Les prix du fret maritime s’effondrent et se rapprochent des niveaux d'avant-Covid

Les taux de fret, qui s'étaient envolés pendant la crise du Covid, retrouvent désormais des niveaux approchants ceux de 2019. Le prix d'un conteneur de 40 pieds s'est affiché à 2.500 dollars début décembre, contre 11.000 dollars en septembre 2021. La raison est simple : les tarifs du transport maritime se calent sur la consommation mondiale, laquelle fléchit avec la dégradation de l'économie mondiale.
Le phénomène inflationniste entamé mi-2021, la normalisation de la consommation et le début de la guerre en Ukraine ont considérablement infléchi la courbe de la demande aujourd'hui.
Le phénomène inflationniste entamé mi-2021, la normalisation de la consommation et le début de la guerre en Ukraine ont considérablement infléchi la courbe de la demande aujourd'hui. (Crédits : FABIAN BIMMER)

Retour à la normale pour les tarifs du transport maritime. Depuis mars 2022, ils ne cessent de chuter. Si bien que, début décembre, le prix moyen d'un conteneur de 40 pieds n'est plus qu'à 2.500 dollars, selon le Freightos Baltic Index, un indice qui mesure le prix du transport par conteneurs. Loin des 11.000 dollars de septembre 2021. Pour rappel, il était de 1.500 dollars en juin 2020. Une tendance qu'avait soulignée Rodolphe Saadé, le PDG de CMA CGM lors de la publication des résultats financiers du troisième trimestre de l'exercice 2023.

« Nous observons actuellement une baisse de la demande qui conduit à une normalisation des échanges économiques internationaux et une baisse significative des taux de fret », avait-il dit.

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Si les prix ont connu une telle envolée, c'est parce que les tarifs du transport maritime « sont liés à l'offre et la demande » et suivent « les cycles de l'économie mondiale », explique à l'AFP Arthur Barillas, directeur général du commissionnaire de transport Ovrsea (majoritairement détenu par le groupe Bolloré).

En 2020, la crise sanitaire a vu le pouvoir d'achat des populations confinées se déporter vers les biens de consommation, entraînant une explosion du e-commerce. À cela se sont ajoutées des aides à la consommation mises en place par les États. Les compagnies maritimes ont eu du mal à répondre à cette hausse brutale de la demande, d'où une explosion des prix du fret.

Sans surprise, les transporteurs maritimes ont engrangé des bénéfices record. En 2021, le français CMA CGM, troisième transporteur mondial, a multiplié son résultat net par 10 pour atteindre l'impressionnante somme de 17,9 milliards de dollars. Le danois Maersk, deuxième transporteur mondial, a de son côté multiplié son bénéfice net par 6 en 2021 et presqu'autant en 2020 soit une quasi multiplication par 12 en deux ans.

Tendance à la baisse

Mais le contexte n'est plus le même aujourd'hui. Le phénomène inflationniste entamé mi-2021, la normalisation de la consommation et le début de la guerre en Ukraine ont considérablement infléchi la courbe de la demande.

« Après deux ans de hausse régulière des taux de fret, nous entrons aujourd'hui dans une période de normalisation avec une chute assez drastique des prix de transport en raison de la baisse de la consommation elle-même liée à l'inflation. En raison de la dégradation de l'économie mondiale, il ne devrait pas y avoir de grands changements sur le front des volumes d'ici à la fin du deuxième trimestre 2023 », indiquait fin octobre Stéphane Defives, directeur de la logistique maritime France chez Kuehne+Nagel, groupe d'entreprises spécialisé dans la logistique, dans une interview accordée à La Tribune.

Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM, a tenu les mêmes propos dans un communiqué sur les résultats du troisième trimestre de son groupe.

« Nous observons actuellement une baisse de la demande qui conduit à une normalisation des échanges économiques internationaux et une baisse significative des taux de fret », commentait-il.

Baisse brutale des prix du fret : 2023 sous le signe de l'incertitude

Cette baisse brutale des prix du fret « a pris tout le monde de court », explique Arthur Barillas. Conséquence, selon lui : « Les entreprises se retrouvent avec beaucoup de stock », alors que la demande en biens de consommation devrait « chuter de 6% » en 2023. Maersk a ainsi vu son tonnage transporté au 3e trimestre 2022 baisser de 7,6% par rapport au trimestre précédent.

Dans le même temps, les compagnies maritimes, qui ont lancé des commandes de navires au plus fort de la crise sanitaire, « vont voir la capacité de leurs flottes grimper de 4% », analyse-t-il. Plus de bateaux pour moins de marchandises à transporter : telle va être l'équation à résoudre pour les transporteurs, également confrontés à la flambée des prix de l'énergie. CMA CGM a dépensé en énergie 822 millions de dollars supplémentaires sur le 3e trimestre, par rapport à l'année dernière.

« L'incertitude est très forte » pour l'année prochaine considère ainsi Arthur Barillas. Néanmoins, certains signaux positifs tels que « l'inflation qui se calme », font sentir « une légère brise d'optimisme » qui pourrait rendre 2023 « moins compliquée que prévue », selon l'expert. « Le premier trimestre sera le baromètre de l'année à venir », estime-t-il.

(avec AFP)

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Commentaires 12
à écrit le 07/12/2022 à 6:32
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Bonjour, Ils faut dire qu'ils y a une baisse évidente des échanges economique. .réduction de la mondialisation, souveraineté économique, relocalisation des mines dans certain pays... Ensuites, nous ne souhaitons plus voir les navires trops poll...

à écrit le 06/12/2022 à 19:06
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7.6 % bah ça va c'est pas la mort faudrait juste se remettre un peu en question.

le 07/12/2022 à 9:26
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@Citoyen blasé. Cette fois vous ne faites pas de commentaire sur Airbus et ses conteneurs. Un éclair de lucidité vous a permis de comprendre le sujet traité ?

à écrit le 06/12/2022 à 18:20
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Tout est dit par ce simple constat: "Les entreprises se retrouvent avec beaucoup de stock", alors que "la demande en biens de consommation devrait "chuter de 6% en 2023". En voilà au moins un qui a compris que la politique de l'offre (supply-side eco...

à écrit le 06/12/2022 à 17:53
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Des super pertes!!!!!!!! Il faut voter un impots sur les profiteurs de guerre de lui et la cgt pour compenser ca à l'euro prêt

à écrit le 06/12/2022 à 17:19
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Zut! Plus de superprofits, donc plus de superimpôt! J'en suis vert... mais pas EELV pour autant!

le 07/12/2022 à 10:47
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Les transports maritimes ne sont imposés que sur le tonnage transporté pas les prix facturés et encaissés. Une particularité, issue je crois des armateurs grecs menaçant de s'expatrier si le transport par bateaux était taxé à la valeur.

à écrit le 06/12/2022 à 16:31
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Achetons Français, c'est plus qualitatif et ça dure plus longtemps ... Les citoyens européens deviennent raisonnables après avoir comprit de simple bon sens qu'il est mortifère pour eux-mêmes et leurs entreprises, leurs employeurs, de continuer les i...

le 07/12/2022 à 10:55
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"Achetons Français" ce que vous faites à chaque dépense ? On dirait 'achetons UE' serait déjà une étape intermédiaire, si on veut tout produire chacun chez soi, le facteur d'échelle va manquer (produire en France du paracétamol que pour la France, c'...

à écrit le 06/12/2022 à 16:15
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Moins de transport, c'est moins de pollution et ce sont autant de mauvais produits fabriqués en Chine qui n'arriveront pas. Avec un peu de chance le transport aérien de masse pour le tourisme de masse va aussi s'effondrer. Le ciel redeviendra bleu.

à écrit le 06/12/2022 à 13:48
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La baisse de la demande est une excuse de circonstance. C'est le cartel des majeurs du secteur.(dont CGMA entre autres) qui a sifflé la fin: le prix du transport est un puissant facteur de relocalisation. A trop vouloir se remplir les poches, ils ri...

à écrit le 06/12/2022 à 13:16
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Voilà une bonne nouvelle pour les entreprises et la consommation si elle est répercutée rapidement, vivement que cette baisse soit un précurseur pour le marché de l’energie

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