Près de cinq ans après la crise des « Gilets jaunes », un mouvement social européen est en train de prendre de court les autorités nationales : la colère des agriculteurs. Dans la soirée du 22 janvier, des porte-paroles ont certes été reçus à Matignon par le Premier ministre Gabriel Attal, mais la FNSEA a déjà indiqué qu'il n'y aurait « pas de levée des actions » menées en France sans « décisions concrètes » de l'exécutif.
Et ce alors que les gouvernements successifs d'Emmanuel Macron tentent de résoudre les fractures territoriales, y compris dans les campagnes où vivent un tiers des Français, selon l'Insee. Après l'« Agenda rural » co-construit par les élus locaux et le Parlement lors du premier quinquennat, l'équipe d'Elisabeth Borne a lancé en juin 2023 « France Ruralités » : un plan de 2 milliards d'euros. Le premier programme doté de 6 millions d'euros, « Village d'Avenir », permet par exemple à 2.467 maires de pouvoir bénéficier d'un chef de projet en ingénierie.
Il n'empêche : le sentiment d'abandon reste toujours prégnant. Selon le premier baromètre de la proximité rurale, réalisé par OpinionWay pour la startup Api et publié ce 23 janvier, plus de la moitié (52%) des ruraux interrogés estiment que « faire des courses prend du temps ». Le supermarché, qui est souvent le seul moyen de s'alimenter, est perçu « une dépense de temps et d'argent » pour 48% des sondés. « Les files d'attente sont trop longues en caisse », jugent même 45% d'entre eux.