Faute de pilotes, Air France s'apprête à louer un B787 à un concurrent

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(Crédits : DR)
Après avoir été contrainte de clouer au sol l'un de ses six B787 en raison d'un différend avec le SNPL sur un autre dossier, la compagnie est en discussion pour louer un appareil pour compenser le coût de son loyer mensuel.

Un avion flambant neuf qui arrive en avril pour être cloué au sol quelques semaines plus tard puis peut-être reloué au cours des prochaines semaines à une compagnie concurrente, le tout pour un manque de pilotes à cause d'un différend entre la direction et le syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) sur un dossier qui n'a rien à voir avec cet avion : c'est l'incroyable affaire des B787 d'Air France, qui résume à elle seule la situation générale rocambolesque de la compagnie depuis le début de l'année.

A la recherche d'un locataire

Alors qu'Air France est obligée depuis le mois de mai de clouer au sol l'un des six B787 de sa flotte en raison d'un bras de fer entre la direction et le SNPL sur un sujet de sécurité des vols, la compagnie cherche, selon nos informations, à louer désormais un  appareil pour éviter de payer inutilement des loyers, évalués à un million de dollars par mois par un banquier spécialisé dans les financements d'avions. "C'est le montant pour un avion de ce type en operating lease", explique-t-il.

Discussions en cours avec Air Austral

Selon les mêmes sources, des discussions sont notamment en cours avec Air Austral, qui exploite deux B787, pour lui louer un "Dreamliner", qui pourrait ne pas être le tout dernier arrivé en avril, mais un autre exemplaire arrivé plus tôt dans la flotte. Interrogée, la compagnie réunionnaise répond qu'une inspection moteurs sera effectuée sur les moteurs Rolls Royce de son deuxième B787 le 6 juin pour déterminer si cet appareil doit être immobilisé ou pas. A la suite de problèmes rencontrés sur un modèle de compresseur, le motoriste britannique a demandé à ses clients des inspections approfondies. Sans mentionner Air France spécifiquement (dont les B787 sont équipés de moteurs General Electric), Air Austral "confirme étudier toutes les possibilités d'affrètement au cas où l'un de ses deux appareils devait être immobilisé".

Gel des qualifications type

Dans cette optique, Air France pourrait louer un B787 pour une durée de trois mois, sauf si Air Austral n'en a pas besoin (auquel cas, la compagnie se tournerait vers un autre opérateur), et sauf si le différend avec les pilotes se décantait d'ici-là. Si tel était le cas, il faudrait deux à trois mois pour le remettre en ligne, le temps de le repositionner sur les réseaux et d'enclencher à nouveau les formations des pilotes. En effet, la compagnie a, selon nos informations, décidé de geler les qualifications type pour les mois de juin, juillet et août. Elles ne reprendront qu'en septembre.

Cette situation pour le moins baroque est la conséquence du refus du SNPL de signer la prolongation de l'accord qui a pris fin le 30 avril sur la mise en ligne du B787 signé en 2016. Cette prolongation permettrait d'utiliser des instructeurs venant du secteur B777, le temps de permettre l'arrivée progressive d'instructeurs B787 appelés à terme à les remplacer, expliquaient en avril Thierry Bellot, responsable du projet 787 et Serge Vito, responsable de la formation 787, dans un courrier adressé aux pilotes que La Tribune s'est procuré. Or, sans accord, la quasi-totalité des instructeurs B787 ont été contraints de retourner sur 777 et ne peuvent donc pas former les pilotes.

Annulation de la livraison du septième appareil

Si cette situation devait s'éterniser, Air France réfléchit à annuler la prise de livraison du septième exemplaire prévu en octobre. Contrairement à ses premiers calculs, plus pessimistes, qui mettaient en avant le risque de ne pouvoir exploiter que trois B787 d'ici à la fin de l'année, Air France disposerait des équipages suffisants pour faire voler 5 avions jusqu'à la fin de l'année. Les pilotes qui ont été « lâchés » après les trois mois de qualification type, n'ont besoin en effet que de 5 jours de formation par an. Un volume moins dense qui mobilise moins d'instructeurs.

Sécurité des vols

Pour la direction d'Air France, le refus de signer l'accord est lié à un différend sur un autre sujet.

« Nous avons un débat sur les protocoles d'analyse des vols. Le SNPL voudrait que la décision du caractère acceptable ou pas d'un retour d'expérience sécurité des vols se fasse de manière paritaire entre la direction et le syndicat. Or, cela pose un problème de réglementation et d'exercice des responsabilités pour la Direction. Comme nous n'arrivons pas à signer cet accord, le SNPL dit qu'il ne signera pas l'accord de prolongation des instructeurs 787", expliquait le 20 avril à "La Tribune", Franck Terner, le directeur général d'Air France.

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Commentaires
a écrit le 20/05/2018 à 4:11 :
<< le temps de permettre l'arrivée progressive d'instructeurs B787 appelés à terme à les remplacer>>
progressive depuis 2 ans que les livraisons ont commencé... si tout va aussi vite dans cette boîte, pas étonnant que ça déraille !
a écrit le 19/05/2018 à 12:05 :
J'ai lu quelque part que le Président du SNPL était un "redoutable stratège", je n'ai toujours pas perçu la pertinence de ce qualificatif pour un pilote qui se rapproche par son comportement de celui d'Andreas Lubitz, lequel n'a précipité qu'un seul avion de German wings dans le relief des Alpes; ici le redoutable stratège du SNPL fait plus fort avec toute une compagnie... "non totalement privatisée" évidemment.
a écrit le 18/05/2018 à 17:36 :
Entre des entreprises du CAC40 dont leurs Pdg et actionnaires se remplissent les poches au détriment de leurs salariés et des entreprises comme SNCF, Air France qui se font couler par leur propre syndicats qui sont d'une incompétence totale aux méthodes de voyous... La France c'est une économie bananière toujours alimenté par les mêmes que l'on appelle "les nantis"
Réponse de le 19/05/2018 à 14:35 :
@economie bananière : bon, il faut vous recycler un peu... L'évangile selon St Marx, ça date !! Dans le partage de la valeur ajoutée, les salaires passent en premier, à hauteur de 2/3, puis les impôts, la dette, les investissements et enfin les actionnaires... Les dividendes représentent en moyenne 2,5% seulement de la capitalisation boursière du CAC 40 !! C'est très loin des élucubrations ignardes d'Oxfam, et l'arbitrage ne se fait jamais entre salaires et dividendes. Ca c'est la réalité de la gestion économique. CQFD
a écrit le 18/05/2018 à 14:15 :
Comme toutes les compagnies recherchent des pilotes, ils abusent de la situation et font de la surenchère, quitte à entrainer Air France dans une crise dont elle ne se remettra pas. Ils iront ensuite se vendre à des boites du Moyen Orient qui les traiteront comme des rinces, pendant que le reste du personnel sera sous-payé et sans les avantages sociaux de notre compagnie nationale. Le plus inquiétant dans tout cela, c'est l'attitude des autres syndicats qui ne se rendent pas compte qu'ils se tirent une balle dans le pied, et que les pilotes les conduisent à une situation encore plus précaire à terme.
Réponse de le 19/05/2018 à 20:32 :
Excellente analyse qui explique l'attitude intransigeante des pilotes qui trouveront toujours un job compte tenu de l'explosion du trafic aérien.
Et oui les représentants des PNC et du personnel au sol sont totalement inconscients face au sort qui les attend si AF comme on peut raisonnablement le craindre disparaît.
Mais il y a des problèmes bien plus graves que le sort d'AF.
a écrit le 18/05/2018 à 11:09 :
Ils doivent tellement se marrer chez BA et LH, quel vaudeville cette boite....
vivement la faillite et qu'on reparte d'une feuille blanche !
Réponse de le 18/05/2018 à 22:47 :
Chez LH ils ont accordé 10% d’augmentation en 2017 apres une très longue grève des pilotes. Chez British, ils n’ont pas attendu la grève. Point barre
a écrit le 18/05/2018 à 9:42 :
Le SNPL et autres syndicats de pilotes veulent-ils absolument couler leur compagnie sans se rendre compte que c'est tuer la poule aux oeufs d'or qui leur verse leurs gros salaires ... qu'ils trouvent encore insuffisants. Immatures ? Irresponsables en tout cas.
Impression que ce sont des extrémistes qui ont pris le pouvoir!
a écrit le 18/05/2018 à 7:03 :
La France est malade de ses syndicats qui ne défendent qu’eux mêmes, au mépris du collectif.
Réponse de le 18/05/2018 à 10:25 :
Avec ces syndicats, nous sommes toujours dans le monde de Zola...
Certains devraient revenir sur terre....avec les 35h, les 5 semaines de congés, les artt qui donnent lieu à une ou deux semaines supplémentaires....et toutes les aides.....les droits de l'homme à toutes les "sauces"...
Cherchez dans d'autre pays....si c'est la même chose....
a écrit le 18/05/2018 à 3:12 :
Non mais on marche sur la tête, avec son conflit social AF/KLM va perdre du temps sur la commande de remplacement de sa flotte à couloir unique (A320 / B737)… On mets dans les mains des pilotes un joujou extra le B787, machine à faire du plaisir passager et du CA. Et au lieu de mettre le paquet sur cette opportunité de modernisation, les pilotes et leurs SNPL développent une situation qui amène AF a continuer de faire voler des A340/330 avec un aménagement cabine d’un autre âge! Retarder l’entrée en service d’autres B787 ? de l’A350 ? Quelle hérésie irresponsable ! Quelle honte en plus sur l’image d’excellence Française qu’est sensée véhiculer la compagnie. Je ne prends quasiment plus AF pour mes déplacements européen comme internationaux… Finalement les nanties du SNPL finiront par avoir raison de cette compagnie… Vivement un retrait de l’état pour ne plus contribuer à cette gabegie, la suite est déjà écrite.
a écrit le 18/05/2018 à 0:09 :
c'est du délire!
Qu'AF fasse faillite et les enfants gatés que sont les pilotes viendront pleurer.
je te virais tout ça moi.........
a écrit le 17/05/2018 à 18:34 :
Je suis un client Platinum d'Air France depuis plusieurs années et suis scandalisé par l'attitude irresponsable des syndicats, et les nuisances injustifiées pour les usagers. Pour la première fois, et malgré mon amour pour cette compagnie, je décide de ne plus voyager sur Air France, et je passe à la concurrence.
Réponse de le 18/05/2018 à 0:10 :
Merci de na pas dire les syndicats mais Le Syndicat National Des Pilotes AF
a écrit le 17/05/2018 à 18:02 :
Le SNPL tue Air France lentement mais sûrement....
a écrit le 17/05/2018 à 17:31 :
Bonjour,

Pourquoi avoir mis une image d'un B777 comme image principale de l'article et pas une photo d'un B787 Dreamliner ?
ça aurait été plus pertinent.
Réponse de le 17/05/2018 à 18:11 :
En même temps c'est précisément avec cet appareil que AF remplace les vols prévus en 787.
les passagers qui pensaient voler avec un avion silencieux et se retrouvent avec les très bruyants 777 en sont pour leurs frais!
Réponse de le 17/05/2018 à 19:08 :
Bonsoir Youri,
merci pour votre fidélité à La Tribune et pour votre remarque. Il y avait effectivement une erreur dans notre base de données photos. Nous avons mis un B787 cette fois. Avec toutes nos excuses.
Bien cordialement
La Tribune
Réponse de le 17/05/2018 à 20:52 :
Bonsoir,

Je vous confirme que c'est bien un 787...
Réponse de le 18/05/2018 à 0:10 :
Faux il s'agit bien d'un 787 sur l'image (reconnaissable aux reacteurs)
a écrit le 17/05/2018 à 17:16 :
tiens, mon fils ancien pilote de transport de l'armée de l'air (qualifié airbus) a fait une demande pour entrer à air France,pas de réponse en deux ans,heureusement qu'il y a d'autres compagnies françaises qui elles embauchent, snpl et pilotes de l'armée c'est pas la méme culture....cqfd
Réponse de le 17/05/2018 à 18:49 :
Des visionnaires… Pour faire des économies de bout de chandelle la direction a refusé tout recrutement pendant plusieurs années.
Aujourd’hui on manque de pilotes pour faire voler nos avions et même d’instructeurs pour les former.
Il y a de la place chez nous pour votre fiston!
Réponse de le 17/05/2018 à 22:06 :
@Un pilote. Et la vision économique du SNPL à 10 ans, c'est quoi ? Vous allez racheter Lufthansa ?
a écrit le 17/05/2018 à 17:09 :
En raclant les fonds de tiroirs, AF va bien pouvoir trouver à affréter encore quelques vieux B747, comme elle le fait depuis le début de l’année avec Wamos airways, sans aviser ses clients.
a écrit le 17/05/2018 à 16:58 :
Cela confirme mon choix, eviter systématiquement AF sauf quand il est impossible de faire autrement, ce qui fort heureusement est de plus en plus rare.
a écrit le 17/05/2018 à 16:14 :
Il faut dissoudre le SNPL...et air France redeviendra une très grande compagnie
a écrit le 17/05/2018 à 14:47 :
Un article sur Mme Couderc et son bilan chez Prestallis suite à la diffusion du rapport parlementaire ?
Merci d'avance
a écrit le 17/05/2018 à 14:42 :
AF et ALITALIA(en faillite) même combat d'arrière garde. L'Etat doit sortir de cette compagnie , cette société n'a plus rien à faire dans son giron tout au plus doit il garder une golden share pour surveiller la vente.
a écrit le 17/05/2018 à 14:04 :
Qui veut encore ce permettre de sauver une telle entreprise.
Il faut remettre les compteurs à zéro: dépôt de bilan et on repart sur des bases saines!
L'Etat doit vendre ses parts et se sortir de ce bourbier.
a écrit le 17/05/2018 à 13:36 :
IAG ou Luftansa vont finir par racheter AF à bas coût et démanteler par morceaux. Le secteur se concentre, ouvre de nouvelles activités ; pendant ce temps...

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