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Entreprises & FinanceDistribution

Casino : pourquoi le distributeur est loin d'être tiré d'affaire

latribune.fr

Publié le 02 août 2023 à 10:08 - Mis à jour le 04 août 2023 à 11:12

Les derniers résultats financiers du groupe mettent en exergue un impressionnant recul des ventes dans les hyper et supermarchés au deuxième trimestre 2023, respectivement -17% et -14%.

Les derniers résultats financiers du groupe mettent en exergue un impressionnant recul des ventes dans les hyper et supermarchés au deuxième trimestre 2023, respectivement -17% et -14%.

Eric Gaillard

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Casino a franchi une étape majeure de son sauvetage en nouant un accord de principe avec ses repreneurs, les milliardaires Daniel Kretinsky et Marc Ladreit de Lacharrière, le fonds britannique Attestor, et ses créanciers-clés. Outre des discussions avec les créanciers détenteurs de dette non sécurisée en août, le distributeur doit entrer dans une procédure de sauvegarde accélérée en octobre prochain.
Le distributeur va-t-il réussir à sortir la tête de l'eau ? Casino s'est retrouvé étranglé par une dette colossale de 6,4 milliards d'euros

à fin 2022

. Le groupe, qui compte 50.000 salariés en France et environ 150.000 en Amérique latine, détient, certes, des enseignes appréciées des Français (Casino

, Franprix, Monoprix ou Naturalia), et de beaux emplacements, l'une des clés dans le monde très concurrentiel. 

En revanche, l'un des autres fondamentaux, le prix, est « hors marché ». En outre, les derniers résultats financiers du groupe mettent en exergue un impressionnant recul des ventes dans les hyper et supermarchés au deuxième trimestre 2023, respectivement -17% et -14%. Une performance d'autant plus catastrophique que l'inflation alimentaire, à deux chiffres durant cette période, gonfle mécaniquement les ventes des commerçants...

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Le groupe avait annoncé en début d'année baisser ses prix de 5 à 10%, après les avoir tant laissés grimper en 2022 que le média spécialisé du secteur, LSA, y voyait le fruit d'« errements managériaux ». Or en période de forte inflation, le prix est plus que jamais un critère d'achat déterminant. Autre donnée vertigineuse : Casino a averti la semaine passée que l'excédent brut d'exploitation (Ebitda) en France devrait tomber à 214 millions d'euros... La moitié de ce qu'il prévoyait il y a à peine un mois, le 26 juin. Et les liquidités disponibles devraient passer de 2,1 milliards d'euros fin 2022 à moins de 600 millions fin 2023. Dans ce contexte, un accord de principe avec des créanciers déterminants a été trouvé sur l'offre de reprise de Daniel Kretinsky et ses alliés.

Des négociations avec certains créanciers

Casino va donc changer de main au terme de cette opération de restructuration, dont l'issue est envisagée « au cours du premier trimestre 2024 ». Le ministre français de l'

É

conomie, Bruno Le Maire, a apporté son « soutien » à l'accord, qui ouvre « la voie à une solution pérenne pour l'avenir ». Le distributeur est toutefois encore loin de pouvoir souffler. Axé sur la restructuration financière du groupe, l'accord doit en effet être entériné et finalisé.

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Il doit permettre d'apporter 1,2 milliard d'euros d'argent frais et de réduire la dette de près de 5 milliards. Enfin, il prévoit la cession des lucratives activités en Amérique latine. En donnant une perspective financière sur 4 ans, cet accord « n'est pas une rustine pour gérer l'urgence », mais « un deal qui permet de développer le business plan dans la durée », assure un source proche du dossier, interrogée par l'AFP. En revanche, il va se traduire par une dilution massive des actionnaires actuels.

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Un « accord contraignant » doit encore être bouclé courant septembre avec les créanciers du groupe - grandes banques, fonds d'investissements et acteurs institutionnels. L'accord de principe à peine annoncé, Casino a d'ores et déjà entamé des discussions avec les créanciers détenteurs de dette non sécurisée, c'est-à-dire de créances non garanties. Elles se poursuivront en août, afin de rallier à l'opération ces créanciers qui risquent de tout perdre. Objectif affiché, éviter autant que possible des procédures de recours de leur part.

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Procédure de sauvegarde accélérée à l'automne

Mais il y en aura inévitablement. Et pour cause, « certains ont beaucoup perdu » d'argent, concède une source proche du dossier. Une fois conclu, l'accord contraignant devra être validé par les actionnaires, en assemblée générale, à l'automne. En octobre, Casino entrera ensuite dans une procédure de sauvegarde accélérée. Au terme de ce processus, les créanciers récalcitrants seront embarqués « de manière contrainte s'il le faut », puisque la loi le prévoit, relèvent plusieurs sources interrogées par l'AFP. La restructuration doit être bouclée au premier trimestre 2024, moment où le nouveau PDG Philippe Palazzi, un ancien dirigeant du distributeur Metro, prendra les rênes de Casino.

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L'tat, de son côté, doit veiller à « la solidité du projet industriel » et à l'avenir des plus de 50.000 salariés du groupe en France, a affirmé Bruno Le Maire, début juillet. Les repreneurs ont promis de maintenir le siège social historique à Saint-Etienne, et de préserver l'emploi en France. Un point crucial pour le gouvernement. Ils prévoient par ailleurs de renforcer des équipes (magasins et entrepôts), mais aussi d'accélérer la conversion en franchise des magasins détenus en propre « quand c'est possible », afin d'externaliser des coûts.

L'Etat a aussi accepté de geler quelque 300 millions d'euros de dette fiscale et de cotisations sociales. Via le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) qui fait partie de Bercy, il a supervisé les négociations avec les créanciers, en étroite concertation avec les conciliateurs Aurélie Perdereau et Marc Sénéchal. En outre, l'Etat a exercé une « saine et belle pression depuis des années » sur les banques, sans quoi elles « auraient lâché depuis longtemps » Casino, selon une source bancaire. Bercy devra encore avaliser l'opération dans le cadre du contrôle des fusions et des investissements étrangers. Et « ce n'est jamais une formalité », relève une source proche du dossier.

Et si Casino continuait à s'enfoncer ?

Outre le gouvernement, l'Autorité des marchés financiers (AMF) devra, elle, autoriser les repreneurs, devenus majoritaires au capital du distributeur, à déroger à l'obligation de lancer une OPA sur Casino. Une telle option est possible quand une entreprise est « en situation avérée de difficulté financière ».

Les banques françaises créancières de Casino, elles, se sont « irrévocablement engagées à maintenir le 1,3 milliard de financement opérationnel » du groupe d'ici à la restructuration et jusqu'à « trois ans après », relève encore une source proche du groupe. C'était un « point fondamental » pour rassurer les assureurs crédit qui ont, « sous l'égide de l'Etat français, confirmé qu'ils étaient engagés », affirme cette source. Et également pour rassurer les fournisseurs. Envers ces derniers, Casino a en outre raccourci ses délais de paiement.

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Une détérioration de la situation peut-elle compromettre l'accord ? Si l'activité des magasins continuait de péricliter ou si des assureurs de crédit décidaient de ne plus maintenir leurs couvertures, mettant en péril l'approvisionnement des rayons, une injection de liquidités anticipée pourrait devenir nécessaire, avant même la finalisation de l'accord. « Techniquement », une telle injection « est possible », assurent deux sources proches du dossier. Le principal repreneur Daniel Kretinsky peut, en effet, décider de verser des fonds en urgence, en compte courant, car il est actionnaire.

(Avec AFP)

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