Rachat de SFR : tout comprendre au feuilleton de l'année

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(Crédits : Patrick Tournebeuf)
Qui l’emportera de Numericable ou de Bouygues ? SFR, le numéro deux français des télécoms, filiale de Vivendi, est convoité par les deux acteurs. Une bataille à coups de milliards qui tient en haleine depuis un mois déjà. Rappel des derniers épisodes et prochains rendez-vous à attendre.

C'est le feuilleton haletant de ce début d'année ! Depuis la sortie du bois de Numericable fin février, Bouygues s'est invité dans la danse pour emporter SFR. A la plus grande joie de Vivendi, la maison-mère de l'opérateur, qui a ainsi pu faire monter les enchères. Qui l'emportera entre les deux milliardaires, Patrick Drahi, le magnat méconnu du câble ou l'homme du BTP et de TF1, Martin Bouygues? Le premier rêve de récupérer une belle marque qui l'aiderait à remplir les tuyaux de son réseau câblé, quasi vides, et de mettre pied dans le mobile pour proposer des offres convergentes. Le second ambitionne de devenir le leader français du mobile, devant Orange, et le deuxième opérateur dans le haut débit, alors que sa filiale Bouygues Telecom souffre depuis l'arrivée de Free Mobile... Au point d'oublier toute rancune et de s'allier à son ennemi d'hier, Xavier Niel, l'autre milliardaire du secteur, en lui promettant son réseau à prix bradé afin de lever le risque d'un blocage par l'Autorité de la concurrence…

Parti plus tôt, Numericable semblait favori, en tout cas celui du président du conseil de surveillance, Jean-René Fourtou, désireux de boucler une opération au plus vite avant de céder les rênes d'un Vivendi recentré sur les médias à Vincent Bolloré. Mais la forte détermination du rouleau compresseur Martin Bouygues, soutenu par Arnaud Montebourg, a rééquilibré les chances en sa faveur. « On est revenu à 50/50 avec la nouvelle offre améliorée de Bouygues » confie une source proche des discussions. Rien n'est joué et de nouveaux rebondissements sont à prévoir dans les jours qui viennent.

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24 février : Vivendi confirme être approché par Numericable

L'affaire éclate un dimanche soir dans le quotidien « Les Echos » qui révèle les grandes lignes de l'offre de rachat de SFR envisagée par l'actionnaire de Numericable. Dans un communiqué le 24 février, Vivendi confirme « avoir été approché par Altice [premier actionnaire du câblo-opérateur] en vue d'un rapprochement entre SFR et Numericable. » Le conglomérat de médias et de télécoms, qui préparait jusqu'ici la scission de sa filiale par introduction en Bourse à la fin juin, précise alors n'avoir « reçu aucune offre formelle. » Numericable avait déjà proposé à Vivendi de racheter SFR en octobre 2012, mais n'avait pas trouvé d'accord sur le prix : le « câblo » n'était pas encore coté en Bourse. Et la rumeur de son retour à la charge circulait depuis l'introduction en Bourse d'Altice, fin janvier, après celle de Numericable, deux mois plus tôt.

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 5 mars : Vivendi reçoit deux offres, de Numericable et de Bouygues

La rumeur court rapidement que Bouygues envisage une contre-offre. La déclaration de guerre dans le fixe de Martin Bouygues en décembre dernier a été interprétée comme un appel à la consolidation. Même le gouvernement commence à se faire à l'idée que le marché pourrait revenir de 4 à 3 opérateurs, deux ans après l'arrivée de Free Mobile. Vivendi fixe une date-butoir pour le dépôt des offres sur sa filiale et indique avoir reçu « deux offres engageantes de prise de contrôle majoritaire de sa filiale SFR », émanant « d'Altice, maison-mère de Numericable, et du groupe Bouygues » et qui sont « adossées à des engagements de financement. »

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9 mars : Bouygues prêt à vendre son réseau à Free

Coup de théâtre spectaculaire : Bouygues annonce dans le « Journal du dimanche » avoir signé avec Free, son pire ennemi, un accord prévoyant la vente de tout son réseau mobile et d'une bonne partie de ses fréquences pour 1,8 milliard d'euros, en cas de rachat de SFR. Un accord destiné à faciliter l'examen par l'Autorité de la concurrence de l'opération qui ramènerait de quatre à trois le nombre d'opérateurs de réseau mobile. Ce que confirme le président de l'Autorité de la Concurrence.

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14 mars : Vivendi entre en négociations exclusives avec Altice pour 3 semaines

C'est Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, qui annonce sur Europe 1 le vendredi 14 mars au matin que « Vivendi a décidé coûte que coûte de vendre SFR à Numericable » avant même la tenue du conseil de surveillance du groupe ! A 14 heures, le communiqué de Vivendi tombe et confirme que l'offre de la maison-mère de Numericable a été jugée « la plus pertinente. » Le groupe entre en négociations exclusives pour trois semaines. Arnaud Montebourg critique le statut de résident fiscal suisse Patrick Drahi, auquel il demande de rapatrier ses biens en France, et estime que « le débat continue. »

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17 mars : Altice triomphe, Bouygues jette l'éponge, la CDC à l'affût

Déçu de ne pas avoir été choisi, Bouygues affirme vouloir se tourner vers l'avenir. Pourtant, le directeur général de la Caisse des Dépôts, actionnaire de Vivendi et de Bouygues, se déclare prêt à accompagner une opération Bouygues-SFR. Patrick Drahi, le premier actionnaire de Numericable, présente son projet de mariage comme « le sens de l'histoire de la convergence câble-mobile. » Vivendi dément « les allégations calomnieuses de Mediapart sur la conduite du processus collégial concernant le devenir de SFR et les raisons de sa décision d'octroyer une période d'exclusivité de négociation au groupe Altice. » Le média en ligne suspecte la direction de Vivendi d'avoir obtenu des faveurs, de « petits arrangements entre amis. »

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20 mars : Bouygues surenchérit

Bouygues contre-attaque et augmente de 1,8 milliard d'euros la partie cash de son offre, proposant ainsi 13,15 milliards d'euros en numéraire à Vivendi, et une part moins importante en capital (21,5%), contre 10,3 milliards d'euros du côté d'Altice. Il s'est allié à la famille Pinault, aux JC Decaux, déjà actionnaires de Bouygues Telecom, et à la Caisse des dépôts, qui affirme ne pas être missionnée par l'Etat. Vivendi confirme avoir reçu cette offre du groupe de BTP mais souligne qu'il est toujours en négociations exclusives. Bouygues n'a pas seulement amélioré la partie cash mais a ajouté une clause de non-exécution colossale, « entre 500 millions d'euros et un milliard d'euros », afin de prouver qu'il n'a « aucune inquiétude sur le passage de l'autorité de concurrence. »

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27 mars : Vivendi examine (finalement) la nouvelle offre de Bouygues

Face aux pressions des avocats de Bouygues, Jean-René Fourtou répond dans un courrier que le management va bien étudier cette nouvelle offre. Mais il ne peut entrer en contact avec les équipes du fait des négociations exclusives avec Altice, lequel laisse planer la menace de poursuites judiciaires. Le comité ad hoc désigné au sein du conseil de surveillance pour étudier les propositions de rachat se réunit le jeudi 27 mars au soir pour étudier l'offre de Bouygues. Aucune information n'a encore filtré sur les conclusions de cet examen. Pendant ce temps, les syndicats de SFR se mobilisent et obtiennent des engagements formels sur le maintien de l'emploi, pendant trois ans.

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4 avril : réunion du conseil de surveillance de Vivendi et expiration de l'offre d'Altice

Les négociations exclusives avec Altice se terminent vendredi prochain et l'offre de la maison-mère de Numericable expire à cette date, même si elle peut être prolongée. Celle de Bouygues est valide jusqu'au mardi 8 avril. Les dernières offres pourraient cependant évoluer d'ici au 4 avril. Et Vivendi peut repousser la date de la tenue du conseil s'il estime avoir besoin de plus temps ou de précisions. Plusieurs scénarios sont possibles le 4 avril : soit Vivendi clôt les négociations exclusives par un accord avec Altice, soit il décide d'entrer en négociations avec Bouygues, soit il poursuit les échanges avec les deux parties afin d'améliorer certaines conditions (clauses de sortie, etc). L'objectif étant d'avoir scellé les fiançailles avant l'assemblée générale de Vivendi le 24 juin...

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Commentaires
a écrit le 29/03/2014 à 22:07 :
Petite erreur à corriger au début de l'article : "Février" et non pas "Févier".

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