Macron réélu « quoi qu'il en coûte »... par l'Allemagne ?

Merci pour ce moment, Angela Merkel, avec votre départ, la France va pouvoir continuer à dépenser "un pognon de dingue", les folles dépenses du dernier budget de Macron, les folies de la French Tech et d'autres nouvelles de la semaine écoulée résumées dans votre rendez-vous hebdomadaire éditorialisé.
Philippe Mabille

10 mn

(Crédits : GONZALO FUENTES)

Le week-end sera évidemment à marquer d'une pierre blanche avec le départ d'Angela Merkel, « Mutti », au top de sa popularité après seize années au poste de Bundeskanzlerin, reine de l'Europe. Sa succession, sauf surprise promise à un « social-démocrate », le très peu charismatique Olaf Scholz, pourrait ouvrir une toute nouvelle époque pour l'Union européenne comme pour la relation franco-allemande, explique Olivier Mirguet, notre correspondant à Strasbourg, avec de nouvelles priorités pour l'Europe.

Dans les médias allemands, le candidat social-démocrate s'est vanté d'avoir été l'inventeur des "Corona-Bonds", le fonds de relance NextGenerationEU (750 milliards d'euros) adossé à la dette européenne mutualisée. Exit le « pacte de stabilité » et les critères de « Maas-trique » ? Si l'Allemagne restera toujours l'Allemagne et les Allemands un peuple sérieux sur le plan budgétaire et soucieux de l'inflation, on entre dans une nouvelle ère, constate Robert Jules.

A quelques mois de la présidence française de l'Union européenne, un collectif d'économistes et de personnalités parmi lesquels Shahin Vallée, économiste au German Council for Foreign affairs et ancien conseiller d'Emmanuel Macron, Alain Grandjean, économiste et président de la Fondation Nicolas Hulot, ou encore Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, appellent d'ailleurs à une refonte profonde du pacte de stabilité pour permettre de faire des investissements nécessaires à la transition écologique, note Grégoire Normand.

Le changement qui se dessine en Allemagne s'inscrit dans un double contexte : les pays « frugaux » font monter la pression pour que l'après-crise s'accompagne d'un retour à la rigueur pour payer les dettes de la crise. Tandis que les pays « non frugaux », au premier rang desquels la France, refusent toute austérité rappelant l'erreur de politique économique qui avait suivi la crise de 2008, qui avait plongé l'Europe dans la récession et failli faire exploser l'euro via le Grexit. Le dernier budget du quinquennat d'Emmanuel Macron porte la trace de cette valse-hésitation, analyse Grégoire Normand. D'un côté, le déficit se réduit fortement, passant de plus de 9% à moins de 5% en 2022, signe d'une volonté de rester dans l'esprit de la norme. Mais ce résultat masque une réalité beaucoup plus dépensière alors que le chef de l'Etat multiplie les déplacements et les promesses électorales à crédit, du plan sécurité à Marseille au prochain plan d'investissement de 30 milliards d'euros.

Bien décidé à se faire réélire « quoi qu'il en coûte » accusent ses opposants, qui n'épousent pas pour autant un discours austéritaire à droite. Le budget, quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup, voire une meute... Macron dépense la « cagnotte » de la reprise (plus de 6% de croissance en 2021 et de 4% en 2022), sous-estimée par « prudence » comme par tactique budgétaire à Bercy, observe Fanny Guinochet.

En cette année de présidentielle, le budget est aussi marqué par le réarmement des fonctions régaliennes, souligne Michel Cabirol : les crédits du ministère des Armées devraient augmenter de 1,7 milliard d'euros, celui de de l'Intérieur sera rehaussé de 1,4 milliard d'euros et celui de la Justice de 700 millions d'euros.

Le ministère de la Transition écologique voit son budget atteindre un niveau "historique" de 49,9 milliards d'euros, remarque Marine Godelier. Mais de nombreux points clés restent en suspens, notamment les détails du futur plan d'investissement "France 2030" qui devra dessiner les contours de l'industrie hexagonale du futur.

L'autre grand sujet de la semaine écoulée a évidemment été l'affaire des sous-marins australiens. Bien évidemment, la France après une (feinte ?) colère, a été obligée de se coucher devant la décision unilatérale des Etats-Unis de nous piquer ce grand contrat. Prémonitoire, le nom du labrador griffon noir d'Emmanuel Macron ? Nemo ne nous a de fait pas porté chance et Biden a emporté le morceau sans peine en un coup de fil avec son « allié ». Une fable de La Fontaine que cette aventure dans le Pacifique pas si pacifique, ambiance « le corbeau et le renard ». Michel Cabirol raconte les coulisses de la perte de ce « fromage du siècle » par la France, en quelques « papiers » bien pesés : la preuve de l'irréfragable duplicité de l'Australie, qui navigue « en eaux très troubles »...

Reste à Naval Group à envoyer la facture en espérant que le coup de fil de Biden et de Macron apporte quelques indemnisations, ce qui n'est pas si sûr.

Visée par cette « nouvelle guerre froide » dans le Pacifique, la Chine avait d'autres soucis en tête cette semaine que les sous-marins nucléaires de l'AUKUS. Elle a certes évité le drame sur les marchés financiers, rendus nerveux par la « faillite » de fait du fonds immobilier Evergrande. Subprimes à la chinoise ? A priori, non, répond Eric Benhamou. Et c'est peut-être même le bon moment pour investir en Chine, nous dit dans un entretien Michel Audeban, directeur général de Gemway Assets, une société de gestion spécialisée sur les marchés émergents.

Mais Xi Jinping, le maître de l'Empire du Milieu en quête d'un troisième mandat de cinq ans en 2022 lors du prochain Congrès du PCC, sans doute énervé par tous ces spéculateurs, a décidé de frapper un grand coup, en déclarant « illégales toutes les transactions en cryptomonnaies » mais c'est pour mieux lancer sa propre monnaie numérique, nous explique Jérôme Cristiani. Pariez sur le e-yuan plutôt que sur le bitcoin...

Comment contenir l'influence grandissante de la Chine ?, s'interroge Robert Jules dans chronique du Contrarian optimiste qui cite un rapport de l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire (Irsem), un centre de recherche rattaché au ministère des Armées. Intitulé "Les opérations d'influence chinoises. Un moment machiavélien", il documente sur plus de 600 pages tous les moyens utilisés par l'Etat chinois et sa colonne vertébrale, le Parti communiste, pour accroître son influence à l'étranger, notamment en France.

A défaut de sous-marins, donnons-leur des EPR à construire, pourrait répondre Emmanuel Macron aux Normands en deuil de leur contrat à Cherbourg. Et de fait, aussi incroyable que cela puisse apparaître à Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, opposés au nucléaire, qui connaîtront leur sort présidentiel mardi soir prochain, il existe des élus qui sont prêts à accueillir des EPR sur leur commune, à l'exemple de Petit-Caux en Seine-Maritime, a découvert notre correspondante Nathalie Jourdan.

Léo Barnier, qui est allé à Toulouse voir la grand-messe d'Airbus sur l'aviation verte, nous raconte comment le monde de l'aérien pousse les gouvernements à accélérer la transition énergétique par l'optimisation des routes, l'électrification, l'hydrogène.

La société californienne Universal Hydrogen, fondée par l'ancien CTO d'Airbus Paul Eremenko, a décidé d'implanter à Toulouse un centre d'ingénierie pour développer des capsules d'hydrogène liquide et réfléchir à leur intégration dans des avions de transport régional déjà en service. Objectif : certifier un avion à hydrogène dès 2025, soit dix ans plus tôt que le calendrier annoncé par l'avionneur européen. Florine Galéron a rencontré Mark Cousin et Pierre Farjounel, deux piliers du projet.

La semaine a été aussi celle des succès la FrenchTech. En moins de 48 heures, 3 levées de fonds record ont été annoncées par Sorare, Mirakl et Vestiaire Collective. Au total, plus d'1,2 milliard d'euros de financements ! Un heureux hasard de calendrier qui a fait jubiler le secrétaire d'Etat chargé de la Transition numérique, Cédric O, à l'occasion d'un rassemblement organisé par France Digitale: « Ce qui s'est passé aux Etats-Unis et en Chine est en train de se passer en Europe: nous sommes en train de rentrer dans cette économie de l'innovation, qui fait la prospérité économique, les créations d'emplois, la capacité à soutenir technologiquement les grands défis ». Présent pour cet événement, Sylvain Rolland analyse avec recul cette bonne nouvelle en posant la question qui fâche : le succès de la French tech est réel, mais profite-t-il vraiment à la France ? Pas assez, tant nombre d'entre nos startups continuent de s'exiler aux Etats-Unis ou de se faire racheter par des fonds américains et asiatiques.

La bulle des GAFAM est toujours là : la capitalisation des Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft et Tesla dépasse les 10.000 milliards de dollars. Comment lutter ? Notre correspondant en Californie, Guillaume Renouard décrypte toutefois les défis qui attendent Tim Cook, le brillant successeur du génial Steve Jobs chez Apple, confronté à une décennie périlleuse.

François Manens, qui fait son retour à la rédaction de La Tribune au service Tech, avec un papier à ne pas rater sur le sujet des cyberattaques, le coup de poker manqué du FBI américain contre un gang de méchants appelé Revil.

Pour finir, petit reminder : pour retrouver tous nos articles et vos journalistes experts préférés, c'est simple, il suffit de vous abonner et de lire ici notre magnifique nouveau quotidien numérique, disponible en PDF et en liseuse.

A ne pas rater, notre enquête sur ce phénomène SPAC qui excite les marchés financiers, une revue complète par Eric Benhamou pour comprendre comment fonctionnent ces véhicules d'investissement cotés qui se sont multipliés depuis un an. Aux Etats-Unis, les premiers craquements commencent à se faire entendre et l'enthousiasme des investisseurs retombe. En Europe, le marché gagne ses lettres de noblesse, avec des proportions bien moindres. Alors, les SPACs, de la « spéc » ?

Sans oublier notre édition spéciale pour tout savoir sur le business des bornes électriques qui vous permettra de recharger votre nouvelle voiture zéro émission.

Philippe Mabille

10 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 8
à écrit le 26/09/2021 à 11:14
Signaler
"Xi Jinping, le maître de l'Empire du Milieu en quête d'un troisième mandat de cinq ans en 2022 lors du prochain Congrès du PCC" Faut vous réveiller, Tonton Xi est pratiquement président à vie....la constitution chinoise a été modifiée en ce sens. V...

à écrit le 25/09/2021 à 15:28
Signaler
J'aime bien Mutti, je la trouve rassurante.

à écrit le 25/09/2021 à 14:43
Signaler
Ce qui est génial, c'est qu'avec les programmes d'à peu près tous les politiques qui se présentent, on file tout droit pour devenir un pays sous-développé, dont plus personne n'a que faire. Il n'y a qu'à voir ce qui se passe avec l'Australie, au MALI...

à écrit le 25/09/2021 à 14:43
Signaler
Ce qui est génial, c'est qu'avec les programmes d'à peu près tous les politiques qui se présentent, on file tout droit pour devenir un pays sous-développé, dont plus personne n'a que faire. Il n'y a qu'à voir ce qui se passe avec l'Australie, au MALI...

à écrit le 25/09/2021 à 12:39
Signaler
l'allemagne nous vole notre aérospatial avec les remerciement de m macron et de son gouvernement. comme quoi la réindustrialisation du pays n'est qu'un leur electoral

à écrit le 25/09/2021 à 10:13
Signaler
Bref! Quand on a quelqu'un a sa botte, on ne le change pas!

à écrit le 25/09/2021 à 10:09
Signaler
Angela Merkel étant une servante des financiers il est logique qu'elle adoube un serviteur des marchés financiers, c'est la solidarité des valets.

à écrit le 25/09/2021 à 9:58
Signaler
il est temps de stopper la vision française du couple franco allemand qui n'est pas réciproque outre rhin et que nos dirigeants s'occupe de la france et des francais et pas du monde

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.