« Le monde est dans une grande confusion » Softbank s'écroule en Bourse, Masayoshi Son, le Pdg, fait son mea culpa

Pour le groupe japonais spécialisé dans les investissements technologiques, la perte record de ce 1er trimestre fiscal est de trop après un exercice 2021/22 qui a vu la valeur de son portefeuille s'effondrer. Cherchant à expliquer l'origine de cette contre-performance, l'emblématique patron du groupe coté en Bourse à Tokyo, outre des raisons de conjoncture, s'est aussi livré à un véritable mea culpa lors de la conférence de presse donnée lundi après-midi. Le mardi, à la Bourse de Tokyo, les investisseurs ont durement sanctionné la valeur.
Le Pdg de Softbank Group s'est exprimé en public cet après-midi pour commenter les résultats de l'entreprise.
Le Pdg de Softbank Group s'est exprimé en public cet après-midi pour commenter les résultats de l'entreprise. (Crédits : Reuters)

[Article publié le 8.8.2022 à 17:10, mis à jour le 9.08 à 18:50 avec cours de Bourse et crise de la Tech en pied d'article]

« Le monde est dans une grande confusion » : cette phrase prononcée en conférence de presse dans l'après-midi du lundi 8 août par Masayoshi Son, le pdg du géant japonais Softbank, avait tout l'air d'un argument pour justifier la situation -catastrophique- de l'entreprise qu'il dirige, mais elle sonnait aussi comme une forme de sidération.

De fait, face à l'effondrement de la valeur de son portefeuille en Bourse qui a provoqué une perte trimestrielle record de 26,2 milliards de dollars en mai (pour le 1er trimestre fiscal 2022), le Pdg s'est résolu à prendre des mesures drastiques de redressement, à commencer par des réductions d'effectifs dans sa branche d'investissement Vision Fund.

L'explication de la hausse des taux d'intérêts et l'instabilité politique

Prenant la parole pour commenter les résultats de l'entreprise, le Pdg de Softbank a expliqué que si ce premier trimestre 2022/23 de SoftBank avait été marqué par d'importantes pertes sur investissements, liées principalement à ses fonds Vision Fund 1 et 2 (pour plus de 2.800 milliards de yens, soit 20 milliards d'euros), c'était aussi à cause de la hausse des taux d'intérêt et de l'instabilité politique qui ont frappé les marchés du monde entier.

Pour mémoire, Masayoshi Son avait pourtant radicalement réduit ses activités d'investissement : la branche Vision Fund n'a approuvé que 600 millions de dollars de nouveaux investissements au premier trimestre, contre... 20,6 milliards de dollars à la même période l'année précédente.

Alors, aujourd'hui, le milliardaire a promis d'aller plus loin : il a limité le deuxième fonds (Vision Fund 2) à la gestion de son portefeuille d'investissements actuel, tout en prévoyant des réductions d'effectifs au Vision Fund et des réductions de coûts dans l'ensemble du groupe.

« Nous devons réduire les coûts à tout prix, il n'y aura aucun domaine sacré », a déclaré M. Son.

Prix exagérés, imprudence face à l'effet de bulle, erreurs d'appréciation

En marge des mesures d'urgence pour redresser la situation, le milliardaire a entamé un mea culpa en faisant la liste des erreurs qui ont conduit à cette situation catastrophique : il a ainsi déclaré que le Vision Fund 2, qui a pris des participations relativement modestes mais dans un grand nombre d'entreprises, avait investi à des prix exagérés.

"Nous étions dans une sorte de bulle sur les valorisations", a-t-il déclaré.

Au final, le portefeuille de 269 entreprises du deuxième fonds Vision Fund 2, dont l'acquisition a coûté 48,2 milliards de dollars, ne valait que 37,2 milliards de dollars à la fin du mois de juin.

SoftBank a déprécié la valeur des actifs non cotés de ses deux fonds Vision 1 et 2 de 1,14 trillion de yens (8,45 milliards de dollars).

Pourtant, il y avait eu déjà des avertissements quand notamment le Pdg avait subi une série de revers très médiatisés à la suite des gros paris du premier fonds Vision Fund 1 dans des start-ups en phase finale de développement - comme celui de WeWork (partage de bureaux) dans lequel Softbank a investi plus de 10 milliards de dollars - qui ont tourné vinaigre, ce qui l'avait incité à renforcer le contrôle des investissements dans le second fonds.

« Si nous avions été plus sélectifs et avions mieux investi, nous n'aurions pas encaissé ce coup dur », a déclaré M. Son.

Les start-ups moins en odeur de sainteté sur les marchés

Parmi les investissements cotés en bourse qui ont chuté au cours du trimestre figurent la société de robotique en entrepôts AutoStore et la société d'intelligence artificielle SenseTime.

La chute des volumes des introductions en Bourse conjugué au scepticisme grandissant du marché à l'égard des start-ups, chroniquement déficitaires, ont fortement asséché l'afflux de capitaux pour SoftBank. Lequel espère encore pouvoir introduire en Bourse le concepteur de puces Arm après l'échec d'une vente à Nvidia.

Recherche de liquidités et rachats d'actions

Pour lever des fonds, SoftBank s'est retiré de sociétés telles que Uber Technologies et la plateforme de vente à domicile Opendoor Technologies, pour un gain total de 5,6 milliards de dollars. SoftBank a vendu Uber à un prix moyen de 41,47 dollars par action, contre un prix de clôture vendredi de 32,01 dollars.

Le groupe a utilisé plus des deux tiers du capital d'un programme de rachat de 1.000 milliards de yens lancé en novembre dernier pour soutenir ses actions, qui ont chuté d'environ la moitié par rapport aux sommets atteints en mars de l'année dernière.

SoftBank a annoncé lundi un programme de rachat d'actions supplémentaire d'une valeur maximale de 400 milliards de yens, qui se poursuivra jusqu'en août de l'année prochaine. Les actions ont clôturé en hausse de 0,7 %, avant la publication des résultats, en ligne avec l'indice de référence Nikkei 225.

La tech dans une mauvaise passe

Témoin de la difficulté de la conjoncture actuelle pour la tech, le fonds spéculatif Tiger Global, grand concurrent de Son sur les marchés, avait, lui, sous-estimé l'impact de l'inflation galopante sur les marchés : il a vu son fonds principal chuter de 50 % au premier semestre de l'année.

Meta, la maison mère de Facebook, Instagram, WhatsApp et Oculus, traverse également des difficultés inédites dans son histoire. Alors qu'elle effectue un vaste remaniement stratégique, l'entreprise est mise en danger sur son marché historique de la publicité en ligne. Pour la première fois de son histoire, le chiffre d'affaires baisse la croissance des utilisateurs est faible, sans oublier le métavers qui ne décolle pas...

Mais dès le mois de mai, on s'inquiétait : résultats du premier trimestre en berne, dégringolade à Wall Street... la tech américaine était-elle en train d'entrer en récession ? Après deux années exceptionnellement fastes, notamment dues à la pandémie et à la dépendance accrue au numérique qu'elle a entraîné, la tech américaine affrontait un spectaculaire coup d'arrêt. À Wall Street, les cours boursiers de l'industrie dévissaient les uns après les autres. Le 9 mai, le Nasdaq clôturait à son plus bas niveau depuis novembre 2020, et près de la moitié des entreprises qui y sont cotées perdaient 50% de leur valeur. Netflix, Meta et Amazon ont tous vu leur action se déprécier de plus de 30% par rapport au début de l'année. Le S&P 500, lui, est en recul de 13%.

La situation n'est pas plus brillante sur le marché des cryptomonnaies, où 200 milliards de dollars se sont vaporisés sur la seule journée du mercredi 11 mai.

Au lendemain des résultats, le cours s'effondre à la Bourse de Tokyo

Au moment de l'annonce des résultats de Softbank, la Bourse avait fermé, mais dès la réouverture, le lendemain, mardi 9 août, l'action de Softbank Group Corp plongeait d'emblée, se voyait chahutée toute la séance, pour finir sur une perte de plus de 7% en clôture, à 5295 points (-400 points en une seule journée).

(avec Reuters)

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Commentaires 5
à écrit le 10/08/2022 à 20:25
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Il serait grand temps pour les banques nipponnes flouées par la vision défaillante de Masoyoshi Son de lui imposer un départ immédiat à la retraite... sans parachute doré.

à écrit le 09/08/2022 à 17:54
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Comment une entreprise bancaire a pu être aveugle à ce point ? Ce sont les premiers qui devraient utiliser l'IA pour savoir si oui ou non l'investissement est risqué, connaitre cette part de risque et d'analyser rapidement ce qui devrait arriver si l...

à écrit le 09/08/2022 à 10:24
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A cause de la finance débridée peut-être???

à écrit le 08/08/2022 à 21:11
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De toutes manières c'était des emplettes acquises avec de l'argent-PQ des abénomics...

à écrit le 08/08/2022 à 18:14
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Que ça fait plaisir, ce genre de nouvelle. Qu'est-ce qu'on en avait marre, de voir tous ces gens faire des bénéfices sans jamais rien produire

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