de conscience sociétale sur la nécessité de changer nos modes de production et de consommation est bien réelle, les solutions mises en œuvre à travers les politiques publiques et les stratégies d'entreprises ne sont aujourd'hui pas suffisantes pour répondre à l'ampleur des défis socio-économiques et environnementaux du xxie siècle. La sensibilisation, l'incitation, la réglementation et la fiscalité sont les quatre principaux leviers à mobiliser pour accélérer la transition de modèle économique. La France a posé les bases de ce travail à travers la loi de transition énergétique pour une croissance verte et la feuille de route économie circulaire. Elle doit maintenir le cap, accélérer la cadence et devenir un leader européen et mondial, capable d'entraîner une dynamique internationale sur le sujet, comme elle a déjà su le faire dans le cadre de la COP21.

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La Tribune a demandé à 12 chefs d'entreprise et 
12 experts de formuler une solution pour sauver la planète.

Isabelle Kocher - Engie | Alexandre de Juniac - IATA | 
Jean-Pascal Tricoire - Schneider Electric | Antoine Frérot - Veolia | 
Jean-Laurent Bonnafé - BNP Paribas | Guillaume Poitrinal - Woodeum |
Thomas Buberl - Axa | Alain Dinin - Nexity | 
Laurence Tubiana - Fondation européenne pour le climat | 
Frédéric Rodriguez - Greenflex | Laurent Solly - Facebook | 
Arnaud Leroy - l'Ademe | Jean-Yves Le Gall - Cnes | 
Cécile Maisonneuve - Fabrique de la Cité | Sylvie Goulard - Banque de France |
Chantal Jouanno - CNDP | Karima Delli - Députée européenne | 
Alain Grandjean - Carbone 4 | François-Michel Lambert - Député | 
Frédéric Mazzella - Blablacar | Eric Scotto Akuo - Energy 
Dominique Bourg - Philosophe | Cyril Dion - Réalisateur 
Patrick Criqui - CNRS.

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Commentaires
a écrit le 09/12/2018 à 18:29 :
La sensibilisation, l'incitation, la réglementation et la fiscalité? Faut-il comprendre: facilité à entreprendre grâce à la déréglementation, accélération du retour sur investissement grâce à la baisse des impôts, augmentation du pouvoir d'achat grâce la croissance du niveau de vie, et au partage équitable entre les facteurs des fruits de la production.

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