Les constructeurs en émoi après le décalage des autorisations d'urbanisme

 |   |  660  mots
Grégory Monod, président de LCA-FFB.
Grégory Monod, président de LCA-FFB. (Crédits : LCA-FFB)
Neuf fédérations professionnelles de l'aménagement, de la construction et de la promotion s'émeuvent d'une ordonnance du 25 mars 2020 qui "neutraliserait" les autorisations d'urbanisme déposées en mairie.

Entre le report d'une semaine de la parution du guide des bonnes pratiques dans le BTP qui doit dicter les règles communes sur les chantiers et le décalage du 2nd tour des élections municipales qui retarde les octrois de permis de construire, les professionnels de l'aménagement, de la construction et de la promotion immobilière attendent de pouvoir relancer la machine constructive.

Comme "paralysés" par cette inertie, l'Union nationale des syndicats français d'architectes (UNSFA), l'Union sociale pour l'habitat (USH), les constructeurs et aménageurs (LCA-FFB), la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), l'Union nationale des aménageurs (UNAM), la fédération des syndicats des métiers de la prestation intellectuelle du conseil, de l'ingénierie et du numérique (CINOV), l'Union nationale des géomètres-experts (UNGE), l'Union nationale des économistes de la construction (UNTEC) et le Syndicat national des architectes, des agréés et des maîtres d'œuvre en bâtiment (SYNANOME) s'émeuvent, ce 30 mars, de l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période.

Des services "inactifs" dans les collectivités

Selon eux, cette ordonnance va "neutraliser" les délais d'instruction des demandes d'autorisation d'urbanisme déposées avant le 12 mars 2020 (jeudi d'avant-premier tour du scrutin, Ndlr) et ce jusqu'à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la date de cessation de l'état d'urgence sanitaire

"Cette ordonnance supprime de fait les autorisations tacites de l'administration", écrivent les neuf fédérations. "Dans le même temps, nous constatons que nombre de services d'instruction, dans les collectivités locales, sont inactifs depuis le début du confinement [...] L'instruction de tout nouveau permis de construire, tout permis d'aménager toute déclaration préalable de lotissement, par exemple, est reportée d'un mois après la sortie de crise, soit pour conséquence, si l'état d'urgence sanitaire dure deux mois, un décalage de l'instruction de 3 mois."

"Incohérence" du message gouvernemental

Si les acteurs concernés déclarent "comprendre la volonté de sécurisation des autorisations d'urbanisme eu égard à cette crise", ils pointent "l'incohérence du message envoyé alors qu'en même temps il est demandé à la filière de rouvrir les
chantiers de BTP". 
Ils craignent en outre des "conséquences catastrophiques", un adjectif déjà employé par la patronne du logement neuf, Alexandra François-Cuxac, auprès de La Tribune vendredi dernier.

Lire aussi : Covid-19: la promotion immobilière "paralysée" craint une année "catastrophique"

L'UNSFA, l'USH, LCA-FFB, la FPI, l'UNAM, le CINOV, l'UNGE, l'UNTEC et le SYNANOME proposent donc de modifier l'ordonnance concernée, par exemple "en supprimant le mois ajouté à la durée de l'état d'urgence sanitaire ou en réduisant les délais de recours des tiers et recours administratif". Ils rêvent également d'une continuité "minimale" de l'étude de la délivrance des autorisations d'urbanisme dans les collectivités territoriales durant la période de confinement.

"Garder le contact" avec les mairies

D'ailleurs, dans l'après-midi du 25 mars, avant même la parution de l'ordonnance au Journal officiel le 26, le patron des constructeurs-aménageurs (LCA-FFB, 1.000 adhérents, 70% de promoteurs, 30% d'aménageurs et de constructeurs, Ndlr) pressentait cette situation.

"Nous devons garder le contact avec les mairies pour élaborer les permis de construire. Toutes les autorisations de maison ou de promotion y sont et des clients attendent la livraison de leur bien", soulignait Grégory Monod auprès de La Tribune. "Les maîtres d'œuvre font du télétravail, les études notariales ne se sont pas arrêtées et le partage de documents en visioconférence est beaucoup plus évident qu'il y a quinze jours."

Il faudra toutefois encore convaincre les banques de suivre toutes ces parties prenantes dans les appels de fonds. Le cas échéant, les ventes risquent d'être décalées sine die.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/04/2020 à 11:04 :
Allez, on a rien compris et on va continer d'urbaniser à tout va !
Vive l'artificialisation de nos campagnes, tous maçons et plombiers !
a écrit le 31/03/2020 à 17:27 :
On ne cesse de lire, ici et là, que les choses doivent changer.
La première et peut-être le plus urgent est d'arrêter l'urbanisation, l'artificialisation de nos campagnes.
Le pays a besoin d'emplois, mais pas dans le bâtiment (dans la justice, dans la santé, dans les nouvelles technologies). Il a besoin aussi de préserver ce qui lui reste de ses actifs immatériels (Campagnes, espaces préservés, bâti ancien, ...)
Réponse de le 02/04/2020 à 11:00 :
Et la justice, la santé et les nouvelles technologies ont besoin de quoi
avant tout? de bâtiment me semble t-il?? Sans trop renter dans un débat architectural, la densification des centres-villes ainsi que la construction en hauteur permet de concilier construction et préservation de nos campagnes...
a écrit le 31/03/2020 à 16:25 :
Réduire les délais de recours des tiers c'est s'asseoir sur la démocratie, profiter des circonstances exceptionnelles pour mutiler un droit des citoyens alors qu'il n'y a aucune raison pour le faire.
Cependant ce qui n'est pas acceptable c'est l'arrêt complet de procédures qui peuvent en grande partie se dérouler avec les moyens de communication modernes, le télétravail, les discussions et les conférences peuvent se faire avec le web. Il n'y pas toujours besoin d'aller sur le terrain.
Les retraits et fermetures des certains bureaux sont parfaitement abusif, ralentissement oui mais ne plus rien faire ... Pourquoi les personnels de santé travaillent encore, pourquoi ne pourrait-ils pas se retirer quand on voit cela?
Il sont délégués au casse pipe, peut-être faudrait-il examiner tout cela et récompenser ceux qui sont courageux et impacter les salaires de ceux qui se retirent sous des prétextes fallacieux?
a écrit le 30/03/2020 à 22:50 :
Les travaux de terrassement ou autres travaux de bâtiments à proximité des hôpitaux , écoles ... ( bcps de personnes sont déjà mortes de ce facteur )
tuent les personnes avec une immunité faible et en plus avec « une pandémie « le risque est plus grand.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :