La startup Firmfunding veut accélérer le développement des PME grâce à la dette privée

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(Crédits : Firmfunding)
La Fintech Firmfunding a développé une plateforme de financement obligataire à destination des PME et ETI, lancée officiellement fin 2017. Une vingtaine d'entreprises, à 70% en région, s'y sont financées. La startup a récemment levé 1 million d'euros pour accélérer son développement.

Démocratiser l'emprunt obligataire auprès des PME et ETI françaises grâce au digital. C'est l'objectif que s'est fixé la Fintech FirmFunding, qui a développé une place de marché en ligne permettant de mettre en relation les fonds de dette d'un côté et les entreprises en quête de financement de l'autre.

Pour une entreprise, l'emprunt obligataire (que l'on appelle aussi dette privée) consiste à émettre des obligations que des investisseurs achètent. L'entreprise emprunteuse doit verser un intérêt périodiquement, tandis que le capital n'est remboursé qu'à une date prévue. Un emprunt obligataire est donc un titre de créance.

L'emprunt obligataire très peu connu des PME

Alors que le recours à la dette privée a fortement progressé entre 2006 et 2016 pour les grands groupes et les ETI, ce mode de financement reste très peu sollicité par les PME. Une étude de la Banque de France, publiée en 2018, montre ainsi qu'en matière de financement non dilutif, le crédit bancaire reste, en 2016, largement majoritaire chez les PME (83%) comparé à la dette privée (7%), en hausse de seulement cinq points en 10 ans.

Graphe Banque de France évolution dette privée

Selon l'institut de sondage et de conseil Viavoice, cette faible popularité est directement liée à un défaut de notoriété de ce mode de financement auprès des dirigeants des petites et moyennes entreprises et des personnes qui les accompagnent, bien souvent des experts comptables. Sur les 284 dirigeants d'entreprise (réalisant un chiffre d'affaires compris entre 10 et 100 millions d'euros) sondés par Viavoice pour Firmfunding, seuls 33% déclarent connaître le principe de l'emprunt obligataire.

Fondée par Florence Vasilescu,  qui a fait ses armes chez Mazars, JP Morgan, Crédit Agricole CIB, puis l'Autorité des marchés financiers (AMF), la Fintech FirmFunding a développé une place de marché en ligne permettant aux PME et ETI de financer leurs projets de développement dès un million d'euros.

"Le financement par emprunt obligataire présente trois caractéristiques : il est non dilutif, il n'est pas en compétition avec le prêt bancaire car il permet de financer d'autres besoins comme la R&D ou une acquisition, et il s'agit d'un remboursement in fine", expose l'entrepreneuse. "De quoi faire une acquisition et avoir le temps de l'intégrer sans que cela ne pèse sur les flux de trésorerie", illustre-t-elle.

Une vingtaine de PME financées... essentiellement en régions

Contrairement à une plateforme de prêts participatifs comme October ou PretUp par exemple, Firmfunding, n'est pas accessible directement aux PME et ETI mais aux conseils en haut de bilan, c'est-à-dire les "boutiques" M&A (banques spécialisées en fusions et acquisitions) et les fonds de private-equity, qui présentent des dossiers d'entreprises en quête de financement. Un algorithme développé par la Fintech permet ensuite d'alerter directement les fonds de dette connectés à la plateforme lorsqu'un nouveau dossier correspond à leur stratégie d'investissement.

Aujourd'hui, Firmfunding revendique 180 investisseurs professionnels inscrits, essentiellement des sociétés de gestion et quelques "family offices", qui disposent d'une capacité totale d'investissement de 2 milliards d'euros, et 90 conseils haut de bilan. Lancée officiellement fin 2017, après avoir obtenu l'agrément d'agent de prestataire de services de paiements, la plateforme a permis de financer une vingtaine de PME de secteurs variés (agro-alimentaire, industrie, services B2B ou B2C, médias, énergies vertes, ou encore immobilier) pour un montant total de 140 millions d'euros.

Parmi elles, les vignobles Bonfils, qui réalisent un chiffre d'affaires annuel de 50 millions d'euros. La PME a obtenu un financement de 3 millions d'euros auprès d'un family office pour financer la sortie d'un actionnaire minoritaire de son capital. "L'entreprise a pu obtenir les fonds en moins de 6 semaines", assure Florence Vasilescu.

Sur l'ensemble des entreprises financées via Firmfunding, 70% se situent en région.

"Derrière cet accès au financement alternatif, il y a une vraie question d'emplois et d'enjeu pour les territoires. La France crée beaucoup d'entreprises, mais peine à les faire grandir", souligne l'entrepreneuse.

Première levée de fonds de 1 million d'euros

Firmfunding a déjà financé des PME étrangères, notamment en Italie, et prévoit d'accélérer son développement européen dans les mois à venir. Pour ce faire, elle a finalisé, en avril dernier, une première levée de fonds d'un million d'euros auprès de Fiblac (family office de la compagnie d'assurances Albingia), Duval Venture (family office de Groupe Duval) et de plusieurs business angels dont Hugues Le Bret, cofondateur de Nickel.

En Europe, d'autres places de marché de dette privée se sont développées, comme Codeinvesting au Royaume-Uni. Plus largement, le financement des entreprises, quel que soit sa nature,  tend à se digitaliser. Les plateformes de crowdfunding ont initié le mouvement, puis ont été suivies par d'autres acteurs plus institutionnels à l'image du groupe Arkéa, qui a lancé en octobre dernier la plateforme Arkea Lending Services visant à faciliter la mise en place de financements des entreprises et des collectivités pour favoriser le développement des territoires. Un an auparavant, le Medef a lancé la plateforme numérique MAI, pour Medef Accélérateur d'investissement, afin de mettre en relation les dirigeants avec des banques et des fonds d'investissement. La Fintech Loansquare, récemment rachetée par Linedata, a pour sa part développé une place de marché en ligne pour faciliter le financement purement bancaire.

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Commentaires
a écrit le 02/07/2019 à 15:23 :
Si FirmFunding n'existait pas, il faudrait l'inventer! En effet, le déficit de financement explique bien souvent pourquoi les entreprises sont condamnées à faire du sur place ou à se faire acheter...
a écrit le 02/07/2019 à 8:07 :
Merci pour cet article instructif même si éloquent en ce qui concerne le manque total de dynamisme économique de notre pays repus au business de la dette.

Ce manque total d'idée est quand même particulièrement désespérant et caractéristique de classes dirigeantes complètement aliénées plus capables d'assumer leur rôle, faisant tout juste semblant, vraiment tout juste...

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